Science & santé

Ebola: prières à Dieu et déploiements de soldats

Jean-Yves Nau, mis à jour le 07.08.2014 à 11 h 12

Sierra Leone. Des volontaires se préparent à enlever des corps de personnes susceptibles d'avoir été contaminées. REUTERS

Sierra Leone. Des volontaires se préparent à enlever des corps de personnes susceptibles d'avoir été contaminées. REUTERS

L’Ebola est un peu l’inverse de la peste. Pendant des siècles moyenâgeux on a imposé des crécelles aux lépreux: il s’agissait de pouvoir s’écarter lorsqu’ils se déplaçaient.

Aujourd’hui les infectés par le virus Ebola sont comme des anti-pestiférés: il faut les traquer pour les mettre en isolement. Et faute de médicament, chacun sait désormais que cet isolement, cette mise en quarantaine est, huit ou neuf fois sur dix, l’annonce de la mort. Pire encore: les rituels traditionnels des obsèques ne pourront plus être respectés. Ou avec des gants.

Atteinte à la liberté de circulation

Face à Ebola, les impératifs croissants de santé publique ne vont pas aller sans mettre à mal certaines libertés individuelles et publiques. L’une des questions majeure concerne les atteintes à la liberté de circulation face à une menace épidémique. Cette problématique a été exposée dans la nuit du 6 au 7 août par  Ellen Johnson Sirleaf présidente du Liberia et prix Nobel de la paix 2011.

S’exprimant à la radio et à la télévision, elle a déclaré l'état d'urgence nationale et annoncé la possible suspension des libertés civiles.  Elle a notamment expliqué que l'ignorance et la pauvreté, mais aussi certaines pratiques religieuses et culturelles (concernant les rituels des obsèques) ont aggravé la propagation du virus Ebola dans ce pays qui compte officiellement près de trois cents morts.

En décrétant l'état d'urgence pendant 90 jours, elle a expliqué que ces mesures extraordinaires étaient non seulement nécessaires mais cruciales: il en allait de la survie même de la population du pays et de l’Etat du Liberia. Tous les avis des épidémiologistes convergent: la progression de l’épidémie au Liberia tient pour une large part au fait  que beaucoup de familles touchées gardent leur proches infectés au domicile, refusant de les adresser à des centres d'isolement. D’où la nécessité, faute de convaincre, de faire appel aux forces armées.

Mesures d'urgence

La présidente Sirleaf avait déjà pris des mesures perçues comme drastiques, parmi lesquelles la mise en congé forcé –pour un mois– des fonctionnaires «non essentiels», la fermeture des écoles et la désinfection des lieux publics.

Pour autant elle estime que «la menace continue à grandir... L'ampleur et l'échelle de l'épidémie, la virulence et la mortalité du virus dépassent maintenant les capacités et les prérogatives de quelque agence gouvernementale ou ministère que ce soit, a-t-elle annoncé. Le virus Ebola, les ramifications et les conséquences de la maladie, constituent à présent un trouble affectant l'existence, la sécurité et le bien-être de la République, représentant un danger clair et immédiat».

Dans le même temps, Ellen Johnson Sirleaf, membre de l’Eglise méthodiste unie a appelé à trois jours de jeûne et de prière (du 6 au 8 août, de 6h à 18h)  pour implorer la protection divine contre Ebola. Elle a expliqué que ces trois journées de pénitence visent à «demander à Dieu d'avoir pitié de nous, de nous pardonner nos péchés et de guérir notre pays, le Liberia, au moment où nous poursuivons la lutte contre le virus». Le conseiller religieux de la présidente, le révérend Jervis Witherspoon, a précisé que ces journées se concluront le 8 août par une cérémonie de prières pour l'élimination d'Ebola et «le rétablissement spirituel, moral et physique du pays».

En Sierra Leone, l'armée a mobilisé 750 soldats, assistés par 50 infirmiers militaires pour faire respecter les mesures de quarantaine autour des centres accueillant des malades –pour l’essentiel dans l'est du pays, aux confins de la Guinée et du Liberia. Ce déploiement a été ordonné par le président Ernest Bai Koroma. «Nous nous assurons que des personnes non autorisées ne perturbent pas le travail des personnels de santé», a déclaré un porte-parole militaire. Le Conseil des Eglises, a déclaré être «prêt à joindre ses forces pour éradiquer la maladie». «Les imams ont la responsabilité de sensibiliser les leurs à la maladie parce que notre mission est de sauver l'humanité», a pour sa part renchéri le  Conseil des imams.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (802 articles)
Journaliste
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