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Les charmes du San Pietro à Positano, un palace sur la mer

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 10.08.2014 à 12 h 30

En saison, avoir une chambre dans cet hôtel italien, c’est comme trouver une perle dans une huître.

L'hôtel  San Pietro à Positano

L'hôtel San Pietro à Positano

En 1996, l’ancienne maison de la famille Cinque, nichée sur la falaise du village de Positano sur la Côte Amalfitaine, a été déclarée «The most beautiful hotel on the world» par Travel and Leisure. En 2009 et 2010, «Meilleur hôtel d’Europe du Sud» par Condé Nast. Tout est venu de l’initiative d’un habitant de ce village de pêcheurs, Carlo Cinque, qui à l’âge de 20 ans a persuadé son père Alfonso de le laisser transformer en hôtel la modeste demeure ancestrale face à la mer: un formidable atout pour d’éventuels touristes férus de beauté et de magie méditerranéennes. Quelle prise de risque!

Au début du XXe siècle, le projet paraît saugrenu. A Positano, il n’y a que deux pensions de famille, un seul téléphone et des émigrants italiens qui cherchent à gagner le nord de l’Italie, Milan et Turin, où il y a du travail. Et de quoi faire vivre les gens de la région de Naples.

A peine sorti de l’adolescence, Carlo est un bel homme, d’une élégance hollywoodienne, une sorte de Gary Grant du sud, plein d’idées, de projets, de rêves. Quand il ne dit rien, chuchotent ses amis, son silence cache le bruit de son moteur intérieur. Un jour, il lance à sa sœur Virginia:

«Mon handicap, Virgi chérie, c’est que je n’ai qu’une idée par minute.»

La maison des Cinque est au centre du village marin, sur un balcon de pierres en surplomb de la Grande Bleue à 88 mètres, la vue panoramique est époustouflante: la mer est partout. Positano est noyé dans le bleu et le vert: tout autour de la baie, ce ne sont que rochers abrupts, pins et citronniers.

Construire ici un hôtel de soixante chambres dans les années 1930-40 sera le rêve d’un esthète aventurier napolitain. Carlo achète ou loue toutes les maisons mitoyennes et, un beau matin de printemps, s’élève le Miramar tenu par sa sœur Carmela et son mari, Vito Attanasio, et leurs six enfants à venir. Un défi historique.


 

A la belle saison, l’hôtel des Cinque parvient à trouver une clientèle internationale. «Positano est une perle sur la Côte Amalfitaine», écrit le Los Angeles Times. L’Italie est à la mode: merci à Sophia Loren, à Gina Lollobrigida et à Vittorio De Sica.

A la belle saison, les gros jets déposent à l’aéroport de Naples Tennessee Williams, un client régulier, Truman Capote, tombé amoureux du décor naturel, de l’espace, du silence. En 1953, John Steinbeck, passe l’été et envoie un article très complet à Harper’s Bazaar, mentionnant que «l’endroit sur la mer est unique et qu’il n’a vu à Positano que des pêcheurs et des marchands de chaussures».

Grand écrivain napolitain, l’âme du théâtre populaire italien, Eduardo de Filippo, devient un fidèle du Miramar et c’est Virginia qui vient le réveiller, le matin, quand un correspondant l’appelle au téléphone avant de dévorer les spaghettis aux coquillages.

Après la Seconde Guerre mondiale, Carlo entreprend d’étendre l’hôtel sur la falaise, de construire une piscine, un tennis logé entre les rochers, une terrasse sur la mer dotée d’un restaurant, sans compter un ascenseur (neuf étages) pour accéder aux salons, chambres, suites et à la plage privée –tout cela à l’aide d’explosifs pour perforer la roche. On ne dormait pas bien la nuit à l’époque, quand le San Pietro était en train de prendre sa forme définitive.

Le 29 juin 1970, lors d’un banquet sur la vaste terrasse du lobby, une table de 22 mètres présidée par le cinéaste Franco Zeffirelli et Gore Vidal, l’écrivain américain habitant Ravello, signe l’inauguration du futur splendide cinq étoiles, le rêve de pierres d’un positanien devenu hôtelier par amour de son village.

Disparu en 1984, Carlo Cinque a vu la magie de l’hôtel devenir un mythe car le propriétaire à la faconde bien vivante était un hôte hors du commun, une sorte de Claude Terrail napolitain, connaisseur des arts, fou de livres et célébrant l’amitié avec ses fidèles clients (35%).

Avec le temps et la notoriété du San Pietro aux Etats-Unis, il a su attirer sur ses rochers apprivoisés une kyrielle de «rich and famous», Rudolf Noureev, Liza Minelli, Gregory Peck, Claudette Colbert, les sœurs Kessler, Mikhaïl Barychnikov –c’est l’époque bénie pour Carlo où le village aux ruelles en lacets entre en compétition avec Capri, Portofino, et Cortina. Pas rien.


 

Mais ce sont les stars du cinéma italien, Alberto Sordi, le chanteur Armando Trovajoli, Federico Fellini, Sergio Leone, Alberto Moravia, Peter O’Toole, Marcello Mastroianni, époux de Catherine Deneuve et leur fille Chiara âgée de quelques semaines, qui vont propulser dans la gloire médiatique le palace de la riviera napolitaine cher à Julia Roberts et à George Clooney.

Dans les années 1970, la moitié des chambres, toutes avec terrasse sur la mer, étaient occupées par des acteurs ou des professionnels du 7e Art et des Lettres, bien plus que le Carlton à Cannes, après le festival. Peu de grands hôtels en Europe ont été vantés, couverts d’éloges comme le San Pietro, géré aujourd’hui par le fringant Vito Cinque et sa mère Virginia, l’œil vif de la maîtresse de maison que l’on croise dans les couloirs. Tout a changé pour que rien ne change.

Le San Pietro, 140 employés, est resté le joyau de la famille jamais cédé à un groupe hôtelier genre Hilton.

Au pied de la falaise abrupte, l’hôtel s’est doté d’un tennis encastré dans le calcaire, de deux restaurants, l’un le Carlino sur la plage, l’autre le Zass, étoilé au Michelin (100 places), dont le chef flamand Alois Vanlangenaeker a été formé par Alfonso Iaccarino, chef patron du Don Alfonso 1890 de Sant’Agata, le Relais & Châteaux voisin, deux étoiles au Michelin. Nombreux sont les fins palais qui s’offrent le voyage, de la mer à la campagne napolitaine, pour l’art de bien vivre à deux pas du Vésuve. En saison, avoir une chambre au San Pietro, c’est comme trouver une perle dans une huître.

Il San Pietro Di Positano

Via Laurito 2 84017 Positano (SA) à 57 kilomètres de Naples.

Tél.: + 39 089 81 20 80.

Carte méditerranéenne, pasta, risotto, tartare de langoustines, saint-pierre aux petits légumes, vin blanc ou rosé Lacrima Christi, de 65 euros à 80 euros.

52 chambres et 7 suites à partir de 440 euros.

Piscine, spa, sorties en bateaux privés, pêche en mer.

En tête de la sélection du Michelin italien.

Le site

D'autres adresses

Le Sirenuse

Via Cristoforo 30, 84017 Positano.

Tél. : + 39 089 875 066.

Excellente adresse au centre du village, terrasses panoramiques, piscine. Très bonne table.

59 chambres, 2 suites à partir de 600 euros. Deux restaurants dont un champagne bar.

 

Palazzo Murat

Via dei Mulini 84017 Positano Salerno.

Tél. : + 39 089 875 177.

Un hôtel baroque doté d’une estivale terrasse-jardin. Agréable restaurant de cuisine locale.

31 chambres à partir de 185 euros.

 

Nicolas de Rabaudy
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