Oubliez le génie solitaire, l'humanité progresse grâce aux duos

Albert Einstein en 1921, par Ferdinand Schmutzer. <a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Albert_Einstein_1921_by_F_Schmutzer.jpg">Via Wikimedia Commons.</a>

Albert Einstein en 1921, par Ferdinand Schmutzer. Via Wikimedia Commons.

Le mythe du génie solitaire a la peau dure. Albert Einstein, Pablo Picasso, Emily Dickinson ou encore Vincent Van Gogh sont quelques personnages célèbres auxquels on attribue couramment l’exclusivité de leurs découvertes et de leurs productions. Comme si toute invention ou œuvre d'art majeure ne pouvait résulter que de l’isolement et de l’introspection, la solitude se convertissant notamment en attribut naturel et privilégié de l’artiste.

Il n’en est pourtant rien, selon l’essayiste Joshua Wolf Shenk, longuement interviewé par Vox. Dans son dernier ouvrage, Powers of Two, il développe la théorie selon laquelle les «génies» ne sont que la partie émergée de l’iceberg du processus créatif.

Selon lui, l’invention et l’œuvre d’art sont le résultat d’une alchimie entre deux personnes. Au-delà des duos connus, auxquels vous aurez peut-être déjà pensé (Pierre et Marie Curie, les frères Lumière, les frère Wright, John Lennon et Paul McCartney…), l’essayiste révèle l’existence d’associations plus subtiles.

Le frère de Vincent Van Gogh, Théodore, s’il ne peignait pas, fournissait un travail critique essentiel qui fit dire un jour au célèbre peintre, à propos de ses tableaux: «Tu auras été leur créateur autant que moi, car nous les faisons ensemble.»

Le déclic qui a permis à Einstein de découvrir la théorie de la relativité résulte d’une conversation qu’il a eue avec son ami ingénieur Michele Besso, comme il l’a lui-même relaté: «En ayant beaucoup de discussions avec lui, j’ai pu soudainement comprendre cette question.»

Même Emily Dickinson, connue pour avoir mené une vie recluse, a écrit des centaines de poèmes pour des personnes avec lesquelles elle entretenait une correspondance importante.

Ces collaborations sont plus ou moins étroites, mais elles substituent néanmoins au stéréotype du monologue introverti du génie un dialogue, direct ou indirect. Les duos peuvent aussi être composés par des rivaux comme Picasso et Matisse, qui ont appris l’un de l’autre et se sont mutuellement inspirés.

Joshua Wolf Shenk en conclut que «l’interaction entre ces personnes n’était pas un phénomène isolé, mais vraiment l’énigme fondamentale du processus créatif», comme il l’explique à Vox. Comme en histoire, où les travaux sur les «numéros deux», les hommes et les femmes de l'ombre et les biographies de couples mettent à mal le mythe des personnages providentiels.