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Profitez des GIFs et des Vine de sport, il n'y en aura bientôt plus

Radamel Falcao de l'AS Moncao tacle Benjamin Lecomte, le gardien de but de Lorient, lors du match de Ligue 1 entre les deux équipes au stade Louis II de Monaco le 10 août 2014. REUTERS/Eric Gaillard

Radamel Falcao de l'AS Moncao tacle Benjamin Lecomte, le gardien de but de Lorient, lors du match de Ligue 1 entre les deux équipes au stade Louis II de Monaco le 10 août 2014. REUTERS/Eric Gaillard

Profitez des Vine sportifs et autres GIFs des meilleurs actions de foot que vous regardez avidement tous les weekends en attendant de voir le résumé des matchs à la télévision: les organisateurs des plus grandes compétitions sportives du monde ont décidé de partir en guerre contre ces manières de partager des images qui nuisent à leur modèle économique.

Dans une interview donnée à la BBC, le directeur de la communication de la Premier League (le championnat de foot le plus riche et le plus regardé au monde), Dan Johnson, a expliqué que l'organisation avait mis au point des «crawlers» (des programmes automatisés qui scannent une grande quantité de pages Internet) qui vont commencer à détecter les vidéos de buts marqués lors de ses matchs sur des sites comme Vine. La Premier League compte également s'attaquer aux GIFs, qui sont devenus une manière très répandue de partager les images sportives, utilisée notamment par le site Reddit mais aussi ici, sur Slate. «Je sais que nous allons passer pour des rabat-joies , mais nous devons protéger notre propriété intellectuelle» a déclaré Dan Johnson.

La principale source de revenu des fédérations et autres ligues qui organisent les compétitions sportives sont les droits télévisés, ces sommes d'argent souvent colossales que les médias paient pour avoir le droit de diffuser les images des matchs.

Les diffuseurs de la Premier League paient au total 1,2 milliards d'euros par an pour avoir le droit de retransmettre ses matchs. En France, BeIN Sports et Canal+ payent à eux deux 748,5 millions d'euros pour les droits de la Ligue 1.

Mais ce n'est pas tout. Depuis quelques années, les organisateurs vendent aussi les droits de leurs compétitions pour diffusion sur Internet. Au Royaume-Uni, The Sun et The Times (qui appartiennent tous deux au groupe de médias de Rupert Murdoch, News UK) ont acheté les droits en ligne de la Premier League pour 60 millions d'euros. En payant un abonnement hebdomadaire, les utilisateurs de Sun+ peuvent voir tous les buts sur leur ordinateur ou leur Smartphone. En Fance, Dailymotion, YouTube et L'Equipe ont acheté en 2012 le droit de diffuser sur Internet dès le dimanche soir minuit les résumés des matchs, les buts, les meilleurs moments et les interviews de la Ligue 1.

Ces sommes et ces contrats expliquent la détermination des détenteurs de droits à traquer les images «volées». Dans les années 2000, il s'agissait surtout de vidéos prises directement des retransmissions des matchs à la télévision et mises sur YouTube par des utilisateurs. Très vite, YouTube a reçu des demandes de retrait, et on ne trouve presque plus d'images de matchs de football «piratées» datant de la fin des années 2000 et plus tard sur le site.

Pour répondre à ces interdictions, les internautes fans de sport ont trouvé d'autres moyens de continuer à partager gratuitement les images de leurs compétitions préférées. Comme l'écrivait récemment ici Vincent Glad, l'une des techniques les plus répandues consiste désormais à filmer avec son Smartphone son écran de télévision et de publier les images sur Vine, le service de vidéo de Twitter qui limite les séquences à six secondes et les joue en boucle. Des comptes comme Football Vines (540.000 abonnés), Sport Vines (392.000 abonnés) ou encore Saintmtex en France (12.300 abonnés) se sont spécialisés dans le mise en ligne de ces images.

Mais les Vine sportifs sont en train de connaître le même sort que les vidéos YouTube d'antan: beaucoup sont retirés. Twitter a reçu près de 10.000 demandes de retrait de contenu au cours des six premiers mois de l'année, qui ont abouti dans 76% des cas. Pire, les comptes Twitter spécialisés pourraient être bloqués sur demande des ayants droits, selon Adam Rendle, un avocat spécialisé dans la propriété intellectuelle interrogé par le Guardian.

L'annonce de la Premier League va encore plus loin en s'en prenant aussi aux spectateurs. Dan Johnson a annoncé que ses crawlers allaient aussi repérer sur Internet les vidéos prises par des spectateurs pendant ses matchs et demander aux sites qui les hébergent de les retirer. En d'autres termes, le temps où vous pouviez rendre tous vos amis jaloux en publiant la vidéo du but gagnant depuis les tribunes risque d'être bientôt révolu.

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