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Irak: tout ce que vous devez savoir sur l'imminente intervention américaine

Joshua Keating, traduit par Grégoire Fleurot, mis à jour le 08.08.2014 à 10 h 50

Des Yézidis fuyant les violences dans la ville de Sinjar, à l'ouest de Mosul, se réfugient dans la province de Douk le 7 août 2014,  REUTERS/Ari Jalal

Des Yézidis fuyant les violences dans la ville de Sinjar, à l'ouest de Mosul, se réfugient dans la province de Douk le 7 août 2014, REUTERS/Ari Jalal

Le Président américain Barack Obama a annoncé jeudi 7 août au soir qu'il avait donné son aval à des frappes aériennes américaines contre l'organisation armée sunnite EIIL dans le nord de l'Irak. Si vous découvrez cette nouvelle maintenant, voilà une rapide FAQ.

Que se passe-t-il avec EIIL ces dernières semaines?

Pendant que l'attention du monde était concentrée sur la guerre à Gaza, la détérioration de la situation dans l'est de l'Ukraine et l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'ouest, la campagne de terreur d'EIIL en Syrie et en Irak s'est poursuivie. En Syrie, les combats entre EIIL et les forces de Bachar al-Assad ont entraîné certains des jours les plus sanglants depuis le début du conflit.

En Irak, les choses semblaient être dans une impasse: l'avancée rapide d'EIIL à travers le pays avait été stoppée aux portes de Bagdad et des zones à dominante chiite du sud du pays. Malgré tout, plus de 1.700 Irakiens ont été tués en juillet, ce qui en fait l'un des mois les plus meurtriers depuis les pires jours de la guerre en Irak.

Puis, en début de semaine, EIIL s'est emparé de trois villes tenues par les forces kurdes dans le nord de l'Irak et semble aussi avoir pris le contrôle du barrage le plus important du pays. C'est la première défaite des forces peshmerga kurdes, et la capitale kurde Erbil est menacée selon certaines informations.

Les membres du petit groupe ethnique des Yézidi dans le nord de l'Irak sont sans doute ceux qui ont le plus souffert. Après avoir été forcés de quitter leurs villes, entre 10.000 et 40.000 personnes, pour la plupart des civils yézidi, sont bloqués sur une montagne aride avec peu de vivres. Ils font face à un choix incroyablement sinistre: la mort par déshydratation s'ils restent où ils sont ou être massacrés par EIIL s'ils s'enfuient.

Qui sont les Yézidis?

Il y a environ 600.000 Yézidis dans le monde, la plupart en Irak, en Iran, en Turquie et en Syrie. Souvent considérés comme un sous-groupe des Kurdes, ils se considèrent comme un groupe ethnique distinct.

Ils ont une religion unique qui mélange des éléments du soufisme et du zoroastrisme. Comme les chiites, les chrétiens et d'autres groupes d'Irak, EIIL les considère comme des apostats et a déjà tué au moins 500 d'entre eux.

Pourquoi les Etats-Unis interviennent maintenant?

Si les Etats-Unis ont envoyé 300 conseillers militaires en Irak le mois dernier, l'administration Obama avait jusqu'ici évité toute intervention militaire directe pour le compte du gouvernement irakien, conditionnant une telle aide à la formation d'un gouvernement plus inclusif donnant une représentation politique aux sunnites et aux Kurdes, et si possible sans le Premier ministre Nouri al-Maliki à sa tête.

Mais Maliki n'a montré aucune intention de former un tel gouvernement, et la situation sur le terrain s'est empirée dans le même temps. La situation des Yézidis a été qualifiée de génocide potentiel et le président Obama lui-même a utilisé le mot jeudi soir. La prise du barrage de Mossoul pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

Et les forces peshmerga du Kurdistan, considérées jusqu'à maintenant comme la seule armée en Irak à pouvoir repousser EIIL, ont subi une série de défaites majeures. Pendant ce temps, les combattants d'EIIL se rapprochent dangereusement de Bagdad. En résumé, les choses se sont gravement empirées bien plus vite que ce à quoi tout le monde s'attendait.

Que va impliquer l'intervention américaine?

Il n'y a pas encore eu de frappes aériennes, elles devraient intervenir dans les prochains jours. Il y a peu de raisons de ne pas croire Barack Obama quand il dit que «les troupes de combat américaines ne retourneront pas en Irak». Cette administration a montré peu d'enthousiasme pour intervenir en Irak et en Syrie et essayera sans doute de limiter au maximum cette intervention.

Bien sûr, toutes les interventions peuvent s'enliser, et une campagne limitée de frappes aériennes pour «prévenir un potentiel génocide» comme l'a déclaré Obama peut vite se transformer en une plus longue campagne aérienne en soutien du gouvernement irakien contre EIIL, une situation pour le moins inconfortable étant donné que l'Iran est le premier soutien de Bagdad.

S'il semble peu probable qu'un nombre significatif de bottes américaines foulent à nouveau le sol irakien dans un futur proche, une des réussites les plus symboliques de l'administration Obama (avoir mis fin à l'engagement américain en Irak) a l'air beaucoup plus précaire qu'il y a quelques mois.

Comment tout ça va finir?

Si la quasi-totalité des gouvernement du Moyen-Orient sont unis dans leur opposition à EIIL, personne ne semble à même d'arrêter l'organisation. En plus de ses avancées en Irak, elle a réalisé sa première percée majeure au Liban.

Jusqu'à maintenant, le fait que beaucoup des gouvernements qu'elle affronte (Syrie, Irak, Etats-Unis, Iran, Kurdistan) soient en désaccord entre eux a joué en sa faveur. Quand EIIL subit un revers sur un front, il semble disparaître dans la nature et lancer une nouvelle campagne ailleurs.

Paradoxalement, la campagne d'EIIL contre les Kurdes pourrait aider à unifier l'Irak. Jusqu'à la semaine dernière, il semblait que la déstabilisation causée par le carnage d'EIIL à travers le pays allait aider la cause du Kurdistan, qui réclame l'indépendance totale de l'Irak depuis des années et se dispute avec le gouvernement de Maliki au sujet des revenus du pétrole.

Aujourd'hui, Maliki demande à ses forces aériennes d'aider les Kurdes. Les différentes factions d'Irak, ainsi que les deux soutiens ennemis de Bagdad que sont l'Iran et les Etats-Unis, vont possiblement être obligés de travailler ensemble pour faire face à la pire menace qu'ait connue le pays depuis les pires jours de la guerre en Irak.  

Il semble hautement improbable qu'EIIL puisse tenir indéfiniment alors que tout le monde, des Etats-Unis à l'Iran en passant par al-Qaida, lui est opposé. D'un autre côté, l'organisation a défié les pronostics jusqu'ici.

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
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