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L'Etat islamique est en train d'apprendre très vite comment gérer un pays

Abou Bakr al-Baghdadi, le leader de l'Etat islamique, dans ce qui est présenté comme sa première apparition publique dans une mosquée de Mossoul, le 5 juillet 2014. REUTERS/Social Media Website via Reuters TV.

Abou Bakr al-Baghdadi, le leader de l'Etat islamique, dans ce qui est présenté comme sa première apparition publique dans une mosquée de Mossoul, le 5 juillet 2014. REUTERS/Social Media Website via Reuters TV.

Le califat autoproclamé ouvre des hôpitaux, construit de nouvelles routes, lance des services de bus, réhabilite des écoles... Et c'est une mauvaise nouvelle.

L'intensification de la campagne de frappes aériennes de l'administration Obama contre l'Etat islamique se heurte à une nouvelle réalité décourageante: les militants sont devenus aussi bons dans la gouvernance de territoire qu'ils le sont dans la conquête, ce qui complique considérablement la tâche des Américains, à savoir les déloger des zones de la Syrie et de l'Irak qu'ils contrôlent désormais.

Des responsables du renseignement américain affirment que les dirigeants de l'Etat islamique adoptent des méthodes inventées par le Hezbollah, la milice chiite basée au Liban, et consacrent des ressources humaines et financières considérables au bon fonctionnement de services essentiels comme l'électricité, l'eau ou encore le traitement des eaux usées sur leur territoire. A certains endroits, ils font même office de postiers.

Les militants ont construit de nouveaux systèmes de justice pour appliquer leur interprétation sévère de la charia, qui réserve l'amputation des mains aux voleurs et qui a condamné à mort de nombreux chrétiens et membres d'autres minorités religieuses à cause de leurs croyances, ajoutent ces responsables.

Dans le même temps, l'Etat islamique a, dans la plupart des cas, permis aux bureaucrates locaux en charge des hôpitaux, de la police, du ramassage des ordures ou d'autres services municipaux de garder leurs emplois, selon des sources au sein du renseignement. A certains endroits, les maires et d'autre élus locaux sont restés en poste.  

«Le groupe terroriste le plus dangereux et le mieux financé du monde»

Ces mesures soulignent le fait que l'Etat islamique, qui est déjà le groupe terroriste le mieux armé et le mieux financé du monde, s'adapte rapidement aux défis associés au règne et à la gouvernance sur un territoire. Cela réduit radicalement les chances pour que les extrémistes soient confrontés à une opposition de l'intérieur dans ce qui constitue de fait le plus jeune territoire du monde.

«L'EIIL est le groupe terroriste le plus dangereux de la planète parce qu'il détient les capacités de combat d'al-Qaida et les capacités administratives du Hezbollah, estime David Kilcullen, un expert en contre-insurrection qui a travaillé plusieurs années comme haut conseiller du général David Petraeus pendant la guerre en Irak. Il est clair qu'ils ont comme objectif de créer un Etat et qu'ils comprennent l'importance d'une gouvernance efficace.»

Dans certains zones qu'il contrôle, l'Etat islamique ouvre des hôpitaux, construit de nouvelles routes, lance des services de bus, réhabilite des écoles (du moins pour les garçons) et lance des programmes de PME dans le but de relancer les économies locales.

En Syrie, où le pain est un aliment de base, les militant se concentrent sur la gestion des moulins à blé et des boulangeries locales pour s'assurer que les provisions restent suffisantes pour nourrir une population qui était au bord de la famine dans certaines zones.  

Un «Etat respecté»

L'intérêt du groupe pour la bonne gouvernance (en tous cas quand on le compare aux standards habituels des groupes de militants) vient d'en haut. Lors de son premier discours après la conquête de Mossoul, le calife autoproclamé de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, a appelé «les scientifiques, les savants, les prédicateurs, les juges, les docteurs, les ingénieurs et les personnes ayant de l'expertise militaire ou administrative» à aider à gouverner le territoire sous contrôle du groupe.

Et ce n'étaient pas que des paroles en l'air: peu après avoir pris le contrôle de Mossoul, Baghdadi a y transféré l'administrateur hospitalier de l'Etat islamique de la ville syrienne de Racca, précise Kilcullen.

A Racca, qui est contrôlé par l'Etat islamique depuis des mois, les agents de la circulation sont à l'œuvre dans les rues et les citoyens locaux paient des taxes aux militants, qui leur donnent des reçus tamponnés avec le logo du groupe. Un orfèvre local a déclaré au New York Times que les impôts sont bien moins élevés que les pots-de-vin que les habitants devaient payer quand Bachar al-Assad était encore aux commandes. «J'ai l'impression d'avoir à faire à un Etat respecté, pas à des voyous», a-t-il déclaré.

L'Etat islamique a également lancé une véritable campagne de séduction. Le groupe a organisé une «journée de l'amusement» à Mossoul, où les militants ont distribué des ballons de football et ont organisé des concours de mémorisation et de récitation du Coran. L'Etat islamique «pense comme un Etat», analyse Kilcullen. 

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