Et pourquoi pas un salaire maximum?

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Numbers And Finance / reynermedia via Fickr licence by

L’idée de combattre les inégalités en créant seulement un revenu minimum inconditionnel fait penser à l’histoire du baron de Münchhausen, cet officier allemand qui, au XVIIIe siècle, prétendit sortir d’un marécage en tirant sur ses propres lacets.

Le professeur d’économie à l’université d’Oxford Simon Wren-Lewis remarque en effet sur son blog que l’attention des médias et des économistes se concentre souvent exclusivement sur le thème du revenu minimum, ce qui lui semble vain, alors que l’accroissement des inégalités aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne résulte de l’augmentation beaucoup plus rapide que la moyenne des 1% des plus hauts revenus –comme ce tableau du High Pay Centre en atteste.

Quelques chiffres suffisent encore à s’en convaincre. D’après le dernier rapport du High Pay Center, publié à la mi-juillet 2014, en Grande-Bretagne, entre le début des années 1980 et 2012, le revenu annuel d’un PDG d’une des cent entreprises britanniques les mieux capitalisées cotées à la bourse de Londres (FTSE 100) est passé d’environ 200.000 livres à 4,3 millions de livres. En 1980, un de ces grands patrons gagnait 20 fois plus que la moyenne des travailleurs britanniques, en 2012 c’est 160 fois plus. D’où la question que pose l’économiste Simon Wren-Lewis:

«Pourquoi ne pas avoir un revenu maximum?»

Selon lui, l’augmentation exponentielle des revenus des PDG britanniques et américains, qui sont même plus élevés que ceux de leurs pairs en Europe, est liée à la quasi-absence d’impôt sur les hauts revenus depuis les années 1980 dans ces deux pays. C’était la conclusion d’une étude des économistes Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Stefanie Stantcheva publiée en 2011.

Pour corriger les déséquilibres du marché, une solution pourrait donc consister à «rehausser les taux d’imposition sur les hauts revenus». Mais le gouvernement britannique dirigé par le conservateur David Cameron a préféré donner plus de pouvoir aux actionnaires des entreprises, en espérant qu’ils votent pour diminuer les salaires des dirigeants, mais cela n’a été le cas dans aucune des entreprises du FTSE 100 jusqu’à présent, d’après le High Pay Centre.  

Reste l’idée du salaire maximum.

Il s’agirait pour l’économiste britannique de «plafonner le plus haut revenu à un multiple du revenu le plus bas». C’est ce qui avait été soumis à un référendum en Suisse en novembre 2013: la limitation des salaires des patrons à douze fois le salaire le plus bas de leur entreprise. Cette proposition avait été rejetée par 65% de voix, mais 35% l’avaient tout de même soutenue. Dans le champ politique en France, cette idée avait été revendiquée par le Front de gauche en 2012, qui voulait fixer le salaire maximum à vingt fois le salaire le plus bas de l’entreprise.

Pour compléter l’inventaire des solutions qui vont dans ce sens pour lutter contre les inégalités, Simon Wren-Lewis invoque une «idée géniale» qui consiste à «lier le salaire maximum au salaire minimum, ce qui donnerait aux PDG une incitation à défendre des salaires minimum plus élevés!».

L’économiste soupçonne ses pairs d’être réticents à ces idées en raison du mauvais souvenir qu’ils gardent de l’époque où les gouvernements fixaient des «salaires justes». Pourtant, d’après lui, «le salaire maximum serait juste le pendant du salaire minimum». Sans lui, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis pourront continuer de tirer sur leurs lacets perpétuellement, il semble peu vraisemblable qu’ils parviennent à s'extirper du marécage des inégalités.

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