Culture

C’est arrivé près de chez vous: la jolie rebuffade de Béatrice Dalle à Patrick Poivre d’Arvor

Elise Costa, mis à jour le 18.08.2014 à 16 h 19

En 1992, l'actrice est invitée au JT de 20h de TF1 pour parler de son dernier film, «La Belle Histoire» de Claude Lelouch. Mais quand le journaliste aborde un sujet qui chatouille, l’interview tourne au règlement de comptes.

Béatrice Dalle interviewée par Patrick Poivre d'Arvor le 12 mars 1992. Capture d'écran.

Béatrice Dalle interviewée par Patrick Poivre d'Arvor le 12 mars 1992. Capture d'écran.

Petite vengeance, passions éphémères et bad timing… Tout au long du mois d’août, retrouvez les anecdotes obscures du cinéma français.

L’interprète de Betty Blue n’a jamais été du genre à se laisser conter fleurette. Quand son futur agent et ami –qui n’est autre que Dominique Besnehard– lui téléphone en février 1985 pour lui proposer un premier rôle au cinéma, Béatrice Dalle commence par l’envoyer paître:

«Il a eu mon numéro personnel par le magazine [Photo] et comme tous les gens qui font du cinéma pensent que tout le monde rêve de faire du cinéma –c’est peut-être vrai aujourd’hui mais moi en tous cas c’était pas le cas– j’ai pas aimé sa manière de me parler. Donc j’ai raccroché et je lui ai dit "Tu me rappelleras quand tu seras poli".»

Un an plus tard, 37,2° le matin de Jean-Jacques Beineix met la fièvre aux critiques, cinéastes et autres spectateurs des salles obscures. L’aura sauvage de Béatrice Dalle, héroïne du film et âgée de 22 ans à l’époque, y est pour beaucoup. Ce qui lui passe d’ailleurs à mille lieux au-dessus de la tête[1].

Une étoile punk est née.

Au même moment, dans le ciel, Nadine Vaujour organise l’évasion en hélicoptère de son mari, détenu à la prison de la Santé pour vol. L’histoire, digne de la fiction et de la personnalité de Béatrice Dalle, est calibrée pour le cinéma. C’est ainsi qu’en 1992, Dalle incarne Vaujour dans La Fille de l’Air, de Maroun Bagdadi. Une bonne année se profile alors pour l’actrice, qui est également à l’affiche du dernier long-métrage de Claude Lelouch, La Belle Histoire.

Mais ses pulsions de tête brûlée finissent par la rattraper.

Dans un moment de faiblesse, Béatrice Dalle fait une Winona Ryder avant l’heure et chaparde des bijoux dans une joaillerie de Paris. Début 1992, elle est condamnée à six mois de prison avec sursis et 20.000 francs d’amende pour vol.

La sentence tombe la veille d’une interview qu’elle doit donner à Patrick Poivre d’Arvor au journal de 20h de TF1. Lorsqu’elle entre sur le plateau, tous les journaux en ont déjà fait leurs titres à la rubrique fait divers. Nous sommes le 12 mars 1992. PPDA, que l’on a déjà été vu plus à l’aise, se risque à poser la question qui fâche:

«Dans ce film, on vous découvre un peu kleptomane, c’est un rôle que heu… vous connaissez dans la vie? Qu’est-ce qui a été inspiré le premier: c’est l’idée de départ ou c’est pendant que vous tourniez tout à coup que vous avez… ?»


La jeune femme le coupe:

«Non, ce sont des choses dont on a parlé avec Claude Lelouch, il s’adapte à la personnalité des gens pour qu’on se sente bien dans le rôle… Qu’est-ce que vous voulez me faire dire là, au lieu d’essayer de tourner autour du pot? Dites franchement!
– Est-ce que vous regrettez d’avoir volé des bijoux?

– D’avoir violé Mike Tyson? Non pas du tout, c’était très agréable.

– D’avoir volé ces bijoux.

– Et vous, est-ce que vous regrettez certaines lettres que vous m’avez envoyées? Et dont je ne vous aurais jamais parlé si vous ne m’aviez pas posé cette question, alors que l’on vous avait demandé avant de vous taire? Vous n’avez pas de parole.»

Les téléspectateurs savent désormais que PPDA, telle une midinette, envoie des missives enflammées aux actrices françaises. De quoi faire sourire dans les salons.

Mais face à la séquence, l’auditoire prend la défense de Béatrice Dalle. Alors que le public est prompt à réclamer des journalistes qu’ils posent justement les questions qui fâchent, il semble cette fois d’accord avec l’actrice lorsqu’elle accuse PPDA de «vouloir foutre la merde et faire de la provocation gratuite». 

Homme à femmes notoire, Patrick Poivre d’Arvor est aussi connu pour ses méthodes parfois douteuses: en essayant d’épingler Béatrice Dalle sur un sujet facile, le présentateur essaye surtout, à cet instant, de se racheter une crédibilité à moindre frais suite à l’affaire de la fausse interview de Fidel Castro, qui vient d’être révélée par Télérama.

Qu’importe toutefois, puisque le karma finit toujours par l’emporter.

En 2011, PPDA sera condamné à verser 33.000 euros de dommages et intérêts à son ex-compagne Agathe Borne pour avoir reproduit leur correspondance privée dans son roman Fragments d’une femme perdue. Tandis que Béatrice Dalle sera, à son tour, la cible d’un vol de bijoux dans son appartement parisien en 1995.

  1 — Dans Que Dalle, l’entretien biographique réalisé par Pascal Louvrier (éd. Sonatine, 2013), Beineix se souvient que lors de la tournée promo aux États-Unis, tous les cadres du business couraient après l’actrice, qui n’en avait visiblement pas grand-chose à secouer. Retourner à l'article.

Elise Costa
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Journaliste
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