Sports

Le saut à l’élastique est-il un sport? Et si oui, comment le réussir du premier coup...

Yannick Cochennec, mis à jour le 11.08.2014 à 14 h 34

Lors de la saison estivale, ce genre de divertissement se multiplie sur les sites de fêtes foraines ou à l’occasion de grands rassemblements publics...

Saut à l'élastique en Pologne en août 2011. REUTERS/Pawel Kopczynski

Saut à l'élastique en Pologne en août 2011. REUTERS/Pawel Kopczynski

Il y a quelques jours, un Australien, Beau Retallick, a battu un drôle de record du monde en sautant à l’élastique à 158 reprises en l’espace de 24 heures, soit sept sauts de plus que le précédent détenteur. En réalité, Retallick, qui a réalisé cette prouesse au Japon, a sauté 178 fois en succession, mais 21 de ces tentatives n’ont pas été homologuées car jugées non conformes.

A l’évidence, pour lui, compte tenu de ce rythme effréné, le saut à l’élastique est un sport. Ce qui n’est pas le cas en France, où la discipline est considérée comme une activité de loisir placée sous la coupe du ministère de la Jeunesse et des Sports (et des Droits des Femmes et la Ville si l’on reprend la dénomination entière de ce ministère du coq-à-l’âne). Il n’existe pas, par exemple, de championnat de France de saut à l’élastique (ou de bungee[y] comme disent les initiés).

Le saut à l’élastique trouve, semble-t-il, son origine au cœur d’une tribu de l’archipel des Vanuatu dans l’Océan Pacifique. Pour passer à l’âge adulte, de jeunes hommes en fin d’adolescence se sont, au fil du temps, jetés dans le vide depuis une tour de bambou de 25m, les pieds tenus par une liane, dans le but de venir frôler avec leur tête la partie du sol qu’ils avaient préalablement labourée. D’abord popularisée en Nouvelle-Zélande, cette activité a débarqué dans nos frontières en 1986, précisément depuis le pont de Ponsonnas (103m), dans l’Isère.

Combien de sauts sont effectués en France chaque année? Ledit ministère des Sports (et de tout le reste) n’en a pas la moindre idée tant cette activité, sévèrement réglementée depuis 1989, même si quelques rares cas mortels ont été hélas déplorés depuis comme à Fréjus en 2010, est disparate sur l’ensemble du territoire.

«Le recensement des équipements sportifs donne 29 sites naturels où l'on pratique le saut à l'élastique, nous précise Chantal Foucher à la direction des sports du ministère. Mais on peut potentiellement en faire depuis tous les ponts de hauteur suffisante, sans compter les grues et autres promontoires.»

Lors de la saison estivale, ce genre de divertissement, au-delà de ces quelques lieux fixes et touristiques, se multiplie, en effet, sur les sites de fêtes foraines ou à l’occasion de grands rassemblements publics comme Solidays.

D’où est-il possible de sauter en France? D’un pont, d’un viaduc, d’une tour, d’une grue, d’un téléphérique et même, pour des occasions très exceptionnelles, d’une montgolfière ou d’un hélicoptère. Certains se risquent même à ce type d’exercice avec une moto ou un VTT, mais cette façon de s’envoyer en l’air reste évidemment réservée à une élite de «cascadeurs».

En termes de hauteur, il n’y a pas vraiment de limite. En France, elle se situe grosso modo entre 30m et 190m sachant que la pluie et le vent, à partir du moment où ils sont trop forts, peuvent interdire ce type de pratique.

«Si sur le pont, dans notre zone d’accueil, nos papiers commencent à s’envoler à cause du vent, c’est qu’il est temps de s’interrompre», remarque Jean-Michel Pretot, de Latitude-Challenge, qui offre des activités de sauts à l’élastique depuis le Pont de l’Artuby (le plus haut pont d’Europe) situé à 182m au-dessus du sol dans les Gorges du Verdon. «Avec la météo très changeante de cet été, la saison a été un peu compliquée à gérer d’autant que les clients sont moins nombreux quand le temps est incertain», reconnaît Franck Montiel d’Oxygène 40 qui utilise deux viaducs dans la Vienne et l’Indre. «Si nous sommes empêchés à raison de deux ou trois jours par an, c’est bien le maximum», tempère Philippe Berrier pour Vertige Aventures, près de Grenoble, responsable notamment du site du pont de Ponsonnas.

Dans son téléphérique à 140m au-dessus de la station des Deux-Alpes, unique en son genre en France, Fred Moras est plus que quiconque soumis aux aléas du ciel qui ne lui permettent pas toujours d’assurer les trois départs prévus les jours d’ouverture entre juin et août.

«Sur l’ensemble d’une saison, 200 personnes environ embarquent dans le téléphérique qui ne peut pas accueillir plus de 12 personnes. Une fois sur place, entre ciel et terre, les gens sautent reliés à un élastique d’une longueur de 28m qui pèse 40kg. Le temps de chute au premier rebond est de six secondes.»

 

Comme c’est souvent l’usage, chaque organisateur fabrique ses élastiques selon des normes édictées par les règlements en vigueur en France. Un élastique doit être changé tous les 150 sauts. Au niveau de l’âge du sauteur, la fourchette va, en principe, d’un point de vue légal, de 13 ans à 60 ans: une autorisation parentale est obligatoire pour les mineurs ainsi qu’un certificat médical à partir de 50 ans.

Mais il existe parfois des dérogations en fonction de l’humeur estivale des organisateurs qui sont généralement cinq dans le cadre d’une bonne préparation au saut.

«J’ai eu une dame qui est venue à trois reprises alors qu’elle était âgée de 74, 76 et 83 ans, raconte Jean-Michel Pretot. Après la troisième fois, je lui ai dit qu’il était plus sage de ne plus revenir.»

Un poids minimum de 40kg est généralement demandé et le maximum toléré peut être de 120kg ou 130kg. Toutefois, personne ne vous demandera de monter sur une balance pour le vérifier.

Le coût d’un saut est évidemment variable en fonction de la hauteur et du cadre proposés. Pour un saut digne de ce nom dans un milieu naturel, une somme entre 50 euros et 100 euros est habituelle. Pour Beyonce, en Nouvelle-Zélande, c’était évidemment gratuit…

 

Pour sauter de 192m (plus avec un câble qu’un élastique), la star américaine a choisi la prudence en se lançant dans le vide les pieds en avant et en étant attachée par la taille, ce qui est une sorte de minimum dans le milieu du saut à l’élastique.

Car s’il existe différents types de sauts, le saut de l’ange attaché par les pieds reste évidemment la signature d’un saut «réussi» dans l’esprit de la discipline et celui qui est essentiellement proposé en France. Philippe Berrier a la bonne recette:

«Le saut de l’ange réussi est signé par celui qui se jette dans le vide en ayant conscience de son corps et de l’espace après avoir bien fléchi sur ses jambes pour se projeter dans les airs.»

Problème: les jambes flageolent parfois à l’instant fatidique et elles se dérobent un peu au moment de l’élan. Excessivement rares sont les refus devant l’«obstacle».

Faire régulièrement, pratiquement à l’année, du saut à l’élastique au sein d’un club est un luxe qu’il est aussi possible de s’offrir, même si le nombre des clubs de ce genre se limite à une dizaine en France, comme celui du viaduc de Saint-Georges le Gaultier, près du Mans.

«Nous ne sommes pas ici dans le cadre d’une activité commerciale, mais parce que nous sommes un groupe de passionnés, admet François, président de cette association baptisée Elastique Record. Mais nos portes sont évidemment ouvertes à la belle saison pour qui le souhaite.»

Et visiblement, ces deux-là ne l’ont pas regretté…

 

 

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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