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Friendfeed, la rustine de Facebook

Vincent Glad, mis à jour le 11.08.2009 à 15 h 56

Mark Zuckerberg a sorti le porte-monnaie pour racheter un concurrent à mi-chemin entre Twitter et Facebook.

Facebook a grandi trop vite. Comme une capitale qui se serait étendue anarchiquement au-delà de ses faubourgs historiques, le réseau social a plus que doublé en un an pour atteindre aujourd’hui les 250 millions d’utilisateurs. Le problème est que les habitants de cette cité-monde ne parviennent plus à communiquer entre eux.

Mark Zuckerberg, le patron de Facebook a toujours eu la même ambition: «Permettre des échanges efficaces est important car cela rend le monde plus ouvert et cela donne la chance à chacun d'exprimer ses idées et d'initier le changement.» Mais ce modèle d’une cité idéale se heurte aux réalités: les échanges sont maximisés mais ne sont plus «efficaces».

Le centre-ville, lieu de toutes les rencontres, le news feed, est complètement engorgé. Des amis de tous horizons s’y croisent à toute vitesse — amis, collègues, copains d’avant, exs, parents — et l’on ne sait plus vraiment à qui l’on parle. Conséquence: de plus en plus, on se tait et il se dit même que les jeunes quittent la ville, fatigués d'y croiser leurs parents et leurs professeurs.

La cité Facebook a bien besoin d’un vaste plan d’infrastructures pour améliorer la communication. Pour construire ce nouveau métro qui fluidifiera le réseau et désengorgera le centre-ville, Facebook a annoncé lundi 10 août le rachat de Friendfeed, une start-up américaine à la technologie enviée.

Créé en 2007, Friendfeed est un service qui permet de réunir en une seule page ses différentes publications sur Internet: Flickr, YouTube, Delicious, Twitter, statuts Facebook.... Depuis quelques semaines en France, les utilisateurs les plus avancés de Twitter avaient entamé une migration vers Friendfeed, estimant que le service leur permettait de communiquer plus efficacement. Le site est à la croisée des chemins entre Twitter et Facebook: il permet de publier des contenus plus fournis que les 140 caractères corsetés de Twitter et de commenter ceux-ci, tout en gardant la rapidité et l'ergonomie du réseau de micro-blogging.

Avec ce rachat dont le montant est évalué à 50 millions de dollars, Facebook ne cherche pas à s'emparer d’une base d’utilisateurs mais plutôt d’une technologie. L’avenir de Friendfeed est maintenant entre pointillés: si le site restera en l’état dans l’immédiat, on peut imaginer qu’il finira par se fondre dans l’interface de Facebook. Comme le craignent les fans de Friendfeed, le réseau devrait être laissé en jachère, les ingénieurs surdoués de la start-up (qui sont connus pour avoir lancé Gmail et Google Maps) étant réquisitionnés pour améliorer l'interface de Facebook.

La lettre de mission des petits nouveaux devrait se résumer en deux points: «pimper» Facebook et tuer Twitter.

Pimper Facebook

Pour fluidifier un réseau devenu anarchique et chronophage, les ingénieurs de Friendfeed vont apporter leur savoir-faire en matière de mise en valeur des contenus. Les néo-convertis à Friendfeed sont fans de la fonctionnalité «Meilleur de la journée» qui permet de voir en un coup d’œil quelles discussions ont le plus buzzé chaque jour. Une manière de s’extraire de la mêlée pour se concentrer sur l’essentiel, le rêve de l'utilisateur de Twitter, fatigué de devoir tout lire pour être sûr de ne rien rater.

Facebook a déjà une fonction similaire, baptisée «Morceaux choisis» (ou Highlights). Mais l’option fonctionne très mal, faisant remonter des contenus parfaitement inutiles, comme les photos du chien d’une collègue ou un sketch de Jean-Marie Bigard partagé par un ami d’enfance. Si les cadors de Friendfeed parviennent à exporter leur technologie, Facebook pourra jouer le rôle d’une secrétaire zélée qui prend tous les coups de fil et résume l’essentiel à son patron chaque matin: photos les plus sensationnelles, soirées à ne pas manquer, changements de statuts amoureux des amis proches…etc.

Les ingénieurs de Friendfeed devraient aussi être réquisitionnés pour améliorer la boîte mail de Facebook qui fait figure d’antiquité. L’expérience de Paul Buchheit, qui a lancé Gmail, sera déterminante. La team Friendfeed pourra également apporter ses bonnes idées pour améliorer l’éternel talon d’Achille de Facebook, les paramètres de confidentialité. Une véritable usine à gaz que personne ne maîtrise vraiment et qui peut conduire à de graves incompréhensions. En témoigne cette capture d’écran (non authentifiée) où une employée insulte son patron sans savoir qu’il peut lire ses statuts. Quelques minutes plus tard, elle apprend son licenciement.

Des bonnes idées, les mecs de Friendfeed ne devraient pas en manquer. Les dirigeants de Facebook le savent très bien puisqu’ils leur ont déjà emprunté deux fonctionnalités: la possibilité de commenter les statuts et le fameux «like» qui permet de lever le pouce quand un statut ou un contenu nous plait.

Tuer Twitter

Facebook n’apprécie guère que Twitter lui vole la vedette depuis quelques mois. Si le réseau de micro-blogging reste modeste en taille (environ 15 millions d’utilisateurs), il est en train de changer notre manière de consommer de l’information. Tous les grands événements, comme la mort de Michael Jackson, sont maintenant twitterisés avant même d’être télévisés. Avec sa fonction «Search», qui offre de l’information en cascade, Twitter a inventé le Google de l’instantané, une sorte de journal participatif et mondial mis à jour à la seconde près.

Facebook ne peut se résoudre à rester un réseau de photos de soirées. L’intime est une chose, l’information en est une autre et il ne faut pas la laisser à ses concurrents si l’on ambitionne d’être un réseau total. Les news ne sont pas absentes de Facebook, elles sont juste très mal référencées. Le soir de la mort de Michael Jackson, de nombreux friends anonymes ont déversé leur tristesse sur le réseau, mais il était strictement impossible de retrouver trace de cette masse d’émotion collective postée en statut et aussi vite disparue.

Facebook développe actuellement un moteur de recherche sur les contenus afin de concurrencer Twitter Search. Les ingénieurs de Friendfeed arrivent au bon moment pour travailler sur ce moteur et exporter leur technologie de recherche en temps réel. Cette fonctionnalité impressionnante permet de visualiser toute l’activité sur un mot-clé à la seconde près; un torrent de statuts qu’il est possible de stopper à tout moment en appuyant sur «Pause».

Vincent Glad

(Image: Mark Zuckerberg, Pdg et fondateur de Facebook, Rick Wilking / Reuters)

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