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Comment la novlangue pornographique est transposée dans la vie courante: «Sommes-nous tous des tags sur YouPorn?»

Temps de lecture : 2 min

Selon un article de la revue française des Sciences de l'information et de la communication, les mots-clés des sites pornos témoignent d'une volonté de créer un Kâma-Sûtra infini des pratiques des sites pornos. Mais ces «tags» finissent par échapper aux plateformes web qui les ont créés.

«Il n’est pas si aisé de pouvoir mettre des mots sur des désirs.» Dans un intéressant article paru en juillet dans la revue française des sciences de l’information et de la communication, «Les tubes de la pornosphère: des logiques documentaires entre information et déformation», le chercheur Olivier Le Deuff s’intéresse à l’indexation des vidéos, une pratique d'archivage qui permet de faciliter les recherches thématiques souvent très précises des internautes.

Ces termes clés par lesquels les internautes naviguent sur les sites pornos sont appelés des tags: ce sont des étiquettes qui renseignent sur le contenu d’une vidéo: les pratiques sexuelles, les types de personnages, éventuellement le «scénario». Par exemple, les tags les plus populaires dans le monde sont «teen» (adolescente), «milf» et «massage», si l’on en croit le site Pornmd qui agrège les tags les plus recherchés sur les principaux sites.

Or cette obsession des «tags», qui ont l’ambition d’être «parfaits», pose quelques questions sur notre rapport à la chose: la «recherche d’informations par tags suppose qu’il est possible de catégoriser des désirs et donc de pouvoir les exprimer par des mots-clés ciblés», écrit l’auteur.

Cette activité répondrait à l’utopie de disposer d’une bibliothèque universelle, d’un catalogue infini du Kâma-Sûtra des désirs, d'«une médiathèque qui rassemblerait l’intégralité des pratiques sexuelles en accès libre».

«Les différentes dimensions des folksonomies sur les tubes pornographiques». Olivier Le Deuff, «Les tubes de la pornosphère: des logiques documentaires entre information et déformation», Revue française des sciences de l'information et de la communication

Donnons à ces «tags» le nom poétique de pornème, comme le fait l’auteur en référence à de précédentes études. Ces pornèmes ne sont pas si nombreux et, comme en témoigne la liste des plus populaires sur différentes plateformes (tubes) de vidéos, il s’agit d’«un vocabulaire relativement réduit à moins d’une centaine de mots [et qui] permet de catégoriser quasiment l’ensemble des vidéos et des pratiques sexuelles recherchées».

On lit souvent, sans d’ailleurs trop savoir à quel point les études qui l’affirment sont sérieuses, que les pratiques sexuelles de la pornographie se retrouvent dans l’intimité des relations sexuelles par imitation. Avec les tags, on assisterait à un phénomène similaire:

«Un lexique nouveau et précis qui finit par entrer peu à peu dans le langage courant.»

Cette «novlangue pornographique» est souvent d’origine anglo-saxonne mais n’est pas traduite ni adaptée aux autres cultures nationales, popularisant de ce fait des pornèmes comme «teen» ou «milf».

Pour l'auteur, «les usages des tags et des qualificatifs initialement réservés aux genres pornographiques finissent par se démocratiser au point de devenir présents dans les conversations». De plus, cette «indexation ne porte pas que sur les contenus au final, mais également sur les usagers eux-mêmes». C’est-à-dire qu’aux utilisateurs des sites eux-mêmes sont associés des tags sur leurs requêtes favorites.

«Sommes-nous tous des tags sur YouPorn?», se demande l'auteur. Le vocabulaire technique du porno finira-t-il par qualifier tous les individus? D'ailleurs n'est-ce pas déjà un peu le cas?

Slate.fr

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