Culture

Art: les citernes des toits de New York s’exposent

Anne de Coninck, mis à jour le 03.08.2014 à 15 h 25

Un nouveau projet artistique a vu le jour à New York, transformer une centaine de citernes en bois, dressées sur les toits des immeubles, pour promouvoir et défendre les enjeux liés à la qualité de l’eau.

Citerne recouvert par la photographe Laurie Simmons

Citerne recouvert par la photographe Laurie Simmons

C’est un projet artistique qui mêle art contemporain et cause humanitaire: transformer une centaine de citernes en bois, dressées sur les toits des immeubles de New York, pour promouvoir et défendre les enjeux liés à la qualité de l’eau. Ces spectaculaires citernes circulaires en frêne et en cèdre existent depuis plus de 150 ans. Elles font partie du paysage de la ville et attirent les regards, notamment des artistes.

La première citerne transformée par la photographe américaine Laurie Simmons, vient d’être dévoilée le 30 juillet à Manhattan au coin de la 29ème rue et de la 11ème Avenue à Chelsea, au cœur du quartier des galeries.

Une campagne pour la qualité de l'eau

Mais le projet a bien failli ne jamais voir le jour, tant la mise en route a été laborieuse. Pas moins de quatre années entre la première ébauche, le lancement de la fondation Word Above the Street et la première citerne transformée. Mary Jordan est à l’origine du projet. Réalisatrice de documentaire, en 2007 alors qu’elle est en tournage dans un village en Ethiopie elle tombe malade, sans doute à cause de la qualité de l’eau. Très affaiblie, elle est incapable de poursuivre son travail. Elle sera soignée par les villageois. Guérie, elle leur promet de faire quelque chose, pour alerter le plus grand nombre sur les problèmes sanitaires récurrents dus à la qualité de l’eau en Afrique et ailleurs. Aujourd’hui encore, elle ne peut donner un nom au mal qui l’a atteint, mais elle en est sûre de son origine: la qualité de l’eau.

De retour à New York, Mary Jordan lance diverses actions pour promouvoir son idée: création d’une fondation ainsi qu’une application marquant les emplacements des fameuses citernes en bois dans toute la ville. Elle contacte aussi des artistes et des étudiants d’écoles d’art. Son idée est de décorer les citernes sur les toits des immeubles afin d’en faire des supports à sa campagne de sensibilisation. Elle voit grand puisqu‘elle envisage alors d’utiliser 300 citernes dans des lieux les plus emblématiques de la ville. Les New Yorkais et les touristes n’auront qu’à lever les yeux pour mesurer les enjeux de la qualité de l’eau. Dans les pays en développement, 80% des maladies viendraient de la consommation d’eau non potable, des problèmes d’assainissement et d’installations sanitaires défectueuses.

Mais entre la mise en route du projet en 2010 et sa concrétisation quatre longues années ont été nécessaires. Déjà au printemps 2012 la première annonce parlant du projet avait suscitée bien des curiosités. En 2013, le projet avait connu un nouvel élan à l’approche des beaux jours … et puis plus rien à nouveau.

Financement difficile

C’est le paradoxe. Tout le monde connaît ces citernes, en faire des supports artistiques crée beaucoup de curiosité, d’envie et le soutien de la communauté artistique. La liste des artistes qui devraient participer au projet est impressionnante: Jeff Koons, Ed Ruska, Jay-Z, John Baldessari, ou encore Maya Lin.

Le financement a eu du mal à se concrétiser en dépit des soutiens de la Fondation Ford, ou de la fondation Agnès Gund, l’ancienne présidente du MoMA. Même la campagne de levée de fonds lancée sur le site participatif Kickstarter n’a pas vraiment été un succès, et a ramassé à peine  53.000 dollars. Mary Jordan en espérait un million de dollars!

La réalisatrice canadienne a tout de même revue ses ambitions à la baisse. Elle voulait couvrir à l’origine près de 300 citernes, désormais, elle espère en recouvrir entre 60 et 100. Il y a plus de 12 000 citernes à New York.

Ce système de citernes plantées sur les toits remonte au milieu du XIXème siècle et était alors systématique pour tous les immeubles de plus de 80 Pieds (24 mètres). Il est encore très utilisé puisqu’aujourd’hui des millions de new yorkais s’en servent tous les jours, sans trop le savoir, pour prendre une douche ou pour boire de l’eau. Réparties sur l’ensemble des quartiers de New York, principalement à Manhattan, Brooklyn ou dans le Queens, les citernes font parties intégrantes du système d’eau potable de la ville, au même titre que les 19 lacs servant de réserves à la ville. Mais ces réservoirs sont loin d’avoir une qualité irréprochable sur le plan sanitaire même si la municipalité dit le contraire.

Problèmes sanitaires

Au début de cette année, le New York Times relevait toute une série de problèmes sanitaires liés à ce système hérité d’un autre âge. Après avoir procédé à ses propres tests, sous l’autorité d’un microbiologiste reconnu, en prélevant de l’eau dans une douzaine de citernes d’immeubles, situées aussi bien à Manhattan que dans le Queens ou à Brooklyn, le journal révélait que les résultats obtenus sur 5 échantillons contenaient la bactérie E coli, et que dans 3 autres, des coliformes avaient été décelées. Des résultats étaient immédiatement contestés par la ville de New York.

Pourtant les doutes existent d’autant que la législation concernant ces citernes est quasi inexistante.

Les propriétaires d'immeubles ne sont pas tenus de présenter de preuve à la ville que des nettoyages et des inspections ont été menés, comme ils le font pour les inspections d'ascenseur ou de chaudière. Jusqu'à tout récemment, ils n'avaient même pas à prouver les inspections à leurs locataires. Seuls 42% des bâtiments étudiés chaque année pourraient fournir la preuve d'un examen bactériologique.

Que trouvent les employés des entreprises de nettoyage? un peu de tout de la boue des sédiments, des animaux morts (oiseaux, souris ou écureuils). Plus étrangement les citernes peuvent parfois aussi servir de piscine l’été ou d’abris, un SDF a été trouvé vivant dans l’espace entre le toit de la citerne et son contenu. Désinfectés ils deviennent alors l’un des meilleurs endroits pour une soirée.

Anne de Coninck
Anne de Coninck (68 articles)
Journaliste
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