Culture

La longue et difficile quête des écouteurs parfaits

Seth Stevenson, traduit par Yann Champion, mis à jour le 16.08.2014 à 11 h 17

Ils ne tiennent pas bien, tombent, se couvrent de cérumen... Ne pourrait-on pas inventer quelque chose de mieux?

Un mannequin dans les coulisses du défilé de la collection printemps/été 2013 de Marchesa à la Fashion Week de New York le 12 septembre 2012, REUTERS/Lucas Jackson

Un mannequin dans les coulisses du défilé de la collection printemps/été 2013 de Marchesa à la Fashion Week de New York le 12 septembre 2012, REUTERS/Lucas Jackson

Ces derniers temps, j’ai pas mal réfléchi à des objets qui ont pour fonction de s’introduire dans nos orifices naturels. Non, pas ceux-là.

Enfin, vous pensez ce que vous voulez, c’est bon, je ne vous juge pas. Non, moi, je parle d’un appareil de la vie de tous les jours, qui peut être utilisé en public, au grand jour.

Les écouteurs modernes sont principalement de deux sortes —toutes deux imparfaites. Les plus répandus (du type de ceux qui sont fournis avec, mettons, un appareil Android) comportent des embouts en silicone qui s'enfoncent profondément dans vos conduits auditifs et qui en ferment l’entrée.

Certaines personnes supportent parfaitement bien ces petits corps étrangers. Mais d’autres, comme moi, les trouvent gênants, voire douloureux.

Un problème répandu

Un rapide sondage mené auprès de mes amis et collègues m’a montré que bon nombre de personnes sont convaincues que leurs oreilles sont anormales vu que les embouts en silicone n’y tiennent pas. Ils se font la malle lorsque l’on court, par exemple. Ou lorsque l’on baille en ouvrant trop grand la bouche. Ou, pire, ils restent en place, mais deviennent de plus en plus gênants à mesure que le temps passe –jusqu’à ce que vous finissiez par les arracher de votre oreille comme vous retireriez une écharde de votre pouce.

Enfin, c’est sans doute l’une des confessions les plus gênantes que j’ai jamais faites par écrit, mais… parfois, lorsque je retire ce type d’écouteurs, je les retrouve couverts d’une fine pellicule de cérumen. C’est dégoûtant, je sais, désolé.

Bon nombre de personnes sont convaincues que leurs oreilles sont anormales

 

Apple propose une alternative intéressante, puisque ses écouteurs (ceux qui sont fournis avec l’iPhone) contournent ces difficultés en restant sagement dans la conque de l’oreille, sans chercher à s’inviter comme des malotrus dans le conduit auditif. Cela marche plus ou moins bien pour moi, mais j’ai souvent besoin de pousser le volume à fond lorsque j’écoute de la musique sur mon iPhone dans un environnement bruyant comme le métro.

Et même là, je ne suis pas satisfait du résultat. Parce qu’ils n’entrent pas dans le conduit auditif et en raison de leur manque d’étanchéité, les écouteurs Apple laissent s’échapper beaucoup de musique et laissent entrer beaucoup de bruits, comme les crissements des freins du métro. Des amis m’ont rapporté avoir les mêmes désagréments, ajoutant que même dans des environnements calmes, les écouteurs d’Apple offrent une qualité audio médiocre et qu’ils glissent régulièrement hors des oreilles lors de séances d’exercice intensives.

Des écouteurs qui conviennent à tout le monde, ça existe?

Ça ne va pas quand c’est dans le conduit auditif, ça ne va pas quand ce n’est pas dedans… Certes, les gros casques qui couvrent toute l’oreille règlent la plupart de ces problèmes, mais ils sont trop volumineux pour se glisser dans votre poche de jean lorsque vous êtes pressé.

Je voudrais des écouteurs qui puissent convenir à tout le monde. Des écouteurs que l’on n’enfoncerait pas comme une brute dans le conduit auditif, mais qui resteraient en place. Des écouteurs qui seraient confortables, mais qui auraient un bon son. Cela doit bien être possible, non?

La première étape de ma quête des écouteurs parfaits a été de consulter un pro: Brian Fligor, audiologue en chef de Lantos Technologies, société de modélisation en 3D de l’oreille. Il dirigeait autrefois le service de diagnostique audiologique du Boston Children’s Hospital et a enseigné à la Harvard Medical School.

Selon lui, je n’ai pas à avoir honte de mes conduits auditifs étroits et délicats. «Cela change d’une personne à une autre, c’est comme les empreintes digitales, m’a-t-il dit, et même chez une seule personne, les conduits auditifs ne sont pas symétriques. J’ai mené des sondages officieux et environ un quart des gens auxquels j’ai parlé disent que les écouteurs ne leurs conviennent pas

L'effet d'occlusion

Tant que j’avais Fligor au téléphone, je l’ai interrogé sur une particularité de mon propre conduit auditif. Lorsque j’utilise des écouteurs qui «ferment» le conduit de manière étanche, je peux presque «entendre» mes pas dans ma tête lorsque je marche. Plus le pas est lourd, plus je l’entends fort, et la musique que je suis en train d’écouter se coupe complètement à chaque fois que mon pied touche le sol.

Fligor m’a assuré qu’il n’y avait là rien d’anormal. C’est ce que l’on appelle «l’effet d’occlusion». Les vibrations remontent le long du corps et, parce que mon conduit auditif est trop étroit pour y insérer convenablement les écouteurs, il subsiste entre mon tympan et l’écouteur un grand espace dans lequel ces vibrations viennent se répercuter.

Ouf! Je ne suis pas malformé. Mais, en attendant, je ne peux toujours pas écouter de musique pendant que je marche.

Pour ceux qui les supportent, Fligor conseille les écouteurs qui bouchent le conduit auditif. Leur étanchéité permet une meilleure qualité sonore et évite les bruits de l’extérieur, ce qui permet de maintenir le volume sonore plus bas. Pour ceux qui ne peuvent pas supporter ce type d’écouteurs «prêts à porter», il conseille de rendre visite à un audiologue pour fabriquer des oreillettes sur mesure qui se glisseront sans problème dans votre oreille en épousant les contours de votre conduit auditif.

Trop cher et trop bon

750

Le prix, en dollars, d'écouteurs faits sur mesure

Bon, c’est ce que tout audiologue dirait, j’imagine… Je ne mets en doute ni l’expertise, ni l’expérience de Fligor, mais même lui admet que la solution du sur mesure a deux gros inconvénients.

Tout d’abord: elle est chère. La réalisation d’une oreillette sur mesure coûte une centaine d’euros minimum, sans compter le prix des écouteurs.

Et cela peut atteindre des sommes incroyables. Fligor m’a, par exemple, affirmé que ses propres écouteurs, faits sur mesure, avaient un son «phénoménal», mais coûtaient la modique somme de 750 dollars (son argument: nous dépensons bien des sommes conséquentes dans des lecteurs et dans l’achat de musique, alors pourquoi ne pas investir dans l’appareil qui produit vraiment le son?)

Ensuite, le sur mesure est parfois trop bon. Plus grande est l’étanchéité de l’écouteur, moins l’on entend le monde extérieur. Comme le klaxon de ce taxi qui manque de vous écraser, par exemple.

«Je dis aux gens de ne pas faire de jogging la nuit, confesse Fligor, parce qu’ils ne peuvent pas entendre si quelqu’un vient les agresser.» Il précise toutefois que certains écouteurs intra-auriculaires sont conçus pour laisser passer un peu des bruits de l’extérieur, afin de remédier à ce problème.

Les écouteurs faits maison

Mais que faire si vous n’avez ni le temps ni l’argent d’aller voir un audiologue? Ou si vous ne voulez tout simplement rien glisser dans votre conduit auditif, point barre? Y a-t-il d’autres solutions?

Il vous est possible, par exemple, de vous fabriquer vous-même un écouteur sur mesure. Un produit baptisé Decibullz vous permet notamment de le faire en laissant ramollir un morceau de plastique malléable dans un verre d’eau chaude avant de vous le glisser dans la conque puis d’attendre qu’il durcisse en refroidissant.

Et voilà: des écouteurs parfaitement adaptés pour seulement 59 dollars! Le problème est que Decibullz utilise un embout en silicone standard pour la partie de l’appareil qui entre effectivement dans le conduit. Le morceau de plastique se moule simplement dans le bol extérieur de l’oreille, pas dans le tunnel intérieur (ce qui permet d’éliminer certains bruits parasites, mais ne règle en aucune manière le problème des gens ayant un conduit auditif étroit).

Le son par le crâne

Sinon, vous pouvez aussi complètement ignorer vos oreilles en faisant passer le son par votre crâne. C’est l’approche d’Aftershokz Bluez 2 (130 euros), qui utilise un bandeau qui passe au-dessus de votre pavillon auriculaire et repose sur vos tempes.

Le son vibre dans votre tête et l’appareil vibre même contre votre visage lorsque le rythme est particulièrement puissant (mais pas de façon déplaisante; c’est plutôt comme une chatouille, ce qui crée une sorte de connexion physique avec la musique.) J’ai été vraiment très surpris par la clarté du son perçu. Et j’ai adoré qu’aucun objet ne vienne se ficher dans mon conduit auditif.

Malheureusement, beaucoup de son «fuite». Mes collègues de Slate.com assis près de moi au bureau pouvaient clairement entendre la musique que j’étais en train d’écouter. En outre, le gros bandeau qui passe au-dessus des oreilles est assez peu pratique si vous avez les cheveux longs (gare aux nœuds) ou si vous portez des lunettes (qui gênent).

Les écouteurs des services secrets

Peut-être devrions-nous faire confiance aux audiologues, après tout… EarHero (149 dollars) a été conçu par un couple d’audiologues de Boise, dans l’Idaho.

Ils voulaient créer des écouteurs qui permettent à l’auditeur de «garder pleinement conscience de son environnement». La cible de départ était les skieurs, qui aiment écouter de la musique, mais doivent rester à l’écoute de ce qui les entoure lorsqu’ils descendent les pistes.

On oublie presque qu’on les porte tant ils sont petits et légers

 

Mais c’est chez les personnes travaillant dans la sécurité que le produit a eu le plus de succès, ces derniers l’utilisant pour leurs communications radio: EarHero affirme que plus de 200 agents des services secrets utilisent leurs écouteurs, notamment parce qu’ils laissent passer les bruits de l’extérieur, qu’ils sont très confortables sur le long terme et qu’ils sont presque invisibles. Mais est-ce que cela veut dire qu’ils vont forcément me convenir, à moi?

Il est vrai qu’ils sont super confortables. Leur «concha lock», un petit fil flexible qui s’enroule au-dessus du pavillon et maintient l’écouteur en place, leur permet de ne pas bouger. C’est parfait pour ma physionomie.

On oublie presque qu’on les porte tant ils sont petits et légers. C’est à peine s’ils touchent l’oreille. Mais le son est moyen. Enfin… il est parfait pour écouter quelqu’un parler (un podcast, un match de foot ou vos collègues pendant que vous assurez la protection d’un émir arabe), mais loin d’être terrible pour vous éclater sur votre top 50 personnel.

Les écouteurs qui ne tombent jamais

Les écouteurs Yurbuds (à partir de 30 euros) sont fournis avec une garantie écrite assurant qu’ils «ne tomberont jamais». Je les crois.

Leurs embouts en plastique se «vissent» dans l’oreille (comme un écouteur Apple qui se verrouillerait pour tenir en place). Aucun embout en silicone ne vient envahir le conduit auditif, ce qui me plaît, mais l’embout en plastique s’est rapidement mis à grincer contre mon pavillon. C’était trop serré.

J’avais l’impression que quelqu’un était en train d’essayer de m’élargir l’oreille. Quel soulagement de les retirer! J’ai aussi trouvé que la qualité audio était décevante.

Et le grand vainqueur est...

Pour moi, les grands vainqueurs sont tous les écouteurs de la marque Bose avec embouts «Stayhear». Ces embouts sont des petites cales en silicone, en forme d’ailerons de requins qui se coincent à l’intérieur du pavillon, dans la partie supérieure de la conque pour maintenir les écouteurs en place.

L’ouverture de l’écouteur lui-même s’étend assez profondément dans le conduit auditif pour que la musique soit émise près du tympan, impliquant un son clair, même à bas volume. Mais aucune étanchéité n’est nécessaire, ce qui fait que ce n’est pas inconfortable et qu’il n’y a pas de baisse de l’attention par rapport à l’environnement.

Ces écouteurs ont été une véritable révélation pour moi. Ils offrent le même confort et la même stabilité que l’EarHero, mais avec une qualité audio nettement supérieure. Malheureusement, leur prix peut être rédhibitoire: le premier prix pour des écouteurs Bose avec StayHear est d’environ 100 euros (ce qui fait assez cher étant donné que, si cela se passe comme avec tous mes autres écouteurs, je risque de les perdre dans les six mois).

J’aurais aimé découvrir une version moins chère des StayHear, mais je n’ai rien trouvé de similaire sur le marché (si vous en connaissez, ne vous gênez pas pour l’indiquer dans les commentaires). Une meilleure solution se profile peut-être à l’horizon: une marque baptisée Normal vous proposera de prendre des photos de vos oreilles, de les envoyer (les photos, pas les oreilles) et de recevoir en retour des écouteurs sur mesure imprimés en 3D qui devraient vous convenir parfaitement.

Cela semble difficile à mettre en place. Je le croirai quand je le verrai. Ou quand je l’entendrai, plutôt.

Quoi qu’il en soit, la société ne commencera pas à envoyer de produits avant le mois prochain. En attendant, vous pourrez me trouver dans le métro avec mes écouteurs Apple qui crachent du hip hop du début des années 1990 pour que tout le monde en profite.

Seth Stevenson
Seth Stevenson (25 articles)
Journaliste
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