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Ebola: l’OMS cherche d’urgence des spécialistes de l’éthique médicale

Le bâtiment de l'OMS à Genève / Yann Forget via Wikimedia Commons License by

Le bâtiment de l'OMS à Genève / Yann Forget via Wikimedia Commons License by

Faut-il administrer du ZMapp sans que ce médicament ait été testé correctement? Quelle urgence faut-il privilégier?

C’est une première et on la doit à Ebola. Pour la première fois de son histoire, l’OMS reconnaît publiquement ses limites en matière d’éthique. Et cette institution onusienne généralement fermée sur elle-même annonce qu’elle va faire appel à un groupe d'experts en matière d'éthique.

Leur travail consistera à définir les règles morales qui devraient être respectées quant à l'usage (éventuel) d'un médicament antiviral  (expérimental) mis au point aux Etats-Unis. On sait depuis peu  qu’il s’agit du ZMapp. Et que ce médicament a été expérimenté sur les deux premiers malades américains infectés au Libéria par le virus  Ebola –un médecin et une aide-soignante aujourd’hui hospitalisés à Atlanta.

Cette décision de l’OMS fait suite à l’initiative originale de trois médecins, spécialistes réputés des maladies infectieuses.

Dans une déclaration commune rendue publique le 5 août les Prs Peter Piot, David Heymann et Jeremy Farrar ont fait savoir que selon eux «les autorités sanitaires des gouvernements africains devraient, le cas échéant, être autorisées à avoir recours à cette thérapeutique médicamenteuse.  Il s’agirait notamment de protéger et de traiter les professionnels  de santé exposés à des risques d’infection particulièrement élevés».

Les Prs Piot, Heymann et Farrar estiment qu'il incombe à l’OMS de tenir au plus vite un rôle pour elle totalement inédit, celui de jouer de son pouvoir et de son aura pour permettre aux pays touchés d’avoir recours à des traitements expérimentaux totalement hors de leur portée à la fois pour des raisons réglementaires et financières. Ce sont selon eux les  «terribles circonstances» présentes qui imposent de changer, en urgence, les règles.

«Nous sommes devant une situation inhabituelle. Nous avons une maladie avec un niveau élevé de mortalité sans aucun vaccin approuvé et certifié, reconnaît le Dr Marie Paule Kieny, directrice générale adjointe de l'OMS. Nous devons demander à des spécialistes de l'éthique médicale de nous donner des lignes de conduite pour une politique responsable.»

Les questions éthiques ici soulevées sont redoutables.

Le ZMapp, substance jamais expérimentée sur l’homme dans un cadre officiel, peut-elle être largement administrée au seul nom de l’urgence sanitaire? Comment hiérarchiser les priorités dès lors qu’il n’existe pour l’heure que d’infimes quantités disponibles? Et respectera-t-on ou non les critères éthiques unanimement reconnus à travers le monde et qui impose de tester l’efficacité d’un nouveau médicament en tirant au sort ceux qui le recevront et ceux qui recevront un placebo?

«La sécurité est la préoccupation première», estime l’OMS.  La sécurité et, désormais, l’éthique.

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