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Ebola: selon un mandarin américain, «Il est peu probable qu’un remède miracle mettra fin à l’épidémie actuelle»

Jean-Yves Nau, mis à jour le 15.08.2014 à 11 h 28

Sans faire de croix sur le compassionnel, le professeur Anthony Faucie en appelle à la raison et à l’éthique

REUTERS

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Si les mandarins existent en Amérique, nul doute que le Pr Anthony S. Fauci en est un. 73 ans, une carrière entière au sein de l’Institut national de la santé américain, depuis longtemps à  la tête de l’Institut National des allergies et maladies infectieuses (National Institute of Allergy and Infectious Diseases). Grand habitué des médias il est toujours omniprésent, aux confins de l’immunologie et de la virologie. Et ce depuis l’émergence du sida – trente-trois ans déjà. C’est une voix plus qu’écoutée dans les milieux scientifiques et politiques d’outre-Atlantique.

Poids des mots

Aujourd’hui c’est un autre virus qui retient son attention, celui de l’Ebola. Il s’exprime,  en solitaire et en extrême urgence, dans les prestigieuses colonnes du New England Journal  of Medicine. On peut lire son texte ici. Ce sont des paroles qui pèseront dans un milieu américain en proie à l’émotion et à la désorganisation des règles habituellement acceptées: celles des essais cliniques et de l’éthique biomédicale qui leur est associée.

Voulu par les Etats-Unis la récente décision  «éthique» de l’OMS (autoriser l’administration de substances non autorisées) a bouleversé le paysage et alimente soudain bien des appétits –souvent américains (voir l’article d’Andrew Pollack dans The New York Times). Elle a notamment conduit le président américain Barack Obama à se contredire à deux jours d’intervalle.  

Sans précédent

Cette situation sans précédent commence à alimenter de vifs débats dans la communauté scientifique et médicale française où le Comité national d’éthique (CCNE) et l’Agence nationale de sécurité des médicaments (Ansm) pourraient être prochainement saisis, en urgence, de cette problématique. Exemple: Pourrait-on (à supposer que la France puisse en disposer) administrer du ZMapp à un citoyen français infecté qui en ferait la demande?

C’est dans ce contexte que s’exprime, depuis la chaire du New England Journal of Medicine, le Pr Fauci. Il rappelle le champ du possible thérapeutique, les délais incompressibles des recherches en cours. Il souligne surtout l’essentiel: la mise en œuvre des mesures de santé publique qui ont fait leurs preuves dans le contrôle de ce type d’épidémie. Il souligne aussi les dégâts que causeraient (causeront?) le déploiement anarchique de méthodes dont les preuves de l’innocuité et de l’efficacité n’ont jamais été apportées. A commencer par le déséquilibre des relations (déjà fragiles) entre soignants et soignés dans les pays africains touchés

Improbable miracle

Sans faire de croix sur le «compassionnel» le Pr Fauci en appelle à la raison. A la raison et à l’éthique: 

«Il est peu probable qu’un remède miracle mettra fin à l’épidémie actuelle. Au contraire, les pratiques rationnelles de santé publique, l’engagement avec les communautés affectées, une aide internationale considérable et la solidarité mondiale seront nécessaires pour vaincre le virus Ebola en Afrique de l’Ouest.»

Nous sommes le 14 août 2014. Combien de temps le Pr Anthony S. Fauci sera-t-il le seul à lancer un tel appel? La France médicale et scientifique, la francophonie, n’ont-ils pas assez de liens tissés avec cette Afrique pour que ce message soit, au plus vite amplifié de ce côté-ci de l’Atlantique? Chaque jour qui passe est un jour perdu.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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