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Patrick Balkany affirme qu'Ebola est en France... au risque de créer la panique

Patrick Balkany à l'Assemblée Nationale en 2010 | REUTERS/Charles Platiau

Patrick Balkany à l'Assemblée Nationale en 2010 | REUTERS/Charles Platiau

Il n'en démord pas. A en croire Patrick Balkany, Ebola a débarqué en France.

«Selon des sources médicales fiables, plusieurs cas auraient été signalés sur le territoire français», peut-on lire sur le site Internet de l'homme politique, qui a ensuite maintenu ses propos auprès de l'AFP, comme le rapporte le Huffington Post:

«Ce n'est pas tombé du ciel... Mais compte tenu du secret médical, je ne peux rien révéler de ma source.»

Une affirmation que dément catégoriquement Sylvain Baize, le directeur du Centre national de référence (CNR) des fièvres hémorragiques virales, de l'Institut Pasteur de Lyon, qui confie dans un mail:

«Je peux vous affirmer qu'à ce jour, il n'y a aucun cas confirmé d'infection par le virus Ebola en France.»

Il y a quelques jours, afin de comprendre les étapes de la prise en charge, en France, d'un éventuel porteur d'Ebola, nous avions longuement discuté avec le scientifique. Probablement l'une des personnes les plus au fait de la situation: le CNR qu'il dirige est en effet «un rouage essentiel du dispositif de surveillance déployé depuis mars dernier, écrivions-nous alors, [...] qui examinera les échantillons de sang de tout autre cas suspect débarquant en France».

A l'époque déjà, Sylvain Baize nous expliquait qu'en quarante ans d'épidémies d'Ebola, l'exportation des cas était très rare, si ce n'est inexistante: le rapatriement, il y a quelques jours, des deux missionaires américains étant une triste première –et encore, il s'agissait d'un rapatriment, et non d'un passager non identifié porteur du virus.

En revanche, le spécialiste nous confirmait que des cas suspects avaient bel et bien débarqués en France depuis début mars. Tous ont été établis négatifs. Et évidemment peu médiatisés:

«Nous n'avions pas à en parler, réagissait alors le directeur du CNR des fièvres hémorragiques. Il s'agissait là d'une application du principe de précaution poussée à l'extrême, dans la mesure où l'on ne s'est jamais dit, face à ces cas, qu'il y avait un risque.»

Patrick Balkany aurait-il confondu cas suspects et porteurs effectifs du virus? Le maire de Levallois-Perret se montre en tout cas très explicite sur son site Internet, quand il explique avoir demandé «par une question écrite qui sera publiée au Journal officiel dans les tout prochains jours» à la ministre de la Santé Marisol Touraine «combien de cas atteints par le virus Ebola avaient, à ce jour, été recensés en France». Atteints, et non suspects.

A en croire le Huffington Post, l'entourage de la ministre dément également les propos de Patrick Balkany, les qualifiant même d'«irresponsables».

Ebola a en effet le défaut d'exercer une fascination morbide du fait de sa sévérité, qui fait de ce virus un bon candidat pour le premier rôle de tout film catastrophe à base de pandémie dévastratrice. S'il faut s'en inquiéter, il faut le faire pour les bonnes raisons, écrivions-nous début août: pour l'Afrique, qui compte maintenant plus de mille victimes. Et non pour alimenter nos fantasmes déplacés de panique.

Bien entendu, complotistes amateurs et prudents ne manqueront pas de demander: et si Balkany avait vraiment raison? Et s'il était bien renseigné, en possession d'informations que les autorités ne souhaitent pas divulguer?

Quand bien même, cela ne justifierait ni de crier au loup, ni «d'alerter en urgence» le gouvernement, pour reprendre les termes de Patrick Balkany. L'arrivée d'un malade en France ne se solderait pas par un film d'horreurs, avec au casting une horde de personnes infectées à l'aéroport!

Pour rappel, les porteurs du virus ne sont contagieux qu'après la période d'incubation. Et s'ils ont de la fièvre, seules les personnes ayant eu en contact rapproché avec eux seraient placées sous surveillance, nous expliquait il y a quelques jours Sylvain Baize:

«S'il a un peu de fièvre, on va prendre la décision de surveiller le passager qui était assis à ses côtés, qui a pu le toucher, en l'aidant à se lever par exemple, ainsi que l'hôtesse qui a pu être en contact avec lui, en lui donnant par exemple un médicament.»

Ce que certains médias américains résument plus directement en ces termes:

 

 

«—Êtes-vous inquiet à cause d'Ebola? Oui/Non. Si oui, avez-vous été en contact avec les fluides d'une personne infectée? Oui: appelez le CDC / Non: s'il vous plaît, fermez-la.»

Ajoutons que si l'épidémie a pris une telle ampleur en Afrique, c'est surtout en raison de la faiblesse des structures de santé, des équipements, de l'hygiène et de la prise en charge des malades, s'accordent à dire les spécialistes.

En France, des protocoles existent et sont précisément là pour encadrer au mieux l'arrivée potentielle d'une personne contaminée par le virus Ebola en France. Une éventualité qui n'est en rien exclue, même si oui, les autorités françaises et européennes la qualifient de «faible».

On voit mal, en plus, pourquoi elles chercheraient à cacher l'arrivée d'un cas Ebola dans la mesure où les Etats-Unis ou l'Espagne comptent déjà des cas, pris en charge avec efficacité et sang froid –et ce malgré la couverture alarmiste des tabloïds

Si ce n'est peut-être par excès de prudence. Il faut dire qu'avec Ebola, les autorités font face à une gageure: informer le grand public sans toutefois susciter de mouvements de paniques, ni être suspectées de minimiser de l'autre.

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