Culture

Avec la VHS de «Hook», Quick a fait aimer Robin Williams à toute une génération de Français

Grégoire Fleurot, mis à jour le 12.08.2014 à 15 h 17

Détail de l'affiche française de Hook via Allocine

Détail de l'affiche française de Hook via Allocine

Dans les années 1990, j'étais un bon client de McDonald's, où mon père nous emmenait, mes frères et moi, plusieurs fois par mois. Mais pendant quelque temps, vers le milieu de cette décennie, nous avons bousculé nos habitudes et sommes allés au moins trois fois chez le concurrent Quick.

La raison de ce revirement? La chaîne de restauration rapide alors belge avait lancé une opération qui reléguait les petits jouets offerts dans les «Happy Meal» (les menus enfants) de Mcdo à leur véritable rang, celui de vulgaires morceaux de plastique inutiles destinés à finir dans la poubelle du restaurant, avec l'emballage des frites et du hamburger.

Quick avait décidé d'offrir des cassettes VHS, cet ancêtre du DVD qui vivait alors ses dernières années de gloire, pour tout achat de deux menus plus la modique somme de cinq francs (moins d'un euro). C'était trop beau pour être vrai. Il y avait forcément un truc qui clochait quelque part. Je n'y ai pas cru jusqu'au moment où le serveur de Quick a déposé la première VHS enveloppée dans sa boîte en carton sur notre plateau.

L'enseigne ne s'est sans doute pas rendue compte à l'époque de l'impact qu'allait avoir cette opération de fidélisation sur la culture cinématographique de toute une génération née dans les années 1980.

Quatre films étaient au choix, en VF bien évidemment. Last Action Hero d'abord, une comédie d'action pour enfants de John McTiernan avec un Arnold Schwarzenegger tout en autodérision, devenue culte en partie grâce à sa distribution chez Quick (lors de sa sortie en 1993, le film avait fait près de deux millions d'entrées en France, un chiffre loin d'être ridicule mais un peu décevant au regard de son gros budget).

Hudson Hawk ensuite, sans doute l'un des films les plus mauvais de la filmographie de Bruce Willis. Cette autre comédie d'action de 1991, lauréate de trois Razzy Awards et nommée pour trois autres, peut prétendre à une place dans le top 10 des plus gros navets des années 1990 et a été un gros échec commercial et critique.

 

Puis, au milieu de ces deux bides sympathiques, deux films mieux accueillis par la critique et dans les salles: Dans la ligne de mire, un thriller efficace sur les services secrets avec Clint Eastwood et John Malkovich, et surtout Hook ou la revanche du Capitaine Crochet, gros succès commercial (300 millions de dollars dans le monde et cinquième au box-office français en 1992) au casting cinq étoiles (Robin Williams, Dustin Hoffman, Julia Roberts, Bob Hoskins...) de Steven Spielgberg, nommé pour cinq Oscars.

Inclure ce dernier film est de loin la meilleure idée que la personne chargée du département «offres spéciales» de Quick ait eu dans sa carrière.

Robin Williams y joue Peter Pan ayant grandi et retournant au Pays imaginaire, un de ces rôles drôles mais aussi incroyablement tristes qui ont marqué sa carrière.

Si tous les enfants connaissaient déjà l'acteur à cette époque (il venait d'enchaîner Hook, Madame Doubtfire et Jumanji en à peine quatre ans), c'était là une occasion merveilleuse de le voir et de le revoir dans ses œuvres, le tout simplement en étant allé s'acheter un hamburger.

Comme beaucoup d'autres, j'ai usé la cassette de ce beau conte pour enfants jusqu'à la rendre illisible sur certaines scènes, sans parler de la rapide dégradation de son emballage en carton qui détonnait dans la collection des boîtes en plastique de VHS achetées dans le commerce:

La VHS de Hook version Quick, via le Tumblr Multiplex

Malheureusement pour Quick, son opération n'a pas réussi à me faire changer de religion, et je suis vite retourné après avoir obtenu les trois cassettes qui m'intéressaient à mon Big Mac chéri. Mais c'est grâce à l'enseigne belge que Robin Williams m'a tenu compagnie tant de fois à cette époque, dans le salon, et un peu à cause d'elle si la nouvelle de son décès m'a plus attristé que celles d'autres acteurs avant lui.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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