FranceCulture

Météo: ce n’est jamais la bonne

Gilles Bridier, mis à jour le 13.08.2009 à 7 h 10

Les professionnels du tourisme encouragent les présentateurs météo à minimiser les mauvaises nouvelles.

Attention, info météo! On ne plaisante pas avec le temps qu’il fait, et surtout qu’il fera. En juillet et août, c’est le feuilleton le plus suivi sur tous les rivages et les sommets de l’Hexagone. Et aussi le plus commenté. Car on attend tout du temps pour que les vacances soient plus belles que tout le reste de l’année. Alors forcément, face à tant d’espoir et tant d’incertitude, la météo ne peut que déclencher la passion. Et la critique de la part des professionnels qui scrutent le ciel pour anticiper leur chiffre d’affaires. Car, que l'on soit hôtelier ou commerçant, on n’est jamais content de sa météo. 

La bonne météo est celle qui fait rêver

Il y a certes la prévision juste, et l’erronée. Mais, pour le professionnel des vacances, il y a surtout la bonne lorsqu’elle favorise le tourisme. Et la mauvaise si elle nuit au chiffre d’affaires. C’est alors un feu nourri d’invectives. Par exemple, l’hiver, les hôteliers des stations les plus au sud sont attentifs à ce que les informations insistent peu sur le manque d’enneigement à la station. Pourquoi faire hésiter les skieurs? Glisser, ils en rêvent! N’y a-t-il pas des canons à neige qui peuvent fonctionner à toute puissance? 

L’été, c’est l’inverse. Les commerçants réclament qu’on en rajoute sur le bleu du ciel et les températures idéales pour le farniente ou les sorties avec les enfants. On ne fait pas fantasmer sur des vacances en bottes et cirés, le linge qui sèche et les enfants qui tournent en rond. Certains présentateurs font-ils l’objet de pressions pour orienter leurs commentaires? On a pu s’interroger début juillet, lorsque les prévisions météo ont paru parfois bien optimistes au regard de la réalité. Les spécialistes dans les médias ont promis parfois beaucoup de bonheur pour, au final, bien peu de soleil.  

Des modèles sophistiqués, des enjeux énormes

Alors, bien sûr, lorsque la prévision dérape, le vacancier râle, mais il repique malgré tout au jeu des infos météo. A la base, elles sont assez fiables. Compte tenu des avancées en climatologie et des moyens mis en oeuvre aujourd’hui depuis les radars et les images satellites jusqu’à l’informatique pour modéliser les situations et leurs évolutions, la marge d’erreur des informations produites par Météo France et accessibles à tous les internautes, se réduit. Tout dépend, ensuite, de l’interprétation.

Les enjeux économiques, il est vrai, sont énormes. Surtout cette année où, à cause de la crise, on déplore une chute de 30% de touristes étrangers, et où seulement un Français sur deux aura pris des vacances. Dans ces conditions, pour tous les vacanciers, une seule direction pour passer l’été: celle du soleil sans risque. C’est ainsi que les transhumances s’organisent… dans le flou le plus complet, il faut bien le dire. Car au moment des réservations, bien malin qui pourrait prédire le temps qu’il fera lorsqu’on ne pensera plus à rien, sauf au temps qu’il fait, précisément. 

Aussi cette année, pour oublier la crise et les destinations exotiques où ils ne se rendront pas, les candidats aux vacances ont joué la sécurité: direction la côte méditerranéenne et la Corse. Avec des réservations qui ont grimpé en flèche au dernier moment, à cause… d’un mois de juin bien maussade, bien triste et plutôt frisquet. Mais est-ce bien certain? N’y a-t-il pas des clichés qui ont la vie dure, surtout lorsqu’on a besoin d’être rassuré?

Plus de soleil… et de pluie sur l’Atlantique


En fait, juin fut un bon mois, qui aurait dû attirer le tourisme sur les côtes de l’Atlantique entre autres. Prenons le cas de Nantes, en Pays de Loire. Le temps y fut plus clément qu’à l’ordinaire, avec des températures maximales de 2°C supérieures à la normale selon Météo France, et un ensoleillement total sur le mois de 274 heures contre 183 heures en moyenne sur trente ans. Soit près de 50% de soleil en plus! Voilà de quoi relever bien des défis lancés par des villes du sud! Par exemple, Perpignan a affiché 280 heures d’ensoleillement au compteur de juin: seulement six heures de soleil en plus sur le mois dans le sud. Voilà pour tordre le cou aux idées reçues. Mais il a plu – et pour le touriste, c’est sans appel – près de deux fois plus à Nantes qu’à Perpignan en juin. Alors, lorsqu’on ne veut pas prendre de risque…

La Méditerranée, pour la sécurité

En réalité, pour cette année si l’on considère la côte atlantique et le littoral méditerranéen, les écarts météo sont moins accentués que ne l’avaient craint les touristes qui se sont précipités sur la Côte d’Azur et la Corse. Toutefois, les hiérarchies sont respectées. Par exemple en juillet, Nantes à bénéficié  de 217 heures d’ensoleillement (soit 10 heures de plus que la normale saisonnière) mais Perpignan en a totalisé 288 (soit une dizaine d’heures de moins que la moyenne des années passées). En revanche, malgré l’ensoleillement, il a plu 10% de plus à Nantes en juillet que d’habitude… et trois fois plus qu’à Perpignan. Ce qui, pour des campeurs notamment, fait une énorme différence. Et explique que sur le littoral atlantique, des directeurs de camps de camping se désolent de voir des places en front de mer rester inoccupées. 

Août se présente sous les mêmes auspices que juillet avec, sur dix jours, deux fois plus de pluie à Nantes qu’à Perpignan et seulement 60% en Pays de Loire du soleil du Languedoc-Roussillon. Mais pour les professionnels du  tourisme, les jeux sont faits pour cet été. Les hôteliers et commerçants se plaindront de la mauvaise publicité faite au quart nord-est de l’Hexagone en matière de météo, alors que leurs confrères du sud-est vont profiter de la rente soleil pour relever un niveau de fréquentation qui s’annonçait médiocre. 

Pourtant, cette année, les écarts climatiques ne justifiaient pas de couper à ce point la France en deux. Mais quand les temps sont durs, on ne prend pas de risque sur les vacances.

Par Gilles Bridier

Photo Flickr tilwe

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