Science & santé

Ebola: Barack Obama autorise l’usage du Zmapp au Liberia

Jean-Yves Nau, mis à jour le 12.08.2014 à 11 h 59

REUTERS

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Il faudra rapidement s’y habituer: avec Ebola tout va plus vite que prévu. La barre (officielle) des mille morts vient d’être franchie et la vitesse de diffusion du virus semble comme en adéquation avec le flux des informations qu’il génère. A peine Remy Lamah, ministre de la Santé de Guinée avait-il eu le temps d’expliquer que l’accès aux traitements expérimentaux n’était pas «la priorité du moment» que la société pharmaceutique américaine Mapp Biopharmaceuticals faisait savoir qu’elle avait expédié la totalité de ses doses disponibles de Zmapp en Afrique de l'Ouest.

Plus précisément, la présidence du Liberia a officiellement annoncé, le 11 août, que Barack Obama et la Food and Drug Administration américaine avaient donné leur accord pour que des médecins libériens infectés par le virus Ebola puissent recevoir du ZMapp. Un accord avalisé par le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS. La substance sera livrée aux autorités sanitaires du Liberia par un émissaire américain.

Depuis quelques jours, plusieurs des Etats africains concernés (dont le Nigeria) avaient exprimé le souhait de pouvoir utiliser le ZMapp. La situation ainsi créée est d’autant plus étonnante que Barack Obama avait, le 6 août, jugé «prématurée» l’utilisation de médicaments expérimentaux contre l’Ebola.

On sait ce qu’il en est de cette substance, soit bien peu de choses d’un point de vue clinique et rien du tout quant à son efficacité thérapeutique vis-à-vis de l’infection par le virus Ebola.

Souvent présenté comme un «sérum» le ZMapp est une association de trois anticorps monoclonaux  «humanisés». Cette substance a été développée dans le cadre d’un programme de recherche soutenu depuis dix ans par l’armée américaine. Il n’avait jusqu’à présent été testé que sur des animaux de laboratoire (publication de 2011 et publication de 2012). Rien de ce fait n’autorisait à l’utiliser chez l’homme. Or il a été administré (dans des conditions non précisées) au Liberia à deux soignants américains aujourd’hui hospitalisés à Atlanta. Il a aussi été administré à un prêtre espagnol également contaminé au Liberia et qui a été rapatrié en Espagne pour être soigné à Madrid où il est mort le 12 août à l'hôpital La Paz-Juan Carlos III.

«Fourni gratuitement»

Le jour même où Barack Obama faisait part de ses réserves un appel était lancé par trois spécialistes renommés des maladies infectieuses: les Prs Peter Piot, David Heymann et Jeremy Farrar pour que le ZMapp puisse être mis à la disposition des pays africains affectés. Un appel aussitôt suivi de l’annonce par l’OMS de la création imminente d’un groupe d’éthique en charge de la question de l’égalité aux traitements contre l’Ebola.

Lewis Brown, ministre libérien de l’Information du gouvernement libérien, a indiqué à la BBC que son gouvernement était conscient des risques associés à ZMapp, mais que l'alternative était de tester ou de mourir.

«Après avoir satisfait les demandes reçues au cours du week-end de la région d'Afrique de l'Ouest, les stocks de ZMapp sont désormais épuisés, a annoncé le 11 août depuis San Diego la société Mapp Biopharmaceuticals. Toute décision d'utiliser le ZMapp doit être prise par l'équipe médicale des malades.» Elle ajoute que dans tous les cas son médicament est «fourni gratuitement».

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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