LGBTQCulture

«I Am Divine», divinement mauvais, mais à regarder diablement

Didier Lestrade, mis à jour le 07.09.2014 à 18 h 55

Le documentaire sur l'acteur fétiche de John Waters aligne tous les clichés possibles. Malgré tout, l'héritage de cet homme «plus belle femme du monde» est de toute actualité. Et le revoir à l'écran nous plonge dans les années 1970-80.

Divine / pro-fun

Divine / pro-fun

Ça devient une tendance: quelques mois à peine après la sortie du documentaire qui retrace la vie de l’acteur fétiche de John Waters, I Am Divine est si mal fait qu’il ressemble déjà à une archive. 

Pourtant, qui ne connaît pas Divine (Divi pour les intimes)? Ce personnage obèse et terroriste, qui mange du caca de chien à la fin de Pink Flamingos, a été considéré comme la plus belle femme du monde. Si vous êtes passé à côté, il faut lire ce qui suit.

Imaginez Baltimore, à la fin des années 1960. Pas le Baltimore romantique de Nina Simone encore moins le Baltimore hardcore de The Wire. Non, le vrai, le désert culturel, la grisaille mortelle, la ville des Etats-Unis dont personne ne parle.

John Waters est alors un jeune geek de cinéma et il va attirer à lui les rares freaks de cette ville oubliée. Ils commencent à faire des films, pour le fun, pour tuer l’ennui. Ils ne savent pas qu’ils sont quasiment en train d’inventer le punk. Tout est raconté dans ce livre super rare.

Dans les années 1970, il était absolument impératif de connaître par cœur chaque scène de chaque film de John Waters. C'est bien simple, si vous ne saviez pas, vous étiez exclu. Même si ses films étaient tous underground, chacun avait son personnage favori.


 

Certains étaient fans d’Edith Massey, la mangeuse d’œufs de Pink Flamingos.

D’autres vénéraient la méchanceté perverse de Mink Stole.

D’autres (moi) avaient un crush sexuel sur David Lochary, un moustachu poilu aux cheveux longs et décolorés (très Roxy Music, finalement).

Female Trouble (1974)

Polyester (1981)


 

Ensuite, alors que la filmographie de John Waters s'étoffait, on se demandait si Polyester avait perdu la violence de Female Trouble. On comparait les meilleures robes créées par Van Smith. Mais tout le monde ADORAIT Divine.

En développant un personnage de folle à lier, juste bonne pour la chaise électrique, Divine a attiré à lui tous les mal-aimés des années 1970 qui se sentaient mal dans leur peau.

Divine était un homme qui jouait des rôles de femmes, sans revendiquer une identité de travelo ou de transgenre, finalement très proche des acteurs de kabuki. Ce qui, bien sûr, était en totale contradiction avec la série de mégatubes Hi-NRG des années 1980 qui ont ensuite propulsé sa carrière.

Dans la vie de tous les jours, Divine était un homme gentil, dépensier, boulimique, fumant des joints du matin au soir. Mais habillé et maquillé en créature, c’était une immense baleine destructrice, avec un sens de l’humour aussi impressionnant que ses faux seins bonnet D.

Il est donc très surprenant qu’un sujet si extrême et drôle ait donné naissance à un documentaire si coincé du cul.

Commercialisé il y a quelque mois par Jeffrey Schwartz (réalisateur des remarquables Vito et de The Celluloid Closet), I Am Divine a droit à tous les clichés du docu flash back.

On voit Divi à l’école, Divi raconté par sa mère, même sa naissance est illustrée par une cigogne volant avec un sac tenu dans son bec!

On croit qu’il y a du troisième degré mais non, l’habillage et le montage de ce film s'avèrent si insipides qu'il font grincer les dents. Comment faire une bio de Divine en l'illustrant d'une manière si middle-of-the-road?

C’est triste car toutes les archives rassemblées sont rares et, pour un fan de John Waters, on découvre des images jamais vues de tournage. Il faut donc se concentrer sur les moments pendant lesquels on voit Divine à travers ses transformations de rôles, de costumes et de maquillage. Sans oublier les nombreux commentaires désopilants de célébrités comme Holly Woodlawn de la scène warholienne, toujours amusante, toujours pile-poil dans ce qu’il faut dire.

La diffusion de ces films sur les sites Torrent se multiplie et nous avons enfin accès à des documentaires récents qui ne cessent de raconter l’histoire LGBT à travers ses leaders plus ou moins connus.

Divine est décédé en 1988 d’une crise cardiaque pendant son sommeil, au moment où sa carrière prenait enfin l’envol mainstream qu’il attendait avec ses premiers rôles masculins. Poussé par la nouvelle génération de hipsters et de folles fashion à la Flash Cocotte, l’héritage de Divine est plus que jamais d’actualité.

Il faut regarder ce docu, mais vous êtes prévenus: armez-vous d'autodérision.

I Am Divine

de Jeffrey Schwarz, avec Divine, John Waters... 1h26 mn. Le film est disponible en DVD et en VOD.

 

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Didier Lestrade
Didier Lestrade (71 articles)
Journaliste et écrivain
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