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La première étude sur la gentrification qui utilise Google Street View

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 07.08.2014 à 12 h 18

Repéré sur Boston Globe, Harvard Gazette

JOH_9915 / star 5112 via Flickr CC License By

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Au milieu des années 1990, le sociologue Robert Sampson avait filmé l’activité urbaine de milliers de rues de Chicago à la recherche de signes de désordre urbain. Ses observations avaient remis en cause dans un article publié en 2000 la théorie de la vitre cassée, selon laquelle il existe un lien de cause à effet entre ces désordres dans l’espace public et les crimes violents.

Filmer ces quelque 23.000 façades donnant sur l’espace public avaient alors pris tellement de temps que la méthode n’a jamais été reproduite depuis… Mais entre-temps, Google a mis en place son Google Street View, qui photographie méticuleusement tous les angles de vue sur les voies publiques et permet de visiter virtuellement un quartier.

Avec Jackelyn Hwang, en doctorat à Harvard, Robert Sampson a donc comparé ses archives vidéo avec les vues de Google Street View pour repérer des indices de changement urbain: la fameuse gentrification, un terme qui désigne depuis les années 1960 et 1970 la transformation d’un quartier pauvre par l’arrivée de populations plus aisées. Ils ont recherché les nouvelles constructions et les rénovations comme indices de gentrification, et la présence de graffiti et de détritus dans l’espace public, indiquant à l’inverse que le quartier n’évolue pas.

Selon leurs observations, la probabilité qu’un quartier se gentrifie dépend grandement de sa composition ethnique. «Le rythme de la gentrification à Chicago entre 2007 et 2009 est négativement associé avec la concentratrion de noirs et de latinos dans les quartiers qui soit montraient des signes de gentrification, soit étaient adjacents à ces quartiers et encore peu investis en 1995», écrivent les auteurs dans un article à paraître en août dans l’American Sociological Review.

Ils ont remarqué qu’il existait un effet de seuil: quand il y avait 40% de noirs ou plus, le processus était soit ralenti, soit stoppé. Même en prenant en compte le taux de criminalité, le désordre apparent dans l’espace public ou la présence d’aménités sur place, ce facteur racial reste important, selon les auteurs.

Les facteurs qui expliquent la gentrification des quartiers urbains et les conséquences de ces transformations font l’objet de nombreux travaux et de débats en Amérique du Nord et en Europe. La question est en particulier de savoir si les populations pauvres et de minorités ethniques des quartiers déshérités, bénéficient ou pâtissent du phénomène.

«La gentrification n'améliore pas les perspectives de la grande majorité des quartiers de minorités qui manquent d'investissement», écrit Sampson.

Selon le Boston Globe, la gentrification est plutôt perçue comme un phénomène qui atténue la ségrégation raciale dans les villes, or les résultats de cette étude montrent à l’inverse que l’investissement public et privé a tendance «à affluer dans des quartiers qui ont déjà une masse critique de blancs. En conséquence, la gentrification refait peut-être les villes, mais en respectant les contours sociaux existants».

Chicago est considérée comme la ville américaine où cette ségrégation est la plus forte, comme le montre par exemple cette carte sur laquelle chaque point représente un individu en fonction de sa couleur de peau (bleu: blanc, vert: noir, rouge: asiatique, orange: hispanique):

Source: Cooper center

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