Culture

Robin Williams à Louis C.K., en 2012: «Le premier de nous qui meurt...»

Temps de lecture : 2 min

Disparu lundi à l'âge de 63 ans, l'acteur avait été le héros, il y a deux ans, d'un épisode de «Louie» sur l'hypocrisie des enterrements et des éloges adressés aux défunts.

Robin Williams dans l'épisode «Barney/Never» de «Louie» (2012).
Robin Williams dans l'épisode «Barney/Never» de «Louie» (2012).

Après l'annonce du décès de Robin Williams, l’épisode 6 de la saison 3 de Louie, la série de Louis C.K., diffusé aux Etats-Unis il y a deux ans, a aujourd’hui un autre goût.

Il s’ouvre sur quelques images en noir et blanc: celles des funérailles d’un homme dont on ne sait rien si ce n’est qu’il ne devait pas être bien populaire.

Autour de sa tombe, deux personnes sont venues lui rendre hommage, ni plus ni moins: Louie, bien entendu, et un certain Robin Williams, barbe et béret, recueilli mais pas éploré. Après s’être longuement dévisagés comme pour masquer leur gêne d’être ainsi confrontés l’un à l’autre lors de l’enterrement d’un homme dont ils n’étaient pas si proches, Robin et Louie vont prendre un café. Comme eux, l’image retrouve alors ses couleurs.

D’ordinaire, la politesse et la retenue poussent les personnes endeuillées à se répandre en compliments et en hommages plus ou moins sincères. Pas ici: après avoir rapidement établi que ni l’un ni l’autre n’étaient particulièrement friands du défunt, les deux hommes se lâchent.

Barney Ross était un salaud détesté de tous, un méchant et un menteur dont la mort n’attriste personne. Un enfoiré dont la seule marotte semblait être d’écumer encore et encore le Sweet Charity, un club de strip-tease situé près du pont de Brooklyn. Un triste sire auquel personne n’a eu envie de rendre hommage, si ce n’est Louie et Robin, plus par culpabilité que par réelle envie.

Et puis, dans un ultime clin d’œil à celui qui repose désormais sous terre, les deux hommes effectuent un détour ému vers ce Sweet Charity où personne n’avait jamais voulu accompagner Barney Ross. Ils s’installent et se voient proposer plusieurs lapdances, qu’ils refusent l’air peiné. Et tandis qu’on leur demande de se justifier, les voilà qui s’expliquent: leur ami Barney Ross adorait cet endroit, et il est mort.

Réaction épidermique des employées du club. Les voilà qui sanglotent, pleurent à chaudes larmes, se tombent mutuellement dans les bras pour ne pas défaillir. Mis au courant, le DJ stoppe la musique, puis dédie à Barney Ross («Un homme qu’on aimait tous, un homme bien, un homme généreux») le morceau qui suivra.

Une ellipse plus tard, Louie et Robin sortent du club, encore étonnés par ce qui vient de se produire. Après un éclat de rire collectif, les deux hommes se promettent à demi-mots que le dernier qui meurt ira à l’enterrement de l’autre («Oh, I’ll go to yours. –Yeah, whoever dies first»). Fin de la première partie de l’épisode, fin de l’apparition de Robin Williams.

Il y aura du monde à ses funérailles. Les louanges pleuvront. Louis C.K. sera sans doute là, au milieu d’une foule de célébrités. Il passera sans doute un peu inaperçu. Tant mieux pour lui. Et nul doute qu’il songera à la promesse fictionnelle qu’il avait faite à Robin Williams dans cet épisode diffusé il y a deux ans à peine: si tu meurs le premier, je viendrai à tes funérailles.

Le Sweet Charity n’existe pas; si ça avait été le cas, Louis C.K. s’y serait probablement rendu seul pour demander qu’on passe la même chanson que celle qu’on y avait passée pour Barney Ross, cet homme qu’on connaissait si peu, qu’on connaissait si mal, comme c’était finalement le cas d’un Robin Williams bien caché derrière son beau et grand costume de clown.

Thomas Messias Prof de maths et journaliste

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