Sports

Au 110m haies, y a-t-il une haie plus importante que les autres?

Yannick Cochennec, mis à jour le 13.08.2014 à 15 h 26

Cette course est une épreuve qui requiert à la fois de la vitesse, de la technicité et une forme d’endurance.

Pascal Martinot-Lagarde (à droite), avec Hansle Parchment (au centre) et Orlando Ortega (à gauche) disputent le 110 m haies au Stade de France le 5 juillet 2014. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Pascal Martinot-Lagarde (à droite), avec Hansle Parchment (au centre) et Orlando Ortega (à gauche) disputent le 110 m haies au Stade de France le 5 juillet 2014. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Les championnats d’Europe d’athlétisme, organisés à Zurich du 12 au 17 août, se déroulent dans un stade, le Letzigrund, dont la piste est légendaire en raison des 25 records du monde qui y ont été battus au fil du temps à l’occasion du meeting annuel du Weltklasse.

Pour le 110m haies, dont la finale se court jeudi 14 août, 24 heures après celle du 100m haies, Zurich reste attaché, par exemple, au souvenir inoubliable du record du monde pulvérisé en 1981 par l’Américain Renaldo Nehemiah, premier homme à descendre sous les 13 secondes (12’’93) alors que le précédent record du monde était de 13’’00. 

 

En 1989, toujours à Zurich, le record du monde de Nehemiah était tombé pour devenir la propriété d’un autre Américain, Roger Kingdom (12’’92).

Pascal Martinot-Lagarde, âgé de 22 ans, qui a battu le record de France à Monaco dans un temps de 12’’95, sera l’un des grands favoris de cette course aux dix obstacles au cours de laquelle il pourrait peut-être menacer le record d’Europe du Britannique Colin Jackson (12’’91 en 1993), le record du monde de l’Américain Aries Merritt (12’’80 en 2012) paraissant, pour le moment, inabordable.

Le 110m haies a toujours été une spécialité française, à l’image d’autres épreuves techniques comme la perche, le relais ou le 3.000m steeple. Guy Drut, champion olympique en 1976 et détenteur du record du monde en 1975, Stéphane Caristan, champion d’Europe en 1986, et Ladji Doucouré, champion du monde en 2005, en ont été les plus beaux porte-drapeaux.

Le 110m, comme le 100m haies chez les femmes où la Française Cindy Billaud dispose aussi d’une première chance à Zurich, est une épreuve sur le fil du rasoir émaillée donc de 10 obstacles d’une hauteur de 1,06m (84cm chez les dames) qui requiert à la fois de la vitesse, de la technicité et une forme d’endurance. En effet, il ne faut pas relâcher son effort et sa vigilance jusqu’à la dernière haie, comme l’avaient constaté à leurs dépens les Américaines Gail Devers et Lolo Jones qui auraient «dû» être respectivement championnes olympiques en 1992 et 2008 si elles n’avaient pas percuté l’ultime obstacle pour Devers et l’avant-dernier pour Jones alors qu’elles avaient course «gagnée».

 

Y a-t-il une haie plus importante que les autres?

La question fait sourire Vincent Clarico, ancien hurdler de niveau international, entraîneur fédéral, coach à titre personnel du Belge Adrien Deghelt, qui a envie de répondre qu’elles sont naturellement toutes importantes «sauf que la première, la deuxième et la troisième le sont peut-être un peu plus que toutes les autres».

«Après les deux ou trois premières haies, c’est réglé ou presque comme du papier à musique, souligne Stéphane Caristan, consultant pour Eurosport à Zürich. C’est comme réciter une série de foulées par cœur.»

Dans une course de sprint comme le 110m haies, le départ est un moment essentiel et la façon dont le coureur franchit les tout premiers obstacles doit donner, en principe, le tempo de ce qui va suivre.

Une question d'appuis

En 2008, lors des Jeux olympiques de Pékin dont le peuple chinois rêvait qu’il en serait le roi, Liu Xiang, ex-recordman du monde, mais blessé, n’avait pas franchi la première haie. En 2012, cette fois aux Jeux de Londres, il l’avait heurtée et avait dû abandonner ses rêves d’or en s’affalant sur la piste.

 

Entre la ligne de départ et la première haie, il y a une distance de 13,72m (13m chez les femmes) sachant que les obstacles sont ensuite séparés de 9,14m  (8,50m chez les femmes) jusqu’à la ligne d’arrivée.

Pendant ces 13,72m, l’athlète doit se projeter des starting-blocks puis vite se redresser tandis qu’un coureur de 100m bénéficie généralement d’une rampe de lancement de 25-30m qui constitue l’accélération principale avant de véritablement «dérouler» une fois la «mise sur orbite» enclenchée.

«Pour le coureur de haies, le franchissement de la première haie est fondamental et cette séquence est d’ailleurs l’objet de beaucoup de discussions depuis longtemps, explique Vincent Clarico. Entre les partisans des sept ou huit appuis avant le premier obstacle, il existe un vrai débat

Dans ce qui peut devenir une valse-hésitation pour les athlètes, Ladji Doucouré est ainsi passé alternativement de sept à huit appuis (ou foulées) lors des derniers mois. Champion olympique en 2012 et recordman du monde, Aries Merritt a eu des difficultés à s’habituer aux sept appuis, technique qu’il maîtrise désormais à la perfection. Le Cubain Dayron Robles, champion olympique en 2008, était également un adepte des sept appuis.

«Pour être en sept appuis, il faut un gabarit presque hors normes, comme Robles, et je m’étonne que beaucoup de coureurs se soient mis aux sept appuis alors qu’ils n’ont pas forcément le gabarit pour cela, constate Stéphane Caristan. Il y a comme un effet de mode parce que la plupart des meilleurs mondiaux actuels ont désormais choisi les sept appuis. Pour ma part, je pense que les huit appuis restent toujours d’actualité. Souvenons-nous des grands partants que furent Colin Jackson ou Mark McKoy et qui étaient en huit appuis.»

Vous êtes plutôt 3+5 ou 4+4?

 

Pour aborder la première haie en huit appuis qui restent la «norme», le choix se pose, selon les spécialistes, entre ce qu’on appelle le 3+5 (forte poussée sur les trois premiers appuis et forte accélération sur les cinq suivantes) ou le 4+4 (quatre fortes poussées et quatre accélérations), cette dernière formule ayant été notamment popularisée et perfectionnée par Guy Drut qui reste encore aujourd’hui une référence en la matière.

«A partir du moment où j’ai réussi à régler le problème de la première haie chez les juniors, je n’ai plus rencontré de difficulté majeure dans cette discipline, se souvient Stéphane Caristan. Ensuite, il s’agit de gérer de la vitesse dans un intervalle donné par le biais de foulées de 1,95m en moyenne.»

Mais pour dompter les haies, «il faut aussi les aimer», suggère en souriant le même Stéphane Caristan. «C’est une histoire d’amour-haine», reprend Vincent Clarico qui insiste aussi sur la dimension tactique du 110m haies.

Avant le coup d’envoi du starter, lors de la période d’échauffement, il n’est pas rare ainsi de voir certains coureurs venir toucher la première haie comme pour mieux la sentir physiquement.

Toutefois, les haies auraient beaucoup changé et seraient aujourd’hui plus «aimables» avec les coureurs. «Elles sont beaucoup plus légères, remarquait notamment Renaldo Nehemiah dans une interview à L’Equipe en 2013. Mon coach me disait: “T’as intérêt à comprendre les haies, sinon elles te puniront!” Aujourd’hui, ils sont moins bons techniciens, maximalisent leur vitesse avec des foulées ra­santes car ils foncent dessus, voire dedans. Je ne suis pas sûr que le public s’y retrouve. Mais il y a tant de variables avec les haies, technique-vitesse-mental, que les hurdleurs restent les meilleurs de tous les athlètes

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte