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Les petits hommes verts ne sont peut-être pas si «verts» que ça. Et cela nous aidera peut-être à les trouver

Sara Imari Walker, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 18.08.2014 à 10 h 39

La recherche d'une vie extraterrestre est entrée dans la modernité: on traque désormais les indices de pollution industrielle.

Orion / NASA/JPL-Caltech/T. Megeath (University of Toledo, Ohio).

Orion / NASA/JPL-Caltech/T. Megeath (University of Toledo, Ohio).

Les humains modifient les systèmes terrestres à une échelle globale. Les polluants industriels s’accumulent dans notre atmosphère et sont susceptibles d'altérer à long terme le climat et la biodiversité de toute la planète. C'est une histoire tristement célèbre. Mais il y a une nouvelle conséquence à ajouter à celles, imprévisibles, du changement climatique anthropique.

Dans un futur lointain, la pollution industrielle –un signe manifeste d'activité technologique– pourrait être détectée à des centaines d'années-lumière. Est-ce que des civilisations extraterrestres seront un jour capables de nous trouver grâce à notre pollution? Et, inversement, si les aliens nous ressemblent un tant soit peu, pourrions-nous détecter l'existence de civilisations extraterrestres grâce à la leur?

Peut-être faut-il chercher d'autres signes d'activité

Traditionnellement, la recherche d'une vie extraterrestre, plus connue sous l'acronyme SETI, s'est attelée à détecter les signes d'une activité technologique en scrutant les cieux pour y trouver des rayonnements électromagnétiques, comme des ondes radio. En d'autres termes, la recherche SETI cherche à intercepter les conversations de civilisations extraterrestres.

Mais depuis cinquante ans que le programme existe, nous n'avons encore jamais trouvé de tels indices prouvant l'existence d'une intelligence extraterrestre. Pour beaucoup, ce résultat ne veut pas dire que l'intelligence extraterrestre n'existe pas: avec environ 200 milliards d'étoiles dans notre galaxie, c'est un énorme territoire à passer au peigne fin. Mais il est aussi possible que nous ne cherchions pas les bons signes d'une activité technologique.

Au départ, l'idée de se focaliser sur des transmissions électromagnétiques est venue du fait que la radio était notre principal mode de communication et que la Terre était à l'époque «radio-bruyante». Mais en évoluant vers des communications numériques, notre planète est désormais beaucoup plus «radio-silencieuse».

Nous ne disposons donc que d'une fenêtre d'à peu près un siècle pour qu'une quelconque civilisation extraterrestre puisse nous détecter grâce à nos émissions radio. Et si cent ans peuvent paraître longs, à l'échelle du cosmos, c'est à peine un battement de cil.

De même, si les civilisations extraterrestres nous ressemblent, leur maturation technologique leur aura fait connaître une courte période d'intenses transmissions radio avant d'évoluer vers le silence radio.

La galaxie pourrait donc être traversée de brèves (environ 100 ans) étincelles de pollution radio émanant de civilisations technologiques juvéniles, rapidement étouffées par le silence de leur évolution.

Détecter cette phase d'un développement technologique est très difficile, car nous devons la prendre sur le fait. C'est donc encore pire qu'avoir à trouver une aiguille dans une meule de foin: il faut isoler la courte période pendant laquelle de tels signaux ont pu être produits parmi les milliards d'années d'histoire de notre galaxie.

Les polluants ont une durée de vie plus longue

Henry Lin et ses collaborateurs de l'Harvard–Smithsonian Center for Astrophysics ont trouvé une nouvelle méthode.

Dans un article de juin 2014, ils proposent que nous ne cherchions plus des signes d'intelligence extraterrestre en traquant la pollution sonore, mais en nous focalisant sur la pollution industrielle stagnant dans les atmosphères de mondes lointains. Les polluants industriels ont une durée de vie a priori plus longue, ce qui augmente la probabilité de les détecter.

Aujourd'hui, notre activité technologique nous fait rejeter des chlorofluorocarbures (CFC) dans notre atmosphère. Ces CFC sont un bon indice d'activité industrielle, car ils ne sont pas produits par des sources naturelles. Ensuite, chercher de la pollution industrielle élargit la fenêtre temporelle dans laquelle nous pourrions trouver une intelligence extraterrestre. Certains CFC se dégradent en quelques décennies, mais d'autres survivent pendant des milliers d'années.

Trouver dans une autre atmosphère que celle de la Terre des CFC à courte durée de vie pourrait indiquer une civilisation industriellement active –comme la nôtre–, tandis que des CFC plus anciens nous permettraient de remonter la trace d'une civilisation polluante vieille de 10.000 ans.  

Les exobiologistes s’attellent déjà à découvrir de la vie en dehors de notre système solaire en traquant des biosignatures (les preuves d'une vie passée ou présente) dans les atmosphères d'exoplanètes orbitant autour d'autres étoiles que le Soleil. Traquer des technosignatures (les preuves d'une technologie passée ou présente) n'est donc pas si différent.

Grâce au télescope spatial Kepler et à d'autres missions de «chasse aux exoplanètes», on ne cesse de découvrir de nouveaux mondes. Beaucoup sont des planètes rocheuses où les conditions pourraient être favorables à la vie. Sur de telles planètes, la présence d'oxygène moléculaire, combiné à un gaz réducteur comme le méthane, pourrait être un signe de vie (sur Terre, ces deux gaz sont avant tout le produit d'une activité biologique). Si, dans d'autres mondes, le mélange de ces gaz pourrait prouver la présence d'une vie microbienne, détecter des CFC pourrait être interprété comme le signe d'une vie plus avancée.  

Si on en croit Henry Lin et ses collaborateurs, ce genre de recherches pourraient être menées dans un avenir proche. Selon leurs calculs, le télescope spatial James Webb, dont le lancement est prévu pour 2018, pourrait détecter des CFC à des niveaux dix fois supérieurs à ceux de la Terre.

Le souci, c'est qu'une telle détection ne pourrait se faire que pour des planètes orbitant autour d'une naine blanche (le résidu de la mort d'une étoile comme notre Soleil). A l'avenir, des instruments plus sophistiqués pourraient détecter ce genre de traces sur des planètes appartenant à des systèmes ressemblant davantage à notre système solaire.

Pour autant, l'idée de traquer la pollution de civilisations extraterrestres n'est tout à fait nouvelle.

A moins qu'ils soient encore plus verts?

Plus près de nous, des chercheurs du SETI ont déjà estimé que si des civilisations avancées avaient visité notre système solaire, nous pourrions trouver les traces de leurs «déchets» –les rebuts de missions d'observation ou de forage minier. Et la Lune est un bon endroit pour trouver de tels artefacts. Vu qu'elle ne connaît pas l'activité biologique et géologique de la Terre, les objets extraterrestres sont susceptibles d'y être préservés plus longtemps. Des déchets extraterrestres quelconques –restes d'équipement minier ou de n'importe quelle autre activité technologique– issus d'un passé lointain seraient donc plus facilement trouvables sur la surface de la Lune.

L'éventuelle découverte d'une pollution industrielle ou de déchets spatiaux extraterrestres offre de nouvelles perspectives très prometteuses pour le SETI. Mais on peut aussi se demander s'il s'agirait de traces d'une vie réellement intelligente.

Pour reprendre la formule d'Henry Lin, «des civilisations plus avancées que la nôtre, avec leurs propres programmes SETI, pourraient peut-être considérer la pollution comme le signe d'une vie non-intelligente, car ce n'est pas très malin de contaminer sa propre atmosphère».

Quoi qu'il en soit, cette approche représente un aspect très important de notre recherche d'une intelligence extraterrestre, en ce qu'elle montre comment nos méthodes reflètent une profonde réflexion sur nous-mêmes. Espérons qu'un jour les humains entrent dans une phase de développement technologique qui leur permette de détecter les traces de petits hommes verts encore plus verts.

Sara Imari Walker
Sara Imari Walker (1 article)
Exobiologiste
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