Santé

Alcoolisme: le bracelet mouchard débarque en Angleterre

Temps de lecture : 3 min

Venu des Etats-Unis, le «bracelet-sobriété» dose en permanence l'alcoolémie et alerte la police en cas de surdose. Les alcooliques sont-ils des malades ou des délinquants?

Un Pub en Ecosse. REUTERS
Un Pub en Ecosse. REUTERS

Il se nomme Augustine Apraku, 24 ans. Père de deux enfants en bas âge il est déménageur. A Londres. A son corps défendant il vient d’entrer l’histoire de la lutte contre la maladie alcoolique: Augustine Apakru vient d’être condamné à participer à un essai clinique d’un genre un peu particulier; un essai non randomisé et qui n’a rien du double aveugle.

C’est aussi un essai lancé à grand renfort de publicité. Augustine Apraku s’est retrouvé, jeudi 31 juillet, confronté à une meute de journalistes: il devenait le premier Britannique condamné à porter un bracelet électronique dosant l’alcoolémie. Tous les détails pratiques ont été donnés par les médias britanniques (comme le London Evening Standard). Le bracelet est menotté à l’une des deux chevilles. Un système de testeur analyse deux fois par heure l’alcoolémie via la sueur. En cas de résultat positif une alarme est lancée à un centre de contrôle puis la police (et la justice) est informée. La suite (amendes, emprisonnements etc...) est facile à imaginer.

Une méthode économique et efficace

Augustine Apraku plaidait coupable (une affaire assez complexe de rixe et d’insultes arrosées). Il a aussitôt déclaré à la presse qu’il n’était pas un alcoolique mais que, somme toute, il était heureux d’être le premier cobaye de cette expérience grandeur nature. Il estime que le système «bracelet-sobriété» est préférable aux travaux d’intérêt général. Un système qui, explique-t-il, à l’avantage de le laisser en «liberté». Le seul inconvénient, selon lui, est l’interdiction de prendre des bains: seules les douches sont autorisées. Et la contrainte ne durera que vingt-quatre jours.

Cette initiative a été lancée par Boris Johnson, la maire de Londres. Plusieurs tribunaux (ceux de Croydon, Lambeth, Southwark et de Sutton) pourront prononcer ce type de peine expérimentale pendant un an. Cent-cinquante buveurs pourront se voir imposer des «exigences d'abstinence et de surveillance» en matière d’alcool. Boris Johnson voit là une méthode à la fois plus économique et plus efficace de lutter contre les multiples conséquences de l’alcoolisme. Si l'essai est concluant l’expérience sera prolongée et étendue à l’ensemble du Royaume-Uni.

Cette expérience s’inscrit dans le cadre la conséquence d'une loi de 2012 qui autorise la justice à «interdire toute consommation d'alcool» pendant une certaine période aux personnes arrêtées en état d'ébriété manifeste. Ces personnes doivent alors se présenter régulièrement auprès de la police pour se soumettre à des tests biologiques indiquant ce qu’il en est des imprégnations alcooliques.

Résultats mitigés aux Etats-Unis

Pour l’heure l’expérience ne concerne pas les personnes souffrant d’une grande dépendance à l’alcool et connues des services de police.

«Nous visons les personnes qui exagèrent un peu trop un vendredi ou samedi soir, et se retrouvent dans des délits liés à l'alcool, par exemple des bagarres, a expliqué le maire de Londres. Plutôt que de les emprisonner, on peut les aider avec cet appareil. Je crois que c'est moins cher et plus efficace

L’une des questions soulevées est celle de l’efficacité de ce procédé sur les niveaux ultérieurs de consommations et sur la prévention des conséquences socio-économiques de la maladie alcoolique. Cependant, l'efficacité de ces bracelets électronique est loin d'être prouvée. Les résultats obtenus aux Etats-Unis (où l’usage des «bracelets sobriété» est autorisé depuis plusieurs années) sont pour le moins mitigés. A Londres (où le lobby des fabricants de boissons alcooliques est silencieux) les associations de lutte contre l'alcoolisme ne sont pas a priori opposées.

«C'est une bonne idée, qui vaut la peine d'être essayée, mais pour que cela fonctionne de façon efficace, il est important que les gens aient accès à des traitements pour résoudre leur problème de boisson», estime-t-on auprès de la très dynamique association Alcohol Concern.

En France la question ne semble pas, pour l’heure être posée. Elle soulèverait sans doute immanquablement des questions de nature éthique relatives aux droits de l’homme. Fléau alcoolique ou pas, la France est nettement moins pragmatique que le Royaume-Uni. On peut le regretter. Ou s’en féliciter.

Jean-Yves Nau Journaliste

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