Santé

Ebola: les chiffres de l'OMS étaient faux, selon l'OMS

Temps de lecture : 2 min

Un homme se fait prendre la température avec un thermomètre à laser infrarouge à Abuja le 11 août 2014. REUTERS/Afolabi Sotunde
Un homme se fait prendre la température avec un thermomètre à laser infrarouge à Abuja le 11 août 2014. REUTERS/Afolabi Sotunde

Qui croire? Les chiffres estampillés «OMS» de l’épidémie de fièvre Ebola sont largement sous-estimés. Mieux: c’est l’OMS qui le reconnaît. «Le personnel présent dans les zones d’épidémie relève des preuves montrant que le nombre de cas rapportés et le nombre de morts sous-estiment largement l’ampleur de l’épidémie» annonce l’OMS.

Comment peut en arriver là une agence onusienne qui dispose de tous les moyens pour, non pas agir, mais au moins observer? C’est là une nouvelle démonstration de l’incapacité de cette institution à remplir les tâches minimales pour lesquelles elle existe et pour lesquelles sont rémunérés ceux qui ont l’honneur de travailler sous sa bannière.

Sur le terrain africain

Il ne s’agit certes pas de sous-estimer les considérables difficultés que peuvent rencontrer les épidémiologistes sur le terrain africain. A fortiori en phase épidémique et plus encore lorsque l’épidémie est due à un virus qui sème la mort et répand la terreur.

Le tout en l’absence de critères biologiques de dépistage et de diagnostic. Mais, précisément, ce sont la des données connues depuis des décennies. Pourquoi, dès lors, s’en tenir à des comptabilités hebdomadaires (religieusement reprises dans les médias) dont chaque soignant concerné sait qu’elles sont obsolètes.

Pour tardive qu’elle soit cette autocritique épidémiologique à une vertu: les chiffres OMS ne seront plus perçus en valeur absolue mais bien sous l’angle de la relativité. Exercice pratique: que valent les «1.975 cas et 1.069 morts en Guinée, au Liberia, au Nigeria et en Sierra Leone» dont fait état l’OMS à la date du 14 août. Par quel facteur faut-il les multiplier pour s’approcher de la vérité?

Cri d’alarme de MSF

L’autre vertu est d’aider les véritables acteurs de terrain à amplifier un message qui, pour diverses raisons, n’est guère entendu en Occident. Les chiffres OMS étant faux Médecins Sans Frontières (MSF) et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) appellent à se mobiliser davantage.

Le docteur Joanne Liu, directrice de MSF vient de passer dix jours en Afrique de l’Ouest. Elle lance un cri d’alarme:

«La situation se détériore plus vite que notre capacité à y faire face. [...] Nous avons une totale défaillance des infrastructures. Si on ne stabilise pas la situation au Libéria on ne stabilisera jamais la région. Et il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg. [...] Tous les gouvernements doivent se mobiliser. Il faut le faire maintenant si nous voulons contenir cette épidémie.»

Un certain temps

Et maintenant, que dit-on via Appia, sur les hauteurs aseptisées de Genève siège de l’Organisation? «L’OMS coordonne une augmentation massive de la réponse internationale.»

On y annonce que les Centers for Diseases Control and Prevention vont équiper les pays touchés d’ordinateurs «pour pouvoir avoir une vision en temps réel de l’évolution de l’épidémie». Pourquoi les CDC? On ne le dit pas.

Mais on précise s’attendre «à ce que l’épidémie dure un certain temps». On s’est trompé sur les chiffres, on aimerait ne pas faire d’erreurs sur les dates. Une quasi-certitude cependant: Ebola sera encore là début 2015.

Jean-Yves Nau Journaliste

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