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Guerre de Gaza: l'économie israélienne peu touchée (pour l'instant)

Jacques Benillouche, mis à jour le 17.08.2014 à 18 h 41

L'économie israélienne qui bénéficie d'une croissance soutenue, d'un taux de chômage faible et d'une bonne dynamique de ses exportations peut encaisser un conflit court. Mais si la guerre se prolonge, les conséquences pourraient être toutes autres.

Plateforme gazière israélienne en méditerranée. Août 2014. REUTERS

Plateforme gazière israélienne en méditerranée. Août 2014. REUTERS

 

La guerre de Gaza a eu jusqu'à aujourd'hui un impact relativement faible sur l’économie israélienne pénalisant avant tout l'industrie du tourisme. Les hostilités, si elles ne se poursuivent pas, devraient écorner l'activité économique qui restera soutenue. Le ministère israélien des finances prévoit pour l’année 2014 un ralentissement de la croissance à 3,3% du Pib (291 milliards de dollars en 2013) après les 3,8% de l’année 2013. La Banque d’Israël anticipe une baisse supplémentaire de la croissance d’un demi-point. L’ancien journaliste, Ofer Shelah, devenu député et membre de la commission des finances, chiffre aujourd'hui le coût total de la guerre pour l'ensemble de l'économie à 10 milliards de shekels soit 2,2 milliards d’euros.

Le shekel reste une monnaie forte

Le coût financier de la guerre de Gaza n'inquiète pas pour le moment les milieux économiques et financiers et pour preuve la monnaie israéelienne, le shekel, reste assez forte face au dollar et à l’euro même si elle a un peu faiblie au cours des derniers jours. Mais c'est une monnaie jugée trop forte. C'est une des raisons pour lesquelles la Banque centrale a abaissé le 28 juillet, après le début de la guerre à Gaza, son taux directeur à 0,5%, son plancher historique, afin d'éviter qu'un shekel surévalué du fait des excédents commerciaux handicape les exportations israéliennes. Le taux de change avec l'euro a un peu baissé à 4,6536 mardi 12 août mais était encore il y a quelques mois autour de 4,80. C'est encore plus spectaculaire pour la parité shekel-dollar de 3,4830 shekels le 12 août loin de sa norme des dernières années qui se situe autour de 4 shekels. Avec la couronne islandaise, le shekel est la monnaie qui s'est appréciée le plus au cours des derniers 18 mois face au billet vert.

Du côté du chômage, il reste à un niveau faible proche du plein emploi de 5,5% de la population active ce qui démontre la solidité de la croissance.   

Seul le tourisme a réelllement souffert notamment après la décision de certaines compagnies aériennes américaines et européennes de suspendre pendant plusieurs jours la desserte de l’aéroport Ben Gourion. Cela a eu un impact indéniable sur les vacanciers tout comme la crainte des missiles tirés de Gaza. En raison des nombreuses annulations de réservations,  l’industrie hôtelière devrait perdre  près de 440 millions d’euros. En revanche, les missiles, interceptés par Dôme de fer, n’ont pas causé d'importants dégâts matériels mais ont créé une gêne notamment pour les commerçants et les restaurateurs.

La manne gazière

L'économie israélienne qui bénéficie notamment de la force de ses exportations de technologie en matière de télécommunications, informatique et industrie de défense va aussi tirer partie de plus en plus de la mise en production de ses gisements gaziers offshore de Tamar et Léviathan. Découverts à 130 kms au large de Haïfa, ils ont commencé à produire et devraient couvrir à terme 70% des besoins en électricité. La production est gérée par des groupes privés mais l'Etat prélève environ 50% du chiffre d'affaires réalisé.

Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, avait été fortement critiqué parce qu’il n’avait pas voulu utiliser les revenus du gaz pour réduire les inégalités sociales qui sont fortes, préférant les mettre dans un fonds d'épargne investi à l'étranger pour couvrir une situation exceptionnelle éventuelle. Il s’est inspiré de l’exemple norvégien qui engrange, depuis 1990, la totalité des revenus générés par le pétrole dans le Fonds pétrolier de Norvège investi à l’étranger.

Benjamin Netanyahou avait aussi été critiqué pour son refus de réduire le budget de Tsahal en 2012. Il avait expliqué à l’époque:

«Au vu de ce qui se passe dans la région, je suis parvenu à la conclusion qu’une réduction du budget de la défense constituerait une erreur, voire une grosse erreur. Toute personne sensée voit ce qui se passe autour de nous. Tous ces changements ont des conséquences stratégiques pour la sécurité nationale de l’État d’Israël, pour notre capacité à faire face à de nouveaux défis et à l’instabilité. Tsahal est le bouclier du pays, c’est pourquoi il faut augmenter ses moyens».

Cela ne lui sera pas reproché aujourd'hui. Le budget militaire était l'an dernier de 14 milliards de dollars et Tsahal s’est plaint au fil des années que les sommes consacrées à la défense soient en constante diminution par rapport à la croissance de l'économie passant en 25 ans de 17% à 6% du Produit intérieur brut. Les États-Unis contribuent à hauteur de 23% au budget de la Défense israélienne. Il s'agit de fait d'une aide indirecte aux industries américaines car les 3/4 de cette aide doivent impérativement être consacrés à des achats auprès d'entreprises américaines. Tsahal avait demandé avant la guerre de Gaza une rallonge budgétaire de 2,4 milliards de dollars pour l’année 2015. Pour 2014, le budget prévisionnel de la Défense était de 15 milliards de dollars et devrait être au final bien supérieur à 16 milliards.

Le risque d'un conflit long

Sur le plan budgétaire, le gouvernement peut donc aujourd'hui financer sans trop de problèmes les dépenses militaires supplémentaires et compenser les pertes fiscales liées à la baisse du tourisme et à l’impact des tirs de missiles sur le sud du pays. Le ministère des finances est prêt à supporter  une facture de la guerre de l'ordre de 3 milliards d’euros répartie en dépenses militaires, en baisse de production et en dégâts matériels peu importants financés par un Fonds d’indemnisation spécial.

Le ministre des finances, le centriste Yaïr Lapid a déclaré: «le déficit public se monte aujourd’hui à 2,5% du PIB, soit en dessous de l’objectif fixé à 3% par le gouvernement; ce qui fait que nous avons encore une marge pour faire face aux coûts du conflit».

Mais le gouvernement fonde ces hypothèses sur un arrêt immédiat des combats. Si l'économie israélienne n'a pas vraiment souffert jusqu'à aujourd'hui, elle serait biee plus affectée si la guerre à Gaza devait continuer encore des semaines voire des mois dans un conflit d'usure entrecoupé de cessez-le-feu et de combats. Pour l’instant Benjamin Netanyahou utilise ses réserves sans recours à l’augmentation de l’impôt, sans réduction des prestations sociales et sans accroissement du déficit public, les seules solutions qui s’ouvrent à lui en cas de prolongation du conflit.

Il peut bénéficier d’une aide de la diaspora juive qui s’est mobilisée et d’une aide supplémentaire des États-Unis. Il peut puiser dans les réserves en devises de la Banque d’Israël qui ont atteint le record de 90 milliards de dollars. Il peut aussi se permettre de s’endetter à faible coût car l'endettement total de 66% du PIB est relativement faible.

Une vitrine pour l'industrie de défense

Si le coût humain et social de la guerre est lourd, une industrie en Israël devrait en bénéficier, celle liée à la défense. Elle a exporté en 2013 pour 7,5 milliards de dollars soit un peu plus de 8% de l'ensemble des exportations israéliennes (92,5 milliards de dollars). Les «clients» sont toujours intéressés par les nouveaux matériels ayant fait leur preuve sur le terrain et dans les combats. La guerre de Gaza a prouvé l’efficacité à 90% de Dôme de fer pour l’interception des missiles. Ce produit intéresse sérieusement les États-Unis. C’est pourquoi la commission du budget de la défense du Sénat américain a proposé de doubler les aides américaines à ce projet. Ladite commission a approuvé un projet d'aide de 621 millions de dollars au système de défense balistique dont 351 millions dollars pour Dôme de fer qui intercepte les missiles de courte portée et les roquettes.

Plusieurs pays européens s’intéressent au système pour protéger les forces de l'OTAN déployées en Afghanistan et en Irak. La Corée du Sud est déjà sur les rangs pour l’acquisition de ce système de défense face à son voisin du nord.

Un autre matériel a attiré l'attention, le char Merkava de dernière génération. Il est doté d'un système baptisé Trophy, un Iron Dome en réduction, un bouclier qui neutralise les tirs de roquettes et de missiles contre le tank ece qui a permis d’éviter les sérieuses pertes qu’a connues Tsahal au Liban en 2006.

La guerre de Gaza devrait de façon générale accroitre les ventes israéliennes d’armement à l’étranger. Israël est le dixième exportateur d’armes dans le monde et représente environ trois pour cent des ventes d’armes mondiales. 

Jacques Benillouche
Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
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