Monde

Colombie: les Indiens sous le feu de la guérilla

Julie Pacorel et Jean-Baptiste Mouttet, mis à jour le 05.03.2011 à 12 h 48

Acteurs malgré eux du conflit armé, les Indiens de Colombie sont plus que jamais menacés.

José Wilson Ramon Vivas a été tué par balles, dans sa propre maison, sous les yeux de son épouse et de ses enfants. Il était 19h30, le 31 juillet, lorsque cinq hommes encagoulés ont fait irruption chez lui, dans son petit village du Cauca, sur la côte Pacifique colombienne. Un fait divers comme tant d'autres dans un pays déchiré par la guerre civile. Pourtant José Wilson n'était ni guérillero, ni paramilitaire. Comme deux autres hommes assassinés le même jour dans la même région, il était Indien.

Un génocide?

Depuis le début de l'année, 67 Indiens ont été tués selon l'ONU. Mille neuf cent quatre-vingt depuis 10 ans. Sans compter les près de 70.000 déplacés. «Nous sommes impuissants face à ce génocide qui est en train de se produire. Ce sont nos frères qui meurent et personne n'agit», s'attriste Juvenal Arrieta, l'un des responsables de l'Organisation nationale des Indiens de Colombie (ONIC). Un génocide? Le terme interpelle, mais même le représentant du Programme des nations unies pour le développement (PNUD) à Bogotà, Bruno Moro, a évoqué dimanche «une quasi-extermination physique et culturelle des peuples indigènes de Colombie».

Le peuple Nukak, à l'Est du pays, dans la région amazonienne, a ainsi perdu la moitié de sa population en 20 ans. L'occupation de leur territoire par les narcotraficants et les acteurs du conflit (Farcs, paramilitaires, armée) leur a été fatale. Selon l'Onic, ils n'étaient déjà plus que 500 en 2007.

Les Nations Unies et les organisations Indiennes s'accordent pour désigner les groupes armés, et en particulier les Farcs, comme les premiers coupables de ces violences. «Les territoires indiens sont stratégiques militairement. De plus ces terres sont riches en eau et en pétrole», explique Vicente Otero, représentant des Indiens du Cauca.

L'Etat au banc des accusés

Ces populations n'attendent ni aide ni protection de l'Etat, bien au contraire, pour eux, ce dernier figure au banc des accusés. Pour Juvenal Arretia, le gouvernement est coupable «d'abord par son inaction, mais surtout par sa politique de sécurité démocratique, qui récompense les Colombiens qui dénoncent les membres des groupes armés, ce que nous refusons de faire». La neutralité comme ligne de conduite, quoi qu'il en coûte. Celui qui refuse de prendre parti paie un lourd tribut. Refuser de rejoindre les Farcs, ou être soupçonné de renseigner l'armée, peut entraîner des attaques violentes, de la séquestration au meurtre.

Dans la presse nationale, les assassinats d'Indiens occupent rarement les Unes des journaux, et sont souvent relégués aux brèves. La position du gouvernement est tout aussi discrète, voire inexistante. L'explication tient peut-être à ce simple fait: les résultats de sa politique ne sont pas vraiment probants. Sur le site Internet de la vice-présidence aux Droits de l'Homme, les chiffres de la violence sur un an apparaissent en baisse, mais la statistique concernant les homicides d'Indiens fait tâche : + 93%.

Dans ce contexte, les Indigènes ont pris leur défense en mains. Dans certaines régions, ils ont formé une «garde indigène», un système de surveillance interne. Les armes sont proscrites, «nous comptons sur la parole et la spiritualité, et appelons à un grand dialogue public et national», affirme Juvenal Arretia.

Les associations indiennes revendiquent l'autonomie territoriale, certaines sont même déjà structurées en «cabildos», sorte de conseils tribaux indépendants. Ce régime exacerbe cependant l'isolement des communautés indiennes. Une organisation quasi autonome, des violences qui suscitent peu d'échos à l'échelle nationale... Les Indiens ont peu d'espoir que cela change. A l'horizon des présidentielles de 2010, aucun homme politique ne semble avoir gagné leur confiance.

Julie et Jean-Baptiste Mouttet

Image de une: Un indien blessé par la police anti-émeute en Octobre 2008 à Piendamo dans la région du Cauca.

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être «La Citoyenneté contre la violence»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte