Sports

Une balle, quatre raquettes, quatre murs et quatre joueurs: ni tennis, ni squash, succombez au padel

Yannick Cochennec, mis à jour le 12.08.2014 à 9 h 37

Olivier Giroud et Jérémy Toulalan ont décidé d’investir dans le padel, très en vogue en Espagne. La Fédération française de tennis leur a emboîté le pas.

A Sophia Antipolis, sur les hauteurs de Nice, le Real Padel Club vous accueille tous les jours, de janvier à décembre (entre 9h et 23h à la belle saison à 7 euros de l’heure), sur les quatre courts extérieurs dédiés à une discipline qui pourrait prendre son essor dans les prochaines années: le padel.

Parmi les professeurs de cet endroit haut perché, dont Patrick Mouratoglou, l’entraîneur français de Serena Williams, vient de faire l’acquisition dans le cadre du rachat d’un vaste complexe sportif, figure Robin Haziza, 30 ans, champion de France de padel en titre (avec Jérémy Ritz).

«Ce soir, nous sommes complets de 16h à 23h, glisse-t-il depuis ce club créé en 2012. Et nous l’étions encore un peu plus tôt lors de tranches horaires plus matinales

Le padel? Un «petit» sport qu’il ne faudrait donc peut-être plus prendre à la légère. Comme l’expliquait Tennis Magazine, début juillet, la Fédération française de tennis (FFT), forte de son million de licenciés, mais soucieuse aussi de stopper l’érosion du nombre de ses pratiquants, a décidé, en effet, de s’intéresser sérieusement à cette discipline en ayant obtenu l’agrément du ministère des Sports qui lui a confié la responsabilité de «gérer» le padel jusqu’au 31 décembre 2016 par le biais d’une délégation.

Une histoire ancienne

Cette mise sous tutelle est consécutive à de nombreuses luttes de pouvoir à la fois intestines et assassines qui ont récemment affaibli la gouvernance du padel qui s’est peut-être trouvé avec la puissante et riche FFT la «maison» aux solides fondations qui lui manquait à l’image du beach tennis désormais couvé par la même FFT.

Cependant, contrairement au beach tennis, le padel n’est pas une invention récente liée à une mode qui se serait développée en marge des sports traditionnels.

Son histoire est longue et pleine de soubresauts. Son origine daterait de la fin du XIXe siècle quand les occupants de bateaux britanniques, pour tuer le temps, se renvoyaient une balle sur un terrain de fortune délimité par des caisses.

Bien plus tard, il se serait offert des lettres de noblesses et un avenir en 1974 du côté d’Acapulco, au Mexique, lorsque Alfonso de Hohenlohe, un prince espagnol, rendit visite à un ami industriel mexicain, Enrique Corcuera, qui avait construit un court de tennis en réduction en ayant érigé des murs tout autour comme un squash en plein air.

Séduit, ledit prince Alfonso de Hohenlohe en a bâti un à son tour dans sa résidence de Marbella, en Espagne, où vivait Manuel Santana, ancien vainqueur de Wimbledon et de Roland-Garros. Ce dernier a ensuite fait la promotion de ce «nouveau» sport de raquette pris au cœur d’une véritable mode en Espagne et dans les pays d’Amérique latine dans les années 1980. Au point que le padel, en Espagne, compte aujourd’hui plus de pratiquants que le tennis avec un réservoir de trois à quatre millions de joueurs à l’instar de José-Maria Aznar, l’ancien Premier ministre.

Comment joue-t-on?

Le World Padel Tour, le circuit professionnel, bat d’ailleurs actuellement son plein de l’autre côté des Pyrénées avec des étapes prévues aussi au Portugal, en Argentine et à Dubaï jusqu’à la grande phase finale à Madrid, en décembre.

«Madrid, c’est le sommet de l’année devant des milliers de spectateurs, raconte Franck Binisti, cheville ouvrière de Padel Magazine et joueur lui-même. Chez les hommes, les rois, comme on les surnomme, sont l'Espagnol Juan Martín Díaz et l'Argentin Fernando Belasteguín qui survolent presque la compétition depuis plusieurs années.»

Les règles du padel sont les suivantes.

Sur un court de 20m de long et 10m de large entouré de quatre murs de verre d’une hauteur de quatre mètres, deux paires de deux joueurs (le padel se joue en double même s’il est possible de le pratiquer en simple à l’entraînement ou pour le plaisir) s’affrontent selon des règles presque voisines du tennis.

Le système de comptage des points est le même et une partie se dispute en deux sets gagnants.

Seules différences, le service se fait obligatoirement à la cuiller et les murs, comme au squash, font effet de jeu sachant que la balle ne peut rebondir sur le sol qu’une fois.

Le matériel est également différent: la raquette, d’une valeur d’environ 70 euros pour des modèles de bonne qualité, n’a pas de cordes, est percée de trous et ressemble à une sorte de tambour tandis que la balle dite «intermédiaire» est légèrement dépressurisée par rapport à une balle de tennis classique.


 

Créateur de Padel Attitude à Lesquin, près de Lille, l’un des trois clubs majeurs de padel existant en France avec celui de Sophia Antipolis et la structure montée par Henri Leconte à Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence, Pascal Duhamel, associé à Thibault Nollet, est presque surpris des premières retombées du lancement de son club au début de l’été.

«Ce deux contre deux très ludique plaît beaucoup, note-t-il. On s’aperçoit que c’est un sport plus mixte qu’on l’avait peut-être imaginé car il est possible de le pratiquer en couple. Et ceux qui découvrent le padel ne viennent pas forcément d’autres sports de raquette comme le tennis ou le squash.»

A Lesquin, six courts (cinq intérieurs, un extérieur) ont été construits sachant que le coût d’un seul court tapissé de gazon synthétique, la surface officielle du padel, se situe entre 25.000 et 30.000 euros.

A Sophia Antipolis, par l’entremise d’un ami commun, Robin Haziza a pu, lui, compter sur le concours de deux investisseurs connus en la personne des footballeurs Olivier Giroud et Jérémy Toulalan qui ont mis de l’argent dans l’aventure et se passionnent désormais pour la discipline.

«Didier Deschamps est venu jouer ici, sourit Robin. Et il dit désormais que le padel est son deuxième sport préféré après le football

Henri Leconte est, lui, tombé «dingue» de ce sport après une rencontre avec Manuel Santana à Marbella.

«C’est un sport ludique, tactique car il ne faut pas taper fort contrairement à ce que l’on pense, explique-t-il sur une vidéo YouTube. C’est surtout spectaculaire comme le montrent les tournois professionnels en Espagne et en Argentine J’adore ce sport qui me permet de rester en forme et de m’amuser en famille.»

Désormais aidé par la FFT, le padel, qui rassemble effectivement beaucoup de familles en Espagne sur des terrains bâtis au cœur des cités d’habitation, devrait donc, en principe, croître dans un climat plus serein que précédemment.

En progression depuis un an

C’est du moins ce qu’espère Franck Binisti qui, avec plaisir, voit émerger ici ou là, au-delà des clubs entièrement dédiés au padel, des courts intégrés à des clubs sportifs comme au Mas, à Perpignan, ou à Sannoy, en région parisienne.

«Depuis un an, il y a comme un coup de booster, note-t-il. Nous sommes encore très loin de l’Espagne ou de l’Argentine qui est le pays qui a le plus de paires dans le top 10 mondial, mais comme la FFT semble vouloir aller vite pour créer notamment un calendrier de compétitions, nous pouvons être optimistes.»

Avec 3.000 pratiquants plus ou moins recensés en comparaison avec les prétendus trois ou quatre millions de joueurs espagnols, il n’y a évidemment pas encore de «match», mais les quelque 700 joueurs réguliers de Sophia Antipolis (dont 30% de femmes) prouvent que le potentiel existe.

Un conseil: si vous êtes droitier, choisissez de préférence un partenaire gaucher pour vous épauler. Combinaison, semble-t-il, «mortelle» au padel à l’image des «intouchables» Juan Martin Diaz et Fernando Belasteguin.

 

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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