Ce que nous dit #Ferguson du rôle des réseaux sociaux dans le cycle de l’information

Lots of Hash / Michael Coghlan via Flickr CC License by

Lots of Hash / Michael Coghlan via Flickr CC License by

«Ferguson est devenu #Ferguson». La formule de David Carr du New York Times résume la manière dont Twitter a transformé la mort de l'adolescent Michael Brown, abattu le 9 août dernier par l’officier Darren Wilson, et les émeutes qu'elle a provoqué à Ferguson (Missouri), en événement d'actualité incontournable.

Très rapidement, dans les jours qui ont suivi, des photos et des vidéos du chaos qui régnait à Ferguson ont commencé à circuler sur la plateforme de microblogging, associées au hashtag #Ferguson, pendant que les médias traditionnels se focalisaient encore sur la mort de Lauren Bacall, le suicide de Robin Williams ou l’intervention américaine au nord de l’Irak.

Cette carte interactive réalisée par Twitter témoigne de la propagation du mot-clé partout dans le monde, du 9 au 17 août. Et voici comment l'intérêt pour ce hashtag a explosé sur Twitter alors que les affrontements se multipliaient.

Peu de temps après, les chaînes d’information en continu s’ajustaient au réseau social pour rapporter la nouvelle, se référant explicitement à des informations qui leur parvenaient d'utilisateurs sur Twitter.

Ce n’est pas la première fois que Twitter double les médias traditionnels. Les premières images de l’atterrissage en urgence d’un Airbus A320 dans l’Hudson River, le 15 janvier 2009, étaient issues du compte d'un utilisateur «lambda», Janis Krums.

C’est désormais acté, selon le journaliste du New York Times:

«Twitter est devenu un service de première alerte pour les entreprises d’information, un moyen de connaître des histoires même quand elles n’ont pas d’équipes de reportage importantes sur le terrain.»

Si sa fiabilité est évidemment contestable, ce nouveau rouage dans la fabrication de l’information présente plusieurs avantages en plus de sa réactivité. Les utilisateurs des réseaux sociaux peuvent relater des événements auxquels les médias traditionnels n’ont pas forcément accès: plusieurs journalistes ont par exemple été arrêtés ou pris pour cibles par les bombes lacrymogènes des policiers à Ferguson.

D’autre part, Twitter peut permettre de toucher une population défiante vis-à-vis des médias traditionnels. Comme le rappelle le New York Times, «alors que les médias dominants laissent les minorités de marbre […], Twitter est un média auquel beaucoup d’utilisateurs noirs font confiance pour s’informer».

Enfin, Twitter permet de donner un écho peut-être plus important à des événements qui auraient pu être passés sous silence, comme le souligne la sociologue Zeynep Tufekci dans Medium. Selon elle, Ferguson illustre parfaitement le fait que «la neutralité du net relève des droits de l’homme, de la liberté de parole et de l’opportunité pour les sans voix d’être entendus, dans leurs propres termes».

Aussi les événements de Ferguson sont-ils l'occasion de débattre de l’opacité des algorithmes qu’utilisent les réseaux sociaux, et qui peuvent censurer arbitrairement des informations qui ne sont pas mineures. Selon elle, le 14 août, son fil d’actualités Facebook était vierge de toute référence à Ferguson, alors qu’elle a comme «amis» les mêmes personnes qu’elle suit sur Twitter.

Partager cet article