Monde

10 raisons pour lesquelles les Etats-Unis ne sont pas en train de refaire la guerre en Irak

William Saletan, traduit par Cécile Chalancon, mis à jour le 09.08.2014 à 13 h 03

Oui, les Etats-Unis bombardent l'Irak. Mais cela ne devrait pas dégénérer.

Un avion F/A-18C Hornet, le 8 août 2014. REUTERS/Mass Communication Specialist 3rd Class Lorelei Vander Griend/U.S. Navy/Handout via Reuters

Un avion F/A-18C Hornet, le 8 août 2014. REUTERS/Mass Communication Specialist 3rd Class Lorelei Vander Griend/U.S. Navy/Handout via Reuters

L'armée américaine est de retour en Irak. Le 7 août, le président Obama a autorisé les frappes aériennes pour empêcher l'EIIL (qui désormais se donne le nom d’Etat islamique) d'avancer sur Erbil, la ville plaque tournante du Kurdistan, et pour protéger les 40.000 réfugiés bloqués sur une montagne. Les critiques fatigués de la guerre disent que l'intervention d'Obama mènera à un engagement militaire américain tous azimuts. Les faucons proclament eux qu’il n'a pas de vision et que son intervention limitée ne sera pas à même de vaincre l'EIIL. Pour les deux parties, il n'y a pas de fin de match prévisible.

Ils ont tort. Une intervention militaire ne doit pas forcément s'inscrire dans une stratégie de victoire militaire. Cela peut avoir un sens plus modeste, dans le cadre d'un processus politique plus large qui va dans la bonne direction et est conduit par d'autres acteurs. Lorsque des mécréants comme l’EIIL mettent en danger ce processus, une utilisation en temps opportun de la force peut limiter les dégâts et préserver l'élan.

Nous n'avons pas à mener une grande guerre en Irak. Voici 10 raisons pour lesquelles nous ne le ferons pas.

1.EIIL va se détruire lui-même

Nous n'avons pas à éradiquer EIIL, parce que sa croissance est limitée de façon inhérente. Il prend part à trop de combats et aliène trop de gens. Il s’en est déjà pris à l'armée irakienne, aux Kurdes, aux Turcs, aux baasistes irakiens, et à de nombreux sunnites irakiens. Maintenant, il va à la confrontation avec les forces armées de la Syrie. Comme si cela ne suffisait pas, EIIL est entré au Liban cette semaine. EIIL contrarie aussi des civils sur son territoire. Les gens de Mossoul se rebellent contre l'oppression. Cela ne va pas durer.

2.Les pouvoirs locaux ont la capacité de contenir EIIL

Vous vous rappelez quand EIIL avançait inexorablement vers Bagdad? Depuis lors, les milices chiites se sont mobilisées, et le front n'a pas bougé. Le 7 août, quand des frappes aériennes sur les positions d’EIIL ont été entendues près d'Erbil, les responsables américains ont déclaré qu’elles n’étaient pas de leur fait. Quelqu'un d'autre, probablement l'armée de l'air irakienne, pilonne EIIL.

3.Les Américains font ce qu’ils peuvent faire

Beaucoup de pays et de factions irakiennes ont un intérêt dans l'arrêt d’EIIL. Mais certaines tâches sont au-delà de leur capacité. Sauver 40.000 personnes coincées sur une montagne semble être une de ces tâches. Dans son discours du 7 août, Obama a déclaré que les Etats-Unis devraient intervenir quand ils ont un mandat du gouvernement du pays hôte et «quand nous avons les capacités uniques d’aider à éviter un massacre».

«Unique», c’est une mise en garde importante. Cela signifie que nous nous en tiendrons à faire ce que les autres ne peuvent pas faire.

4.Obama sait que la solution à long terme est politique

«Il n'y a pas de solution militaire américaine à la plus grande crise en Irak», a-t-il dit. «La seule solution durable, c’est la réconciliation entre les communautés irakiennes.»

Ce n'est pas comme l’invasion post-11-Septembre, qui avait comme objectif un changement de régime. Le rôle envisagé est restreint.

5.Nous retenons notre force pour avoir de l’influence

«Une fois que l'Irak aura un nouveau gouvernement, les Etats-Unis travailleront avec lui et d'autres pays de la région pour apporter un soutien accru pour faire face à cette crise humanitaire et à ce défi de lutte contre le terrorisme», a déclaré Obama.

Traduction: nous pourrions faire plus, mais nous ne le ferons pas tant que les politiciens irakiens n’auront pas fait leur part du travail. Les responsables américains signalent que cela signifie que nous attendons que le gouvernement se débarrasse de Nouri al-Maliki, le Premier ministre du pays divisé.

6.Le processus politique est en marche

La menace de l’EIIL oblige les Irakiens à mettre de côté leurs différences. Après des années passées à refuser de les aider, al-Maliki donne finalement un appui aérien aux Kurdes. Mieux encore, al- Maliki est cuit. Pendant un moment, il avait l'air de s'accrocher à son poste. Mais au cours des derniers jours, même son propre parti a clairement fait savoir qu'il était fini.

7.L'EIIL n'a pas d'amis

«Aucun des voisins de l'Irak n’ont un intérêt dans cette terrible souffrance ni dans l’instabilité», a dit Barack Obama. Donc, tant que nous limitons notre intervention à paralyser EIIL, aucun pays ne nous affrontera en son nom.

8.Utiliser la force maintenant, cela veut dire moins de force plus tard

Vous ne pouvez pas fournir de l'aide humanitaire dans une zone de guerre sans un soutien militaire. Les avions-cargos que nous utilisons pour larguer de la nourriture et la médecine volent bas et lentement. Si l'un d'eux est abattu, imaginez l'escalade. Pour prévenir ce scénario, nous envoyons avant une puissance aérienne limitée, à l’image des chasseurs d'escorte. Bonne initiative.

9.Parfois il faut garder les joueurs dans le jeu

Vous souvenez-vous des plans de sauvetage de l'économie américaine en 2008 et 2009? Si Obama et le président Bush n’avaient pas soutenu les grandes entreprises et les institutions financières, la chute de ces institutions aurait laissé au gouvernement un rôle encore plus important et plus direct dans le redressement.

Ce qui ce passe en Irak est similaire. Les forces kurdes sont ébranlées. Si nous ne les aidons pas à ne pas s'effondrer, elles ne seront pas en mesure de jouer leur rôle dans l’arrêt de l’EIIL.

10.Si nous n'intervenons pas maintenant, la crise des réfugiés va s’empirer

Près de 2 millions d'Irakiens ont fui leurs maisons. Environ 200.000 sont sur la route de l’avancée actuelle de l’EIIL. La panique saisit les gens avant même l’arrivée de l’EIIL.

Pour maîtriser la crise, il faut arrêter la panique. L'arrivée de la force américaine, même à petite échelle, est une façon de le faire. C'est pourquoi le torrent de personnes fuyant Erbil a ralenti après l'annonce d'Obama. «Le bombardement a changé l'état d'esprit des gens», a dit un officier kurde.

L'histoire militaire est pleine de missions qui ont dérivé de leur objectif initial. Mais tout aussi souvent, la force est appliquée dans les limites.

Avant le 11-Septembre, nous imposions des zones d'exclusion aérienne en Irak depuis des années. Israël a pilonné Gaza pendant un mois, mais s’est retiré cette semaine, après la démolition des tunnels du Hamas (les tirs ont repris, mais ce n'était pas la décision d'Israël). Les Etats-Unis ont envoyé une aide militaire à l'Ukraine, mais cette aide est non létale.

Il est possible que les frappes aériennes d'Obama en Irak dégénèrent en une guerre à grande échelle. Mais il y a beaucoup de raisons de penser que cela ne sera pas le cas.

William Saletan
William Saletan (79 articles)
Journaliste
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