Santé

Aux Etats-Unis, les armes à feu sont aussi une question médicale. Dont les médecins de Floride ne peuvent pas parler

Temps de lecture : 2 min

REUTERS / Ina Fassbender
REUTERS / Ina Fassbender

En Floride, il est illégal pour un médecin de demander à ses patients s’ils possèdent des armes à feu (sauf dans quelques cas extrêmes, comme un patient suicidaire).

Cette loi a été adopte en 2011 après des plaintes de plusieurs clients qui ont trouvé que ce genre de question constituait une atteinte à leur vie privée. Ce texte, constesté, vient d'être confirmé en appel par un juge.

Ainsi, un médecin qui ferait un petit discours de prévention sur comment bien stocker une arme dans une maison avec des enfants, pourrait perdre sa licence médicale et payer une amende allant jusqu’à 10.000 dollars, rappelle le CS Monitor.

Vu de France, on peut s’étonner que la question des armes à feu soit considérée comme un problème médical, mais les spécialistes américains parlent à ce sujet d’«épidémie de violence», et le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies fait régulièrement des recherches sur les armes à feu.

Dans le New York Times, le professeur de pédiatrie Aaron Carroll explique pourquoi il s’agit aussi d’une affaire de santé au niveau le plus basique:

«Quand un pédiatre pose une question sur les casques de vélo pour enfants ou les sièges auto, il fait de la prévention. Quand il demande comment votre enfant dort, il fait de la prévention. Et quand il pose des questions sur les armes à feu, c’est une autre manière de faire de la prévention.»

Des études montrent en effet que la majorité des propriétaires d’armes ne mettent pas leurs pistolets à l’abri dans des tiroirs fermés à clé. Et 10% d’entre eux laissent leur arme chargée traîner dans la maison.

Régulièrement aux Etats-Unis, on entend des histoires d’enfants de 3 ans qui se tuent avec l’arme que leurs parents ont laissé par terre dans le salon…

L’Association des médecins américains (American Medical Association) encourage donc officiellement les docteurs à poser des questions à ce sujet, un peu comme un médecin qui parlerait de tabac ou de maladies sexuellement transmissibles.

Vu le contexte, cette injonction à parler des armes semble pertinente. En 2009, près de 7.400 enfants ont été hospitalisés pour des blessures liées aux armes à feu. Une récente enquête du New York Times a montré que depuis 1999, 259 enfants avaient été tués dans de tels accidents, même si dans les statistiques officielles, ces morts sont comptabilisées comme des homicides.

En 2012, une juge de Miami avait conclu que la loi limitant les sujets de conversation des médecins était anticonstitutionnelle, car il s’agissait d’une violation de leur liberté d’expression.

Précisons qu’il restait bien évidemment possible pour un patient de dire à son médecin qu’il n’avait pas envie de répondre. Interdire aux médecins de simplement poser la question est un niveau de protection de la «vie privée» incroyablement élevé dans ces circonstances.

En appel, un autre juge a pourtant maintenu la légalité de la loi en arguant qu’il ne s’agissait que d’une «régulation légitime de la pratique médicale».

Le droit à la liberté d’expression (protégé par le premier amendement) est pourtant sacrosaint aux Etats-Unis, et parfois utilisé pour défendre des décisions de justice étonnantes. Par exemple, financer un parti politique est considéré comme une forme d’expression protégée par la Constitution. De même, le droit de crier des slogans anti-avortement –même mensongers– devant des cliniques est aussi protégé par le premier amendement.

Mais en Floride, il est pour l’instant possible d’empêcher un docteur de parler d’armes à feu dans son cabinet. Cette décision sera probablement remise en question par un autre tribunal, peut-être même par la Cour suprême.

Slate.fr

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