Monde

Pourquoi l'Iran ne condamne pas les frappes aériennes des Etats-Unis

Joshua Keating, traduit par Grégoire Fleurot, mis à jour le 19.08.2014 à 10 h 30

Le président iranien Hassan Rouhani lors d'une conférence à Shanghai, le 22 mai 2014. REUTERS/Carlos Barria.

Le président iranien Hassan Rouhani lors d'une conférence à Shanghai, le 22 mai 2014. REUTERS/Carlos Barria.

On le sait depuis pas mal de temps, l'implication grandissante des Etats-Unis dans la lutte contre l'Etat islamique en Irak et au Levant suppose une coopération tacite de l'autre principal mécène du gouvernement irakien, l'Iran. Après tout, si les Etats-Unis n'ont que récemment décidé de se joindre au combat de manière provisoire, des troupes iraniennes sont sur le terrain depuis plusieurs semaines.

Et effectivement, la réaction des médias iraniens, qui manifestent habituellement un réflexe d'hostilité, aux frappes aériennes américaines a été remarquablement discrète. Quand les Iraniens radicaux critiquent les actions américaines, c'est généralement pour le manque d'implication des États-Unis à combattre l'Etat islamique plutôt que pour des questions humanitaires ou légales.

On ne connaît pas encore les détails ni la manière exacte dont Nouri al-Maliki a été écarté du pouvoir la semaine dernière. Mais il semble assez clair que la décision de hauts responsables iraniens, y compris l'ayatollah Ali Khamenei, de soutenir le nouveau Premier ministre Haider al-Abadi a été déterminante pour convaincre Maliki qu'il n'avait pas les moyens de s'accrocher au pouvoir. Dans l'ère actuelle de la politique irakienne, un dirigeant ne peut pas rester au pouvoir très longtemps sans l'appuis de Washington ou de Téhéran.

Si les dirigeants iraniens sont clairement unis dans leur volonté de faire battre en retraite l'Etats islamique, le rôle croissant des Etats-Unis dans le conflit fait ressurgir la rupture entre modérés et radicaux, que l'on a déjà observée au sujet du programme nucléaire du pays.

Ce tango inconfortable va continuer avec le départ de Maliki. Le nouveau Premier ministre irakien Haider al-Abadi est redevable à l'Iran pour avoir précipité la chute de Maliki et aux Etats-Unis pour leur campagne aérienne qui pourrait donner à son gouvernement une chance de contenir l'Etat islamique et à son pays de rester en une seule pièce. Il sera, dans un futur proche au moins, dans la situation délicate de devoir compter, pour sa survie politique, sur deux mécènes qui ne se parlent officiellement pas.

Joshua Keating
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Journaliste
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