Monde

Le Hamas fait la guerre à Israël faute de pouvoir la faire à l’Egypte

Repéré par Eric Leser, mis à jour le 03.08.2014 à 15 h 24

Repéré sur The New York Times, Council on Foreign Relations

Le quartier de Shejala (Gaza) sous le feu israélien le 20 juillet 2014. REUTERS

Le quartier de Shejala (Gaza) sous le feu israélien le 20 juillet 2014. REUTERS

Pour David Brooks, chroniqueur du New York Times, notre compréhension du conflit israélo-palestinien est totalement faussée par le fait que nous sommes restés à une vision des années 1970.

«Elle est fondée sur la supposition que le conflit israélo-palestinien est un combat mené par les deux camps l’un contre l’autre. Elle est fondée sur la supposition que l’horreur peut se terminer seulement si des négociateurs habiles peuvent parvenir à une «percée» et à un chemin menant à un accord sur la coexistence de deux Etats. Mais nous ne sommes pas en 1979…

Ce qui s’est passé, bien sûr, c’est que le Moyen-Orient est entré dans ce que Richard Haass du Council on Foreign Relations a appelé une nouvelle guerre de 30 ans – une série de conflits et de guerres menées par procuration qui peuvent durer des décennies et totalement transformer, les identités, les cartes et les contours politiques de la région».

La guerre de trente ans a déchiré l’Europe de 1618 à 1648. Elle a été marquée par l'affrontement entre protestantisme et catholicisme et entre féodalité et absolutisme. Le conflit a a opposé le camp des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire germanique, soutenus par l’Église catholique romaine, aux États allemands protestants du Saint-Empire, auxquels étaient alliées les puissances européennes voisines à majorité protestante, Provinces-Unies et pays scandinaves et aussi la France même si elle était catholique.

«C’est une région détruite par les affrontements religieux entre différentes fois. Le conflit est aussi entre extrémistes et modérés alimenté par les gouvernants voulant défendre leurs intérêts et accroître leur influence. Les conflits sont entre Etats et à l’intérieur des Etats, les guerres civiles et les guerres par procuration deviennent impossibles à distinguer. Les gouvernements souvent abandonnent le contrôle à des milices qui opèrent à travers plusieurs frontières. Les pertes en vie sont dévastatrices et des millions sont sans-abris».  Ce texte de Richard Haass pourrait être une description du Moyen-Orient, en fait c’est celui de l’Europe dans la première moitié du 17ème siècle.

L’affrontement entre chiites et sunnites, en Irak, en Syrie, au Liban atteint un niveau sans précédent. Celui entre les régimes arabes autoritaires et islamistes est également d’une ampleur jamais vue. Près de 200 000 syriens ont été tués dans une guerre civile atroce.

L’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, l’Egypte sont au cœur d’un affrontement interne au monde sunnite. L’affrontement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran pour l’hégémonie régionale et dans une course à l’armement ne cesse de grandir.

Et ces convulsions sont à l’origine de nombreux conflits, y compris celui entre le Hamas ey Israël à partir de Gaza.

Les autoritaires et les islamistes ont mené depuis trois ans une bataille acharnée et meurtrière pour le contrôle de l’Egypte. Après la printemps arabe, les Islamistes (les Frères Musulmans) ont pour un temps pris le dessus, mais quand l’armée a repris le pouvoir la répression a été sanglante et 95% des tunnels entre Gaza, dirigé par le Hamas issu des Frères Musulmans égyptiens, et l’Egypte ont été fermés. Une décision qui a mis le Hamas dans une situation impossible et a conduit à la guerre avec Israël.

Pour Richard Brooks, «La décision égyptienne était volontairement économiquement dévastatrice pour le Hamas qui retirait 40% de ses revenus des taxes sur les biens qui passaient dans ces tunnels. Un économiste a évalué les pertes à 460 millions de dollars par an, un cinquième du Pib de Gaza. Le Hamas avait donc besoin de mettre fin au blocus, mais il ne pouvait attaquer l’Egypte et a donc attaqué Israël. Si le Hamas  peut en sortir comme le combattant héroïque dans un défi à mort contre l’Etat hébreu, si les télévisions arabes sont pleines de civils palestiniens tués, alors l’outrage public sera tel qu’il contraindra l’Egype a lever le blocus. Moussa Abou Marzook, chef-adjoint de l’aile politique du Hamas, a donné les clés en rejetant une offre de cessez-le-feu il y a quelques jours en posant cette question : «que sont 200 martyrs en comparaison de faire lever le siège?».

Cette guerre est aussi un affrontement par procuration. La Turquie et le Qatar soutiennent le Hamas et espèrent ainsi marquer des points contre leurs rivaux égyptien et saoudiens qui souhaitent eux une défaite du camp islamiste. Le conflit israélo-palestinien est devenu un autre élément non pas d’un choc des civilisations, mais d’un combat au sein même de la civilisation arabo-musulmane sur son avenir.

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte