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Trois jours avec l'homme le plus recherché au monde: Wired publie un passionnant portrait d'Edward Snowden

Repéré par Andréa Fradin, mis à jour le 13.08.2014 à 18 h 41

Repéré sur Wired

Capture d'écran de l'article publié sur Wired.

Capture d'écran de l'article publié sur Wired.

Aucun journaliste n'a pu le rencontrer aussi longtemps depuis qu'il s'est réfugié à Mouscou, en juin 2013. Et qu'il est devenu, comme le titre Wired, «l'homme le plus recherché du monde».

En passant ces trois jours avec Edward Snowden, le journaliste d'investigation James Bamford a tenté de comprendre pourquoi et comment cet ancien consultant de la NSA a décidé de divulguer, il y a un peu plus d'un an, les pratiques de surveillance des espions américains. Quitte à y laisser sa vie.

En résulte un fascinant portrait publié sur Wired donc, entre nouvelles révélations, pizza pepperoni dans la chambre d'un hôtel russe, et superbes clichés –dont le site raconte également les coulisses.

Pour parvenir à ses fins, le journaliste explique avoir dû négocier près de neuf mois avec les proches de Snowden. Le fait qu'il ait finalement accepté de lui accorder autant de temps a probablement quelque chose à voir avec le pedigree de l'auteur: James Bamford est l'un des premiers à avoir écrit sur la NSA. Lui aussi est un whistleblower, lui aussi a tiré la sonette d'alarme face aux pratiques de surveillance des agents du renseignement américain. Et reconnaît d'ailleurs, à ce titre, se sentir un «lien de parenté» avec Edward Snowden.

Opérations en Syrie, en Chine, et programme Monstermind: des pratiques jamais révélées qui inquiètent Snowden

Ce long portrait revient donc sur le parcours de ce jeune homme, né en 1983, qui, après un passage écourté dans les forces spéciales de l'armée américaine –où il s'est cassé les deux jambes lors d'un entraînement–, se retrouve avec un «boulot d'agent de sécurité dans une installation top secrète». S'ouvre alors une carrière dans le renseignement: pour la CIA, puis pour la NSA, via des entreprises sous contrat. Jusqu'au moment de se retrouver à la tête d'un service:

«J'étais l'expert en technologie référent d'un bureau de partage d'informations à Hawaï, explique ainsi Snowden à Wired. J'avais accès à tout.»

Et ce qu'il voit tout au long de sa carrière lui déplaît. Le lanceur d'alerte évoque plusieurs anecdotes qui l'ont marqué –pour certaines complètement inédites.

Ainsi, quand l'unité de hackers de la NSA, le TAO, a éteint par erreur l'ensemble de l'Internet syrien en 2012 –une panne qui n'était pas passée inaperçue à l'époque, sans être toutefois liée aux services américains. Le TAO était alors chargé d'installer un programme au sein d'un équipement central de l'Internet syrien, afin de pouvoir accéder aux «emails et au trafic Internet de la plupart du pays». Mais l'opération a mal tourné.

De même, Snowden s'inquiète de la surveillance menée en Chine:

«Tout le monde sait que nous hackons la Chine de façon très agressive. Mais nous avons dépassé les bornes. Nous hackons des universités et des hôpitaux et toute l'infrastructure civile au lieu de viser de véritables cibles gouvernementales et militaires. Et c'est un vrai souci.»

Autre motif d'inquiétude: le programme Monstermind, sur lequel Wired revient également longuement. Un dispositif censé non seulement contrer des attaques informatiques de manière automatisée, sans intervention humaine, mais aussi lancer des représailles contre les auteurs supposés de l'attaque.

Ce qui pose deux problèmes majeurs: d'un côté, l'origine de l'attaque peut être masquée et la contre-attaque de cibler des innocents; de l'autre, ce dispositif impose, pour repérer les menaces, d'analyser tout le trafic Internet. «Pour tout le monde, tout le temps», précise Snowden.

La une du numéro d'août de Wired est consacrée à Edward Snowden.

«Je vais déraper»

C'est le mensonge de l'ancien directeur du renseignement, James Clapper, qui a déclaré en mars 2013 au Sénat américain que la NSA ne collectait «pas sciemment» des millions d'informations sur les Américains, qui aurait décidé Edward Snowden à agir.

Il explique avoir laissé des traces à ses anciens collègues, «des clés», pour distinguer, dit-il, les documents qu'il comptait sortir, de ceux qu'il avait seulement consultés. Afin de laisser du temps aux services de renseignement d'éventuellement se retourner sur le terrain. Et de montrer qu'il n'est pas, contrairement à ce que beaucoup affirment aujourd'hui –et ce d'autant plus depuis qu'il est en Russie–, un espion à la solde d'un pays étranger.

Mais ces clés n'auraient pas été trouvées.

Edward Snowden ne se fait pas d'illusion sur la fin de l'histoire. Malgré toutes ses précautions –ôter la batterie des téléphones lors d'une conversation, éviter les lieux fréquentés par des occidentaux...–, il confie même:

«Je vais déraper et ils vont me hacker. Ça va arriver.»

Aujourd'hui, aucun des documents subtilisés n'est à sa disposition: seuls quelques médias, dont le journaliste Glenn Greenwald qui a aidé à sortir la première salve de révélations, en détiennent une partie.

Et en ce qui concerne l'existence d'un nouveau lanceur d'alerte au sein de la NSA, suggérée notamment par Greenwald, Snowden refuse tout simplement d'en parler. Même si James Bamford, qui raconte avoir eu accès aux documents Snowden, accrédite cette thèse:

«En parcourant ces archives [...], je n'ai pas pu trouver certains documents qui ont été publiés, ce qui me fait dire qu'il doit y avoir une deuxième fuite quelque part.»

Snowden ou pas, l'histoire n'est donc pas près de s'arrêter là.
 

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