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Ebola. 1er août 2014, la guerre africaine est officiellement déclarée

Jean-Yves Nau, mis à jour le 01.08.2014 à 10 h 37

Un sommet régional va être organisé, de l'argent est engagé par l'OMS, des mesures sont prises.

Du personnel médical de MSF, à Kailahun en Sierra Leone, le 20 juillet 2014. REUTERS/Tommy Trenchard

Du personnel médical de MSF, à Kailahun en Sierra Leone, le 20 juillet 2014. REUTERS/Tommy Trenchard

Des images (symboliques). Des mots (puissants). De l’argent (autant que possible). Et le retour des anciens combattants. Aucun doute: ce vendredi 1er août, la guerre contre Ebola est officiellement déclarée. Cela prendra la forme d’un «sommet régional» organisé à Conakry en présence des chefs d’Etat de Guinée, Liberia, Sierra Leone et Côte d’Ivoire. Avec 100 millions de dollars à la clef. L’affaire est rapportée par l’AFP  et par la BBC. Les Etats-Unis ne sont nullement absents comme en témoigne la couverture, remarquable, du New York Times. Sans oublier, grand classique, l’évacuation des Américains infectés.

Le président sierra-léonais Ernest Bai Koroma et son homologue libérienne Ellen Johnson Sirleaf ont renoncé à se rendre au sommet Afrique/Etats-Unis la semaine prochaine à Washington.

100 millions de dollars

Symbole encore: le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé fera le déplacement de Genève-Cointrin à Conakry pour lancer le «Plan contre Ebola». Le Dr Chan d’ores et déjà justifié cette «augmentation des ressources» par «l’ampleur de l’épidémie»: au 27 juillet plus de 1.300 cas, dont 729 mortels, (339 en Guinée, 233 en Sierra Leone et 156 au Liberia).

Ce plan de 100 millions de dollars (75 millions d’euros) vise à déployer «plusieurs centaines» de «travailleurs humanitaires supplémentaires» pour renforcer les «quelques centaines» déjà sur le terrain.

Le Dr Tom Frieden, directeur des CDC américains annonce l’envoi de «cinquante experts en plus dans la région au cours des trente prochains jours». Il estime qu’il faudra, au mieux, de trois à six mois pour enrayer l’épidémie.

Urgences reconductibles

«Devant l’aggravation de la situation, des mesures de précautions se multiplient en Afrique et ailleurs dans le monde», résume l’AFP. Evoquant un «défi exceptionnel», le président sierra-léonais Ernest Bai Koroma Koroma vient de décréter «l’état d’urgence pour nous permettre de prendre des mesures plus fermes», sur une période de 60 joures à 90 jours, reconductible. Il a énuméré une série de dispositions sanitaires parmi lesquelles le placement en quarantaine des foyers d’Ebola, l’escorte des travailleurs sanitaires par les forces de sécurité et des perquisitions pour repérer les malades présumés. Le chef de l’Etat sierra-léonais a également suspendu toutes les réunions publiques, sauf celles consacrées à l’épidémie et renvoyé le Parlement.

Peu auparavant, son homologue du Libéria  avait ordonné la fermeture de «toutes les écoles» ainsi que de «tous les marchés dans les zones frontalières». Ellen Johnson Sirleaf a aussi annoncé la mise en quarantaine de certaines localités, «dont l’accès serait limité aux personnels des services de santé». Elle  a mis «tout le personnel non essentiel» du secteur public «en congé obligatoire de 30 jours» et décidé que ce vendredi serait «chômé pour permettre la désinfection des bâtiments publics».

Etats-Unis, Allemagne, France

Jeudi 31 juillet les autorités américaines et allemandes ont recommandé à leurs ressortissants d’éviter de se rendre dans les trois pays touchés. Le même jour la France y a ajouté le Nigeria, qui a enregistré un premier mort dû au virus Ebola la semaine dernière, un citoyen libérien arrivé en avion à Lagos via Lomé et Accra. Lagos a annoncé jeudi avoir placé deux personnes en quarantaine car elles avaient été en contact étroit avec la victime et 69 autres sont sous surveillance médicale.

La République démocratique du Congo a annoncé de nouvelles mesures sanitaires et les Seychelles ont annulé un match de football avec la Sierra Leone prévu samedi 2 août. Le Kenya et l’Ethiopie, qui abritent deux des plus importantes plateformes aéroportuaires d’Afrique, ont affirmé avoir renforcé leur dispositif. L’Ouganda (un pays touché ces dernières années par des épidémies d’Ebola) assure être en alerte tandis que la Tanzanie évoque des «mesures de précaution».

Le retour de Peter Piot

La guerre, en somme. Et le retour sur scène d’un jeune vieux combattant: le Dr Peter Piot, citoyen belge âgé de 65 ans. Aujourd’hui à Londres (directeur de l’Ecole d’hygiène et médecine tropicale), le Dr Piot a fait des dizaines de fois le tour du monde dans sa participation intensive à la lutte contre le sida. Peter Piot est aussi (on le redécouvre aujourd’hui) l’un de ceux qui a participé à la découverte du virus Ebola. C’était sous l’égide de la coopération belge, en 1976, au Zaïre, l’actuelle République démocratique du Congo.

Que nous dit Peter Piot en 2014? Il impute les difficultés à juguler l’épidémie au fait que la Sierra Leone et le Liberia «sortent de décennies de guerre civile». La guerre, encore elle. Il a déclaré à l'AFP:

«Il y a un manque total de confiance envers les autorités et, combiné à la pauvreté et aux services de santé médiocres, cela donne, je pense, la cause de cette grande épidémie à laquelle nous assistons.»

Il ne nous dit pas encore ce qu’il faut faire, contre Ebola, dans de tels cas.

Texte initialement publié sur le blog de Jean-Yves Nau

 

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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