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Les comiques, comme Robin Williams, sont-ils plus déprimés que la moyenne?

Robin Williams en 2009. REUTERS/Fred Prouser

Robin Williams en 2009. REUTERS/Fred Prouser

Cette question intéresse les psychologues et les chercheurs.

Comme de nombreux acteurs comiques, Robin Williams, qui vient de se suicider, vivait en proie à la dépression.

C’était aussi le cas de plusieurs grands noms de la comédie américaine: le comédien de stand-up Lenny Bruce est mort d’une overdose, Richard Pryor a tenté de se suicider en s’immolant, tandis que John Belushi et Chris Farley, tous deux acteurs de Saturday Night Live, sont morts d’overdose. D’autres célébrités comiques, comme Jim Carey ou Ben Stiller, sont maniaco-dépressifs.

Parmi les comiques francophones, le taux de dépressifs semble également élevé, avec notamment Benoît Poelvoorde, Muriel Robin ou encore Coluche.

En 2011 à Los Angeles, le propriétaire du club de stand-up Laugh Factory avait même décidé d’offrir à ses humoristes des séances de psychothérapie gratuite. «C’est vraiment nécessaire», avait alors expliqué Jamie Masada, le manager. 

«Je ne peux plus supporter de tous les voir s’autodétruire.»

Mais cette liste de noms connus suffit-elle à prouver un lien entre carrière d’humoriste et maladie mentale?

Le professeur de psychologie Peter McGraw est spécialisé dans l’étude de l’humour, et dans son livre The Humor Code, dont Slate.com a récemment publié plusieurs extraits, il s’est penché sur l’image du comique dépressif.

Dans le Laboratoire de recherche sur l’humour de l’Université du Colorado, McGraw et son équipe ont mené un sondage pour voir de quelle manière les comiques étaient perçus par l’opinion publique. 34% des personnes interrogées ont répondu que les humoristes étaient des gens «perturbés».

Cette association entre humour et maladie mentale apparaît dès les origines du stand-up. Plusieurs historiens ont identifié l’interprète de vaudeville Charlie Case comme étant le précurseur de cette forme de monologue comique, qu’il pratiquait déjà dans les années 1890. Il a fait une dépression nerveuse et s’est probablement suicidé, même si la version officielle est qu’il s’est accidentellement tué en tentant de nettoyer son revolver.

Dans les années 1980, les psychologues américains Seymour et Rhoda Fisher se sont aussi penchés sur cette question. Leur idée était que les humoristes professionnels commencent par être des clowns qui font rire leurs camarades de classe parce que leurs vies à la maison sont particulièrement stressantes.

Les Fisher avaient alors interrogé une quarantaine de comiques, et leur avait fait passer des tests de Rorschach. Ils avaient conclu que la plupart des humoristes grandissent dans un environnement chaotique avec des mères indifférentes et très critiques:

«Nous pensons que les humoristes essayent d’être drôles en grande partie pour prouver qu’il ne sont pas des ratés. Leur obsession est de défendre leur caractère.»

D’autres études plus récentes semblent confirmer cette tendance à l’instabilité psychique. Un article publié début 2014 dans le British Journal of Psychiatry a montré que les humoristes ont de nombreux traits de personnalité communs au profil type des psychotiques, comme l’introversion, l’impulsivité et les comportements asociaux (500 comiques avaient rempli des questionnaires). Les acteurs non comiques interrogés étaient moins proches du profil psychotique.

Ceci dit, un anthropologue de l’université du Nouveau Mexique a fait plusieurs études similaires sur de jeunes humoristes et n’a pas trouvé qu’ils étaient plus névrosés ou perturbés que d’autres jeunes de leur âge, même s’ils étaient en général un peu plus introvertis et asociaux que la moyenne.

La fréquence de la dépression chez les humoristes est difficile à vérifier scientifiquement, même si elle a l’air d’être confirmée dans les faits et ce que l’on sait ou croit savoir des comiques célèbres. Pour McGraw, l’image persistante de l’humoriste tourmenté psychiquement vient surtout du fait que pour faire rire, le comédien de stand-up doit révéler ses faiblesses et se mettre en scène dans des situations embarrassantes et décalées. Pour être drôle, il faut donc donner l’impression qu’on ne va pas très bien…

L’équipe du Laboratoire de Recherche sur l’Humour a fait une étude à ce sujet: ils ont demandé à 20 personnes d’écrire des histoire humoristiques et à 20 autres d’écrire des histoires simplement intéressantes. Ils ont ensuite demandé aux étudiants de choisir les auteurs qui avaient l’air les plus perturbés psychologiquement. Systématiquement, c’était les auteurs des histoires comiques qui étaient considérés comme les plus tourmentés...

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