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La fin de l'Amérique: les quatre scénarios des futurologues

Effondrement du pays, rupture à l'amiable entre Etats, gouvernance mondiale et invasion militaire.

Mardi 11 Aout 2009
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Notre grand frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le deuxième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis.

 

«Qu'est-ce que l'avenir nous réserve?» C'est la question qu'un bon nombre de chefs d'entreprise et d'hommes politiques posent régulièrement au groupe «Global Business Network» (GBN). Et la spécialité de GBN, c'est bien évidemment d'y répondre.

En 2003, le président du groupe, Peter Schwartz, et son collègue Doug Randall ont concocté pour le département de la Défense un inquiétant rapport de 22 pages sur les «changements climatiques abrupts» ( Les Etats-Unis et l'Australie finiront sans doute par bâtir des forteresses défensives autour de leurs frontières»). L'an dernier, la municipalité d'Amsterdam a engagé la firme pour l'aider à résoudre le problème de l'immigration. GBN vient également en aide à Hollywood: pour «Minority Report», Steven Spielberg leur a demandé si le Congrès et la Constitution existeraient encore en 2054. (La réponse: oui, mais il y a quelques «mais».)

GBN, qui appartient depuis 2000 à la firme de management-consulting «Monitor Group», s'est spécialisé dans le scénario de prévision. La plupart des futurologues professionnels utilisent des simulations informatiques complexes; en disposant des bonnes données, ils peuvent (par exemple) se faire une idée de ce à quoi ressemblera le Moyen-Orient en 2050. Le Global Business Network, lui, préfère... les histoires. Selon Schwartz, le philosophe en chef du groupe, la «planification de scénarios» (inventer une large gamme d'histoires, «optimistes et pessimistes, prévisibles et surprenantes») apporte de la rigueur à l'art forcément imprécis de la prévision. «Il est indispensable de stimuler l'imagination des gens, de les amener aux frontières du crédible, pour pouvoir balayer tout le champ du possible», expliquent Schwartz et Randall dans leur livre, «Blindside». Et pour eux, raconter une bonne histoire reste la meilleure façon d'atteindre l'extrême limite de l'imagination.

Aujourd'hui, j'ai demandé au meilleur groupe de futurologie de m'aider à définir ce qui pourrait provoquer la chute de l'Amérique. Je suis assis à une table de conférence dans les bureaux de GBN, à San Francisco, entouré de six prévisionnistes, dont les fondateurs du groupe (Schwartz, Naiper Collyns et Steward Brand).

Notre mission: essayer d'imaginer ce qui pourrait provoquer la chute des Etats-Unis dans les cent prochaines années. C'est la directrice du département marketing et communication, Nancy Murphy, qui a suggéré la limite de temps. «Au-delà du siècle, on se rapproche trop de la science-fiction», assure-t-elle.

Avant le meeting, je recueille quelques astuces dans le texte fondateur de Schwarz sur la planification de scénario, «The Art of the Long View». Il conseille aux futurologues en herbe de devenir accro aux infos science et technologies, de s'ouvrir aux contre-cultures (bien qu'il admette que ses discussions avec les amateurs d'OVNI  ne lui ont «pas permis d'apprendre grand-chose sur le futur»), et d'analyser les évolutions de la société qui peuvent se manifester à travers tout phénomène culturel naissant: le gangsta rap, «Vidéo Gag»... (Excusez-le : il a écrit ce livre il y a 20 ans.) En résumé, si vous voulez savoir de quoi demain sera fait, mettez-vous à la recherche de personnes extraordinaires et ouvrez votre esprit aux théories farfelues.

Le livre de Schwartz m'a également appris qu'un futurologue raisonnable prend toujours la précaution d'avertir son interlocuteur: «Ceci n'est pas une prédiction». Le prévisionniste n'est pas un prophète. Pour autant, Schwartz est souvent tombé juste. Quand il était directeur de la planification de scénario pour Royal Dutch/Shell dans les années 1980, son équipe a conseillé aux patrons de la société de garder un œil sur un politicien (alors inconnu) du nom de Gorbatchev. La théorie de Schwartz: si «Gorby» se hissait à la tête de l'Etat, l'URSS se rapprocherait sans doute de l'Ouest; une ouverture de ce type ferait chuter les cours du pétrole et du gaz naturel. Quand les cours chutèrent, les patrons de Shell (qui avaient donc anticipé cette possibilité) sautèrent sur l'occasion, et achetèrent au rabais plusieurs réserves de pétrole.

Revenons-en à notre mission. Je suis donc dans une salle de conférence remplie de prévisionnistes; dans les heures qui vont suivre, Schwartz sera le maître de cérémonie de la fin de l'Amérique; et il ne boude pas son plaisir. Il parle plus rapidement que tout le monde, avec plus d'autorité. C'est à lui que revient la difficile tâche de trier le bon grain de l'ivraie: d'un côté, ce qui est assez déjanté pour pouvoir détruire les Etats-Unis ; de l'autre, ce qui est déjanté... tout court.

Sa première idée: les conflits raciaux.

En 2050, les blancs ne seront plus une majorité aux Etats-Unis et les hispaniques représenteront 29% de la population. «La plupart des actes violents sont commis par des hommes âgés de 18 à 35 ans, nous explique Schwartz. A présent, imaginez une large population d'hommes hispaniques touchés par le chômage. Ils sont mécontents, rejettent ce monde dominé par les blancs. Imaginez maintenant que ces personnes deviennent violentes, incontrôlables. Une politique identitaire se met en place; certaines personnes finissent par penser: «C'est à cause de tous ces clandestins qu'on laisse entrer dans le pays!»». Si l'on ajoute une économie en berne, une vague de sécheresse dans le sud-ouest et la «colombianisation» du Mexique, on aboutit à un mélange de «Mad Max» et d'un épisode particulièrement enragé de «Lou Dobbs Tonight» [émission de CNN connue pour ses diatribes anti-immigration].

Et ce n'est que le début. Pendant presque trois heures, nous élaborons une série de théories. Certaines sont crédibles, d'autres frisent la science-fiction: élévation du niveau de la mer, effondrement des droits sociaux, attaque d'une puissance étrangère sur le sol américain, pandémie grippale dix fois plus meurtrière que celle de 1918, domination mondiale par une puissance spatiale utilisant la géo-ingénierie pour «désactiver» le changement climatique, émergence d'une nouvelle classe d'hommes et de femmes biologiquement améliorés («ils font tous 1 mètre 90 ; et je ne parle que des filles!», nous dit Schwartz), des êtres qui ressentent plus de loyauté envers leurs semblables qu'envers leurs pays d'origine...

La perspective de voir les Etats-Unis terrassés par Superman et ses amis est certes amusante, mais Schwartz a une autre idée. Voici l'hypothèse qu'il juge la plus réaliste pour les cent prochaines années: «La ville de Washington sera toujours la capitale d'une nation-Etat sur ce continent.» L'Amérique ne manque pas de ressources naturelles, la densité de la population y est plutôt faible, et elle bénéficie d'un système de sécurité naturel: deux côtes, deux océans. La chute d'un pays jouissant de ces avantages inhérents dépendrait d'une série d'événements à faible probabilité. Mais qui dit faible probabilité ne dit pas probabilité zéro. Schwartz finit l'exercice en inscrivant les possibilités dans un tableau croisé à quatre cases.

La plupart des séances de planification de scénario se résument à cela: faire tenir le monde dans quatre petites cases. Cette «matrice de scénario» va permettre de transformer toutes nos théories en histoires crédibles: quatre futurs très différents, couvrant un vaste champ de possibles.

Comme nous l'explique Joel Garreau (journaliste et rédacteur au Washington Post, il travaille régulièrement avec GBN), la matrice de scénario est une structure qui permet de faire preuve de logique face à un sujet illogique, ce qui réduit l'inévitable dimension «mystique» de la futurologie. Exemple: à la fin de l'année 1999, un bon nombre de personnes avaient peur du fameux «bug de l'an 2000»; Garreau lui-même envisageait d'acheter un générateur électrique. Il réalisa une matrice, et découvrit que le générateur n'aurait été utile que dans un seul des quatre futurs «post-bug de l'an 2000»; il fit donc l'économie d'un générateur.

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Comments

l'hégémoni étatsunienne

L'hégémonie étatsunienne plutôt que le terme "empire" est effectivement en grand danger.

Elle est sérieusement remise en cause par un faisceau de causes :

1/la disparition de l'outil de travail aux U.S.A. aux bénéfices de l'Asie. Le savoir faire sera difficilement retrouvé,
2/l'immigration européenne qui a fait la grandeur du pays est en panne alors que l'immigration clandestine de pays pauvres est constante,
3/le système financier est égoïste et pompe l'énergie des entreprises restantes et des ouvriers,
4/les évolutions majeures due à la recherche ou grâce à des grands projets comme Apollo sont pratiquement inexistants,
5/ Le pays s'use littéralement dans des guerres interminables à l'autre bout du monde.
6/ L'enseignement scolaire est à revoir. Peut d'échange avec l'Europe ou l'Asie.

Je ne crois pas que la race blanche sera la classe dirigeante dans le futur parce qu'elle se reproduit moins vite que l'hispanique, l'asiatique ou l'africaine.

Donc, le changement majeur par rapport à aujourd'hui, que l'on voit déjà, est la disparition de la classe blanche dirigeante. Il se peut que certains états s'en tirent beaucoup mieux que d'autres mais la nation sera beaucoup moins performante.

oups

et l'Europe ?

cher ouaf, ouaf, ouaarrfff, greuh, greuh

je vous plagie un peu:

" 1/la disparition de l'outil de travail aux Europe aux bénéfices de l'Asie. Le savoir faire sera difficilement retrouvé,
2/l'emmigration européenne qui a fait en la grandeur sur la planète est en panne alors que l'immigration clandestine de pays pauvres est constante,
3/le système financier est égoïste et pompe l'énergie des entreprises restantes et des ouvriers,
4/les évolutions majeures due à la recherche ou grâce à des grands projets comme Iter sont pratiquement inexistants,
5/ L'Europe s'use littéralement dans des guerres interminables à l'autre bout du monde.
6/ L'enseignement scolaire est à revoir. Peu d'échange avec les Etas Unis ou l'Asie. "

Cher zelectron

Libre à vous de railler mon commentaire et de faire un copier coller avec la France (aujourd'hui noyée dans l'Europe). Le problème présentement est les U.S.A. !

Vous auriez pu apporter des agréments plutôt que de l'ironie. Aujourd'hui, contrer est un sport sur le Net, argumenter moins.
Je vous invite à parcourir le très intéressant commentaire d'un Français aux U.S. qui rejoint un peu mon sentiment sur le pays aujourd'hui.

Si vous voulez que nous parlions de la France : d'accord. Notre pays est vieillissant, il manque d'entrain, de conviction et de foi en l'avenir. Ces habitants sont des râleurs, bons ouvriers mais trop épris de leurs privilèges. Nous sommes complexés de notre passé colonial et à ce titre, notre terre est une terre d'asile où l'intégration ne se fait plus, où la violence est en constante augmentation dans la population immigrée.

Bref, sans parler de l'Education nationale nombriliste, dé bordée, syndiquée et toujours fatiguée, notre pays endetté jusqu'à la 7ème génération est un petit pays au passé plus étoffé que celui des Etats-Unis et qui arrive à survivre à toutes sortes de crise. Petit, nous sommes, petit nous resterons mais sans crainte de disparaitre.

oups

Vivant aux USA mais les

Vivant aux USA mais les regardant d'un œil Européen, j'en suis venu à penser que l'Amérique trouvera sa fin, tout simplement, dans un processus d'autodestruction (comme les messages de "mission impossible") . Tout d'abord il y a ce syndrome de Harvard qui draine l'obsession du management administratif et qui, méthodiquement, transforme tout business en un monstre bureaucratique. Ensuite il y a cette fascination du profit qui pervertit chaque entreprise en la réduisant, progressivement mais inéluctablement, à ses seules fonctions de facturation et d'encaissement, tandis que les fonctions traditionnelles de l'industrie, conception, production, service et distribution, sont externalisées, puis délocalisées, puis abandonnées aux bons soins des ordinateurs, ces néo-incarnations mythiques du génie créatif! Il y a aussi ce juridisme masochiste qui pousse les jeunes talents à déserter les écoles d'ingénieurs pour se précipiter dans des carrières d'huissiers ou de greffiers, usant leur temps à instruire des contentieux et à se trainer réciproquement de tribunaux en tribunaux. Enfin il y a cette gigantesque folie du Dollar qui pousse les traders, bien sur, mais aussi tous les Américains à préférer se revendre, les uns aux autres, et indéfiniment, les titres de propriété des business plutôt que d'y investir leur monnaie pour en développer l'activité. Ainsi l'économie Américaine s'autodétruit mais, par les mêmes processus, l'armée Américaine et la politique Américaine s'autodétruisent aussi. Ces processus sont toujours caractérisés, fondamentalement, par le désinvestissement dans le talent des hommes et par le surinvestissement dans la démarche procédurale et normative. Ma vision est certainement éloignée de l'image d'Épinal que véhiculent nos conventions populaires et médiatiques mais c'est une vision de l'intérieur. Et ce qui éblouit ma vision c'est la perte, manifeste, du sens de la réalité et de l'humanité et l'envahissement, fulgurant, du champs de la pensée par les faux semblants de la virtualité la plus débridée. Or cette perte du réalisme et de l'humanisme se traduit, bien évidemment, par un déclin de la créativité Américaine (oserai je dire occidentale?). Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas éthologue, ni sociologue, je ne saurai analyser ces phénomènes de stérilisation au delà de mes simples constats mais je suis convaincu que leur compréhension fine serait de première importance pour la survie de nos civilisations.

GIRO

Peter Wright @Giro

Pourtant ils ont élu Obama. Les Français, ils ont élu qui?

Peter Wright

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