France

Nicolas Sarkozy est de retour: petit guide pour ceux qui veulent résister à la tentation

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 19.09.2014 à 16 h 36

Doté de réelles capacités de séduction politique, l'ancien président va tenter de reconquérir l'électorat français. Voici quatre conseils pour ceux qui veulent éviter de remettre le couvert...

Vampire Kit / Theodore Scott via Flickr CC License By

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Nicolas Sarkozy est de retour. Faut-il encore écrire quoi que ce soit sur le phénomène? Cinq années de présidence hyperactive n’ont-elles pas absolument épuisé tous les angles, toutes les analyses, toutes les approches possibles du sarkozysme? Existe-t-il encore une connexion neuronale de sa personnalité que nous ignorions? Une infime zone d’ombre du personnage qui, révélée, pourrait apporter un éclairage nouveau à l’ensemble?

Sans doute pas. Nous serons donc brefs: qu’on l’apprécie, qu’on s’en défie ou qu’on le rejette, l'homme et son style de gouvernance, le sarkozysme, sont à présent des phénomènes bien cernés par la science. Voici quelques règles simples pour ceux qui souhaiteraient ne pas être victime d'une rechute alors que l’ancien président se lance à la reconquête de l'UMP.

1.La tentation
Il va vous dire qu'il a «fait des erreurs» mais qu'il a changé

Le changement est l'état permanent de Nicolas Sarkozy, comme on a tenté de l'illustrer dans un précédent article. Plutôt que de fanfaronner lors de son retour en politique, Nicolas Sarkozy va la jouer profil bas, expliquer qu'il a pris de la hauteur sur le cours des événements. Il confiera peut-être même avoir commis des erreurs: déjà, dans son message Facebook, il explique avoir pris «le recul indispensable pour analyser le déroulement de [son] mandat, en tirer les leçons».

On sera attendris. Émus. C’est un piège.

Le talisman: se rappeler qu’il est censé avoir déjà «changé» et avoir confessé «ses erreurs» plusieurs fois.

Dès 2008, pour expliquer sa première année de mandat, Nicolas Sarkozy a entamé un cycle d'excuses-promesses de changement: «Sans doute on n'a pas assez expliqué. Sans doute j'ai fait des erreurs», se livrait-il à la télé!

Rebelote en 2009 lors d’une interview au Nouvel Obs à propos de ses deux premières années de présidence: «J’ai commis des erreurs.» «Et si erreur il y a, ce n'est pas la peine de la recommencer», admet-il alors dans la foulée à propos de l’épisode du Fouquet’s, faux pas des premiers moments présidentiels.

La nomination de Jean Sarkozy, son fils, à la tête de l’Epad, annoncée la même année avant que le président ne fasse machine arrière?

«C'était sans doute une erreur.»

Mais ça n’est pas fini. L’autoflagellation continue. En 2012, lors du premier grand meeting de campagne pour sa réélection à Annecy, Nicolas Sarkozy admet, devinez quoi… avoir«commis des erreurs».

Cet été, il aurait annoncé à ses visiteurs: «Il faut tout changer». Peut-être y croit-il lui-même. On ne se refait pas.

2.La tentation
Il va vous annoncer le rassemblement au-delà des clivages

Si on en croit les chroniqueurs qui ont eu le privilège d’approcher le personnage et de recevoir ses confidences savamment distillées, l’ancien président ne croit plus aux clivages politiques actuels: libéralisme contre conservatisme, mondialisation contre protectionnisme, tout cela lui paraît devoir être bouleversé. Dans son message de retour, il dit vouloir s'adresser aux Français «sans aucun esprit partisan, dépassant les clivages traditionnels qui ne correspondent plus aujourd’hui à la moindre réalité».

De là, on devine que Sarkozy visera à rassembler plus qu’à diviser, à rebours de sa campagne calamiteuse de 2012.

Le talisman: se rappeler qu'il a déjà joué l'ouverture... avant de refermer le jeu

Dès son élection en mai 2007, l’alors nouveau président respecte sa promesse d’ouverture en plaçant au gouvernement des personnalités classées ou encartées à gauche: Bernard Kouchner, Eric Besson ou Jean-Pierre Jouyet, un proche de François Hollande. Bilan? Eric Besson a été plus sarkozyste que le sarkozysme et a finalement quitté la politique, Kouchner n’a pas laissé un souvenir impérissable au Quai d’Orsay. Enfin, Jouyet est revenu au bercail, désormais secrétaire général de l’Elysée depuis avril 2014.

Du côté programmatique, Nicolas Sarkozy affirmait en 2007 dans l'entre-deux-tours qu'il voulait «rassembler le peuple français»:

«Je veux parler aux travailleurs, aux ouvriers, aux salariés, aux agriculteurs, à la France qui donne beaucoup et qui ne reçoit jamais rien.»

A la fin de son mandat, Nicolas Sarkozy s’était mis à dos les syndicats, les chômeurs, les retraités, les flics, les fonctionnaires, etc.

3.La tentation
Il va vouloir vous couvrir de nouveaux présents

On ne sait pas avec quel programme Nicolas Sarkozy entend reconquérir les Français. La première étape est de reprendre la présidence de l’UMP, qu'il devrait remporter grâce à sa stature d'ancien chef auprès des militants, sans même avoir besoin d'un positionnement précis. 

Une fois investi par le parti, Sarkozy devrait se prêter au jeu de la primaire à droite pour être candidat à l’élection présidentielle de 2017, à moins qu'il ne parvienne à la faire annuler. On peut quoiqu'il arrive s’attendre à de nouvelles propositions, à de «nouvelles réponses», comme il le dit lui même, qui permettraient de faire oublier celles, innombrables, qui sont restées au milieu du gué en 2007-2012.  

Le talisman: se rappeler qu'il a déjà tant promis

Depuis que Charles Pasqua a fait entrer sa citation au panthéon des grandes phrases de la science politique, on le sait: «Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent».

Nicolas Sarkozy fut le président des annonces, des projets de loi annoncés à chaque déplacement ou au lendemain d'un fait divers et de l’inflation des mesures. L’institut Thomas Moore a livré un bilan de sa présidence. Il y était calculé que Nicolas Sarkozy avait fait 490 promesses de campagne, 832 nouvelles annonces lors du quinquennat… À ce niveau de générosité, on a tendance à se méfier. 

Vous laisseriez-vous promettre la lune par quelqu’un qui n’est pas sorti de l’atmosphère? D'ailleurs, cet activisme a eu pour conséquence de multiplier les chantiers ouverts et restés en plan. 

L'institut pointait également «la succession de propositions ou de chantiers symboliques n’ayant abouti à rien de précis ni de pérenne: la lecture de la lettre de Guy Môquet à l’école (octobre 2007); la “politique de civilisation” (janvier 2008); l’Union pour la Méditerranée (juillet 2008); le débat sur l’identité nationale (octobre 2009); etc.»

4.La tentation
Il va vous convaincre que c'est la faute de la crise

Plombé dès la deuxième année de son mandat par les effets de la crise financière venue des Etats-Unis, Nicolas Sarkozy n’a ensuite eu de cesse d’invoquer ce léger imprévu pour justifier son bilan en demi-teinte. L’équipe qui lui a succédé à l’Elysée, qui ne peut pas passer cinq ans à se cacher derrière le bilan de son prédécesseur pour expliquer les mauvais résultats, devrait prendre le même chemin.

Le talisman: être conscient que la crise sera toujours là en 2017

... Ce qui donnera lieu à une excuse toute trouvée pour un nouveau bilan… en 2022. Car comme l'expliquait récemment Le Figaro à propos de la promesse d'Alain Juppé de ne faire qu'un mandat s'il est élu en 2017: «L'ancien président [n'a] pas dit s'il avait l'intention d'annoncer que, lui aussi, il ne se présenterait que pour un mandat.»

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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