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Il faut enseigner le code aux filles

kids computer class / arlington.library via Flickr CC License By

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Les femmes sont encore largement marginalisées dans le secteur des technologies de l’information et de la communication. L'enseignement de la programmation dès le plus jeune âge peut contribuer a réduire ces inégalités.

La question fait presque consensus: il faut généraliser l'enseignement du code à l'école.

Dans les faits, le processus est plus laborieux, malgré les prises de position argumentées émanant de spécialistes. En France, des universitaires, des chefs d’entreprises, des membres de l’Académie des sciences et du collège de France ont signé une lettre ouverte au président de la République lui demandant «de faire entrer l’informatique en tant que discipline à part entière dans le système éducatif français, avec des initiations à l’école primaire et une entrée dès le collège». En Grande-Bretagne, le journaliste et écrivain John Naughton pointait dans les colonnes du Guardian le caractère obsolète des cours d'informatique actuels et plaidait pour que les algorithmes et le code figurent enfin dans les programmes scolaires. Aux Etats-Unis, de plus en plus de parents inscrivent leurs enfants à des cours du soir où ils apprennent à maîtriser les différents langages de programmation.

Bref, à quelques exceptions près, tout le monde s'accorde à dire que même s'il n'est pas nécessairement question de faire de tous les enfants des développeurs en herbe, l'enseignement ne peut s'envisager aujourd'hui sans une initiation aux technologies de l'information en général, et au code en particulier.

La soi-disant "technophobie" est le reflet des disparités qui existent entre les deux sexes

Extrait du rapport «Les femmes et le web»

Sur le Daily Dot, Ben Branstetter met en lumière un nouvel enjeu de ce vaste chantier: enseigner le code aux petites filles devrait permettre, à terme, de combler le fossé qui existe entre hommes et femmes en matière de nouvelles technologies. Car, selon un récent rapport de l'OCDE, les femmes décrochent plus de la moitié des diplômes universitaires dans les pays de la zone mais n’obtiennent que 30% des diplômes en sciences et technologies. Aux Etats-Unis, au cœur de la Silicon Valley, l'université de Stanford ne comptait encore que 20% de femmes diplômées en informatique en 2012. Au niveau national, le taux d'informaticiennes atteignait à peine 13%.

Et comme souvent en matière de disparités hommes-femmes, il n'est pas question d'aptitudes, mais de discriminations directes et indirectes.

D'après un rapport intitulé «Les femmes et le web», parrainé notamment par le fabricant Intel Corporation dans le cadre du forum international Wictad (Femmes, Information, Communication, Technologies et Développement):

«Les femmes ne sont pas foncièrement moins compétentes que les hommes en matière de technologie, et, comme le montrent les analyses, la soi-disant "technophobie" est dans une large mesure le reflet des disparités qui existent entre les deux sexes en matière d’éducation, d’emploi et de revenus.»

En 2013, l'Organisation internationale du travail alertait sur la nécessité de prendre des mesures «pour remédier à ce déséquilibre». Enseigner la programmation aux écolières de manière assidue —voire prioritaire— pourrait être l'une de ces mesures, comme le suggère Ben Branstetter:

«Ce fléau de l'inégalité est vieux de plusieurs décennies et pèse constamment sur l'industrie high-tech. Les scandales liés à la discrimination dans des entreprises en plein essor, comme Snapchat ou Tinder, devraient nous amener à réfléchir à cette culture de l'entre-soi masculin à la Sterling Cooper. Des géants comme Google et Facebook prennent de plus en plus conscience des disparités entre les sexes sur le lieu de travail. Ils ont d'ailleurs tous deux mis en place des camps d'été dans la région de la baie de San Francisco, afin d'intéresser les jeunes femmes au métier d'ingénieur.»

Quand l'industrie high-tech américaine attrape un rhume, les femmes du secteur attrapent la grippe.

Ben Branstetter

Il s'agit donc bien de transformer le modèle dominant en amont, celui qui voudrait que les femmes se consacrent aux sciences humaines et sociales tandis que les hommes, eux, seraient tout destinés à s'épanouir dans la technologie. Branstetter rappelle qu'en Chine, au Vietnam et au Japon, où l'on a généralisé l'enseignement du code dans les écoles publiques, «l'écart de représentation entre les sexes dans les secteurs de pointe est largement inférieur à celui des Etats-Unis».

Les Européens et les Américains accusent donc un sérieux retard, tant sur le plan technologique que sur le plan de l'égalité des sexes. Ce qui rend les femmes plus vulnérables aux variations de l'activité économique:

«Quand l'industrie high-tech américaine attrape un rhume, les femmes du secteur attrapent la grippe. L'enseignement du code à tous les niveaux (oui, un enfant de cinq ans peut apprendre à coder) doit être une priorité […] si l'on souhaite que la situation s'améliore, et l'école publique est le meilleur moyen de garantir l'universalité et l'égalité totale.»

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