Pourquoi les Japonais font-ils le signe V sur les photos?

Nico Rosberg pose avec une fan lors du Grand Prix du Japon le 6 octobre 2012 | REUTERS / Issei Kato

Nico Rosberg pose avec une fan lors du Grand Prix du Japon le 6 octobre 2012 | REUTERS / Issei Kato

On pourrait l'assimiler à un stéréotype mais cela reste une vérité, les Japonais et l'ensemble des habitants du sud-est asiatique ont largement tendance à brandir fièrement leur index et leur majeur à chaque photo qu'ils prennent. Le signe V ou signe de la victoire est un peu devenu la marque de fabrique d'un cliché réussi.

Le magazine Time s'est penché sur la question des origines d'un tel succès dans la culture asiatique. La réponse tient en quatre points: les JO, une patineuse américaine, des mangas et une pub pour Konica.

En 1964, l'équipe féminine de volley japonaise remporte la médaille d'or devant leur public durant les Jeux olympiques. Ce sport connaît alors un boum dans l'archipel. Le divertissement suit et les premiers mangas sur le volley débarquent. L'un deux, Sain wa V! (Le V est notre signe en VF) rencontre un franc succès à partir de 1969. Série télé puis film, Sain wa V! commence à intégrer le signe V dans les consciences nippones.

Puis tout s'accélère lors des Jeux olympiques d'hiver de 1972 qui se déroulent à Sapporo au Japon. Une jeune patineuse américaine, Janet Lynn, est alors favorite pour le titre. Les Japonais en sont dingues, toujours souriante, l'Américaine enchaînent les signes V lorsqu'elle est prise en photo.

Mais une chute lors de son programme la prive de son rêve olympique. Pourtant, elle continue de sourire durant toute la compétition, une attitude qui va lui valoir encore plus de fans dans l'archipel. Elle se souvient pour Time:

«Les jours suivants je ne pouvais plus aller nulle part sans être suivie par une foule. J'avais l'impression d'être une rock star, les gens me donnaient des choses, essayaient de me serrer la main.»

Le coup de grâce est porté par Jun Inoue, chanteur du groupe à succès The Spiders jusqu'en 1971 puis comédien. En apparaissant dans une publicité pour un appareil photo où il répète le signe V, il ancre la pratique.

Pour Jason Karlin, professeur à l'Université de Tokyo spécialisé dans l'analyse des médias japonais, interrogé par Time, cette pratique est avant tout «un témoignage de la puissance des médias et surtout la télévision, dans le Japon de l'après-guerre, pour propager de nouvelles coutumes et de nouveaux goûts». Mais il s'accorde aussi sur autre chose:

«Le signe V est toujours considéré une bonne technique pour les filles de rendre leur visage plus petit et plus mignon.»

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