Israël a gagné sur le plan militaire et perdu sur le plan diplomatique, une habitude

Char israélien à la frontière de Gaza. REUTERS

Char israélien à la frontière de Gaza. REUTERS

Benjamin Netanyahou doit saisir l'occasion pour avancer avec l'Autorité Palestinienne vers la création d'un Etat.

Il ne fait aucun doute pour Israël et pour les experts étrangers qu’Israël a gagné la guerre sur le terrain grâce aux énormes moyens militaires mis à la disposition de Tsahal et à l’esprit de combativité de ses soldats. En revanche, cette fois encore, comme à l’occasion de tous les conflits avec les États arabes, il est pratiquement certain de perdre la bataille diplomatique.

Un Hamas rejeté

Pourtant le Hamas n’est pas une organisation franchement aimée parce qu’elle représente un parti islamiste dur, borné et intolérant, même face à ses propres habitants. Il refuse de modifier sa charte antisémite dont l’objectif persiste à vouloir éradiquer le peuple juif. Mais il dispose d’une politique médiatique qui a fait ses preuves. Il fait d’abord croire que Gaza n’est pas peuplé d’hommes, encore moins de combattants, mais uniquement de femmes et d’enfants qui subissent, intentionnellement selon lui, les coups de l’armée israélienne. Il cherche à attirer la pitié du monde occidental et sa sympathie. Il sait qu’il n’a aucun moyen de gagner une guerre sur le terrain mais sa vocation terroriste implique qu’il doit satisfaire ses militants en les impliquant régulièrement dans une guerre pour maintenir en eux l’esprit de combativité.

Israël n’a jamais su exploiter ses victoires même s’il n’est pas responsable d’avoir provoqué la guerre. Sûr de son droit, il n’en a cure dès lors que son gouvernement est assuré du soutien de la très grande majorité de sa population, des Juifs du monde entier et surtout de celle du Congrès des États-Unis. La «hasbara» ou propagande a toujours été défaillante en Israël parce que le pays estime qu’il n’a pas à se justifier lorsqu’il est dans son droit en protégeant sa population. Et l'histoire a enseigné aux juifs qu'ils ne peuvent surtout pas se permettre de confier leur sécurité à d'autres.

Extrême-gauche française

En revanche la propagande arabe est efficace et bénéficie des relais de l’extrême-gauche notamment française, prompte à démontrer qu’Israël est un pays d’apartheid même si les Arabes israéliens jouissent de tous les droits des citoyens et disposent de 11 députés sur 120 à la Knesset. Le pays a été diabolisé et délégitimé grâce à un amalgame entre les Arabes de Cisjordanie qui subissent une situation censée être temporaire et ceux des minorités d'Israël, comme les Druzes, les Arabes et les Bahaïs qui sont des citoyens israéliens à part entière. Cette propagande a réussi à justifier le droit au retour de millions de réfugiés arabes. Ils sont pourtant évalués par les historiens à 400.000 en 1948 lors de la création de l'Etat d'Israël par l'ONU.

Pour mettre en exergue l’action israélienne contre les civils, aucun chiffre de morts de combattants n’est jamais fourni tandis que le Hamas impose l’enterrement des combattants durant la nuit, loin des regards de la presse internationale. De même les milliers de tirs de roquettes contre Israël sont passés sous silence parce que la défense israélienne en a minimisé l’impact.

Les manifestations anti-israéliennes dans le monde attirent des centaines de milliers de manifestants alors que les morts en Syrie et en Irak sont considérés comme négligeables car faisant partie d’une guerre intestine. Les cris de «Mort aux Juifs» ne semblent pas avoir choqué. En revanche les manifestations pro-israéliennes, très parsemées, recueillent peu de succès car elles sont organisées par des groupements juifs déjà convaincus.

Poursuite de la guerre

La poursuite de la guerre indispose le monde occidental en raison des nombreux morts civils et des destructions d’habitations. C’est pourquoi Benjamin Netanyahou est forcé de mettre un terme à ses opérations militaires contre l’avis des militaires et des partis nationalistes de sa coalition. Il a mesuré le danger de perdre la sympathie des Américains qui ont condamné la destruction d’une partie de la centrale électrique de Gaza. Le président du CRIF, Roger Cukierman, a vu juste lorsqu’il affirme que «l'attitude du public est guidée par les images de bébés palestiniens à la télévision, ce qui rend les gens très en colère».

Mais l’inquiétude du gouvernement israélien provient aussi des nombreux appels au boycott lancés en Europe et qui sont ravivés avec cette nouvelle guerre. Ainsi les fruits de la société Tesco, en provenance d’Israël, sont retirés de la vente dans les supermarchés d’Europe sous prétexte qu’ils peuvent provenir des implantations. Par ailleurs, de crainte d’indisposer les pays arabes, des organisations financières internationales ont décidé de se désengager de produits financiers israéliens. Le fond de pension hollandais PGGM de la Danske Bank a vendu toutes ses participations israéliennes tandis que Vitens, la compagnie d’eau des Pays-Bas a rompu ses accords avec Mékorot, producteur d’eau en Israël.

Initiative politique

Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a les moyens de redresser la situation diplomatique en reprenant l’initiative, en position de force, celle du vainqueur militaire. Il sait que le Hamas, qui avait été complètement écarté du monde politique, est le gagnant de cette guerre malgré l’éradication de ses moyens militaires puisqu’il est à nouveau accepté à la table des négociations. Il doit reprendre à son compte son discours de 2009 à l’université Bar Ilan où il prônait le principe de «deux États pour deux peuples», certes du bout des lèvres. Il ne peut ignorer qu’il risque de perdre les avantages que l’Union européenne lui concède en lui permettant d’être le seul pays non européen à participer au grand projet de recherche Horizon 2020. L’Allemagne de son côté distribue sans limite, à tous les Israéliens, un permis de travail de six mois. Il doit renouer en force avec les Occidentaux en faisant un geste généreux.

D’ailleurs la ministre de la Justice, Tsipi Livni, a déjà déclaré qu'Israël «avait maintenant l'occasion de faire avancer une solution politique. Nous devons changer dans la bande de Gaza. Cela pourrait être par des accords internationaux qui traitent de la démilitarisation et le retour de de Mahmoud Abbas dans la bande de Gaza».

Benjamin Netanyahou ne peut pas continuer à gagner du temps s'il veut sortir de la logique d'une guerre de Cent ans.

L’ancien ambassadeur israélien en France, Nissim Zvili, a plusieurs fois martelé  que «plus des deux tiers des Juifs qui vivent en Israël, sans parler de la minorité arabe qui soutiendra très certainement un accord, sont conscients du fait que le conflit ne pourra prendre fin que dans le cadre d’un accord politique reconnaissant la création d’un État palestinien, accord qui nécessitera des concessions très importantes».

Benjamin Netanyahou ne peut ignorer que beaucoup de Juifs libéraux américains sont opposés aux implantations et sont inquiets de la montée du nationalisme religieux. Le groupe JStreet, fondé en 2008 par d’anciens fonctionnaires de Bill Clinton et de Barack Obama, refuse d’accepter de manière inconditionnelle la politique israélienne et n’hésite plus à en faire la critique.  Les Chrétiens évangélistes, dont l’idéologie est fondée sur la conviction biblique que Dieu a accordé la Palestine aux Juifs et sur la lutte commune contre le terrorisme et l'islam politique, commencent à faire sécession. Certains jeunes évangélistes montrent à présent de la sympathie pour la cause palestinienne.

Israël devra donc changer sa politique s’il ne veut pas se retrouver dans la situation où, attaqué en plein jour de Kippour en 1973, il a été accusé des pires maux parce qu’il en est sorti vainqueur. La totalité des pays africains, et quelques pays sud-américains, avaient alors rompu les relations diplomatiques. Certains pays, comme le Sénégal, envisagent déjà à présent une rupture diplomatique à moins que Netanyahou ne change la donne politique. Il peut le faire et a des atouts. Il bénéficie déjà d’une alliance de fait avec trois pays arabes «modérés», la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Égypte et il doit en tenir compte s’il veut mener avec eux le combat contre les djihadistes. Le salut ne pourra provenir que de décisions politiques ambitieuses, radicales et douloureuses. Le moment est venu.

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