Monde / Culture

Des ultranationalistes turcs veulent faire interdire le nouveau film de Fatih Akin sur le génocide arménien

Temps de lecture : 2 min

Quatre ans après la sortie de la comédie «multikulti» Soul Kitchen, devenue culte en Allemagne, le réalisateur germano-turc Fatih Akin revient enfin à la fiction avec un film qui traite du génocide arménien, The Cut, qui sera présenté ce mois-ci à la Mostra de Venise. Le premier rôle a été confié à Tahar Rahim (Un prophète): il campe un jeune père arménien ayant survécu aux massacres de 1915 qui part à la recherche de ses filles.

Très populaire en Turquie pour ses films qui s'y déroulent souvent, Fatih Akin est désormais la cible des ultranationalistes turcs, rapporte le quotidien Die Tageszeitung. Le génocide arménien est un sujet hautement tabou en Turquie: à ce jour, il n'a jamais été reconnu en tant que tel par les gouvernements successifs. Selon les Arméniens, les tueries et les déportations qui ont eu lieu en 1915 ont fait plus de 1,5 million de morts. Un chiffre que la Turquie conteste, estimant que les massacres ont fait tout au plus un demi-million de morts.

Dans une interview publiée la semaine dernière dans l'hebdomadaire arménien Agos, dont le siège est à Istanbul, le cinéaste explique qu'il considère que la Turquie, un siècle après le génocide, est désormais «mûre» pour se confronter à cet épisode sombre de l'histoire de la Turquie moderne, comme le rapporte l'hebdomadaire Der Spiegel:

«Celui qui continue d'en avoir peur, je lui dis: c'est seulement un film. Mais je suis sûr que la société turque, dont je fais partie, est mûre pour ce film.»

A peine l'interview publiée, Fatih Akin a été menacé sur Twitter par le magazine nationaliste turc Ötüken, qui a publié le tweet suivant:

« Nous menaçons le journal Agos, les fascistes arméniens et les soi-disant intellectuels.»

Le magazine a également décrété que le film du réalisateur germano-turc «ne sera montré dans aucun cinéma en Turquie», car celui-ci serait «le premier des pas qui ont pour but de mener la Turquie à accepter le mensonge du génocide», et qu'il suivrait de près l'affaire, «avec un bonnet blanc». Une allusion au couvre-chef que portait le jeune ultranationaliste turc qui a assassiné en 2007 l'écrivain et journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink, fondateur de l'hebdomadaire Agos, devant les locaux du journal.

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Dans l'interview donnée au journal, Fatih Akin expliquait justement qu'il souhaitait au départ aborder la question du génocide arménien en tournant un film qui rendrait hommage à cet intellectuel pacifiste qui a oeuvré tout sa vie à un rapprochement entre la Turquie et l'Arménie. Le cinéaste a dû toutefois se résoudre à mettre son projet au placard car aucun acteur turc n'a accepté d’interpréter le rôle, qu'ils trouvaient «trop dramatique», par peur de devenir la cible des ultranationalistes.

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