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Comment Twitter renforce la polarisation du débat Israël-Palestine

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 08.08.2014 à 14 h 25

Repéré sur Vox

Gilad Lotan pour Vox

Gilad Lotan pour Vox

Le 24 juillet dernier, un obus a frappé une école de l’ONU située à Beit Hanoun, au nord de Gaza, qui abritait des réfugiés palestiniens, faisant au moins 16 morts et 200 blessés d’après Le Monde. L'armée israélienne et le Hamas se sont renvoyés la responsabilité de cette attaque, qui a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux.

Gilad Lotan, responsable scientifique de l’entreprise Betaworks, s’est focalisé sur cet épisode sanglant de la guerre à Gaza pour observer comment le débat entre pro-israéliens et pro-palestiniens prenait forme sur Twitter, sur une période de dix jours après l'attaque. Pour procéder à son analyse il a rassemblé tous les tweets mentionnant «UNWRA» (acronyme communément utilisé sur Twitter pour «United Nations Relief and Works Agency», c'est-à-dire l'école qui avait été visée), «UNRWA» (l'acronyme officiel) ou des mots associés pour produire des graphiques, en collaboration avec Vox. Le site Internet américain en a publié les résultats, visuellement splendides, et riches en enseignements.

Ce graphique permet de visualiser les comptes les plus actifs qui utilisent les acronymes UNRWA ou UNWRA dans leurs tweets. Les lignes indiquent des interactions, et les amas de points lumineux signalent un haut degré de connectivité.

Sans surprise, on distingue deux grands groupes: l’un pro-israélien (en bleu) et l’autre pro-palestinien (en vert). Les micro-groupes à droite sont les tweets qui ne sont pas en anglais. La petite constellation verte est composée de tweets en espagnol, et la nébleuse bleu clair proviendrait de faux comptes iraniens qui tweetent en farsi, d'après Gilad Lotan.

L’enseignement principal de cette étude est que les pro-palestiniens et les pro-israéliens ne communiquent pratiquement pas entre eux sur Twitter, et qu’ils s’informent auprès de sources complètement différentes. «Au lieu d’utiliser les mêmes sources d’informations “neutres”, et de les interpréter différemment, les pro-israéliens et les pro-palestiniens partent juste de différents points de comparaison», explique Vox.

Ce zoom sur le groupe pro-israélien montre que ses sources sont des médias israéliens, et considérés comme étant de droite, à l'exception notable d'Ha'aretz, journal de gauche israélien, qui se situe à la frontière entre les deux groupes. 

A l’inverse, le groupe pro-palestinien inclut des médias occidentaux mainstream (BBC World, BBC News, BBC Breaking...), et les comptes officiels de l'ONU.

Cette répartition des sources peut s'expliquer par la nature de l'événement analysé (le bombardement d’une école de l’ONU à Gaza), qui va dans le sens de la vision pro-palestinienne du conflit, selon Vox.

Pour confirmer cette théorie Gilad Lotan a analysé la répartition des tweets à la suite de l'attaque de l'hôpital Dar-Al-Shifa, qui a eu lieu le 28 juillet, et qui serait due à un tir de roquette raté du Hamas, ce qui allait contre la vision du monde des pro-palestiniens. Les médias mainstream apparaissent alors davantage entre les deux pôles sur Twitter, ce qui confirme l'hypothhèse précédemment formulée. 

En tout cas, les résultats de l'étude de Gilad Lotan «contredisent une théorie couramment répandue parmi les gens optimistes à propos de la technologie, qui pensent que les médias sociaux facilitent l’ouverture à l’information et libèrent la communication», selon Vox. En fait «les gens semblent utiliser les médias sociaux pour chercher des affirmations auxquelles ils croient déjà, et trouver des preuves que leur récit partisan est juste».

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