France

LDJ: la milice en marge de la communauté

Jacques Benillouche, mis à jour le 31.07.2014 à 18 h 00

En février était diffusé à la télévision israélienne un reportage montrant des membres de la Ligue de défense juive française à visage découvert. Une initiative qui pourrait montrer que les autorités israéliennes ne soutiennent pas ce groupuscule.

Des personnes manifestent à l'appel du Mrap, le 8 juillet 2009 devant la librairie Résistances à Paris, pour réclamer l'interdiction en France de la LDJ après l'attaque de la librairie imputée à ce groupe. AFP PHOTO BORIS HORVAT

Des personnes manifestent à l'appel du Mrap, le 8 juillet 2009 devant la librairie Résistances à Paris, pour réclamer l'interdiction en France de la LDJ après l'attaque de la librairie imputée à ce groupe. AFP PHOTO BORIS HORVAT

La chaîne-2 de la télévision israélienne avait projeté, le 27 février, un reportage partiellement en français sur la Ligue de défense juive à Paris. Mais les images sont suffisamment explicites pour être comprises sans dominer la langue hébraïque. Son reporter a été autorisé à filmer à l’intérieur même de cette organisation paramilitaire, un groupuscule sioniste extrémiste français, sans existence légale depuis 2003.

La LDJ se présente comme le «défenseur» de la communauté juive. Elle s’est souvent fait remarquée par ses actions violentes qui ont conduit plusieurs de ses membres à faire l’objet de condamnations. Elle veut suppléer la passivité des organisations communautaires juives françaises face aux groupes antisémites et antisionistes. Le succès de cette organisation est lié à l’évolution de la communauté francophone juive, en France et en Israël, qui bascule de plus en plus vers l’extrémisme de droite, inspiré par le mouvement du rabbin Kach, interdit en Israël, et de la Jewish Defense League interdite aux Etats-Unis.

Motivations obscures

Si l’on comprend la finalité du journaliste israélien qui veut surfer sur le malaise des juifs de France touchés par l’antisémitisme des mouvements islamistes en forte croissance, on ne comprend pas en revanche l’intérêt des dirigeants de la LDJ à permettre une intrusion de la presse à l’intérieur de la Ligue qui est d’ailleurs sur le point d’être interdite par le ministère français de l’Intérieur. A moins que ce ne soit la finalité recherchée par les Israéliens car le reportage manque totalement de discrétion. Si l’on cherchait à faire exploser la Ligue on ne s’y prendrait pas autrement.

Démontrer que les juifs ne sont pas des couards et savent se défendre n’est plus nécessaire depuis 1948, date de la création de l’Etat d’Israël. Le pays a prouvé à de multiples occasions qu’il n’est plus un peuple résigné à la mort sans se défendre. C’est donc un coup d’épée dans l’eau de ce point de vue. En revanche, les membres de la LDJ, qui ont tous accepté d’être filmés à découvert, prennent des risques très importants.

Ils sont à présent fichés par la DCRI, par les extrémistes islamistes et même par les Israéliens qui craignent de les voir un jour faire le coup de poing contre les arabes des territoires de Cisjordanie. Ils sont devenus des cibles faciles sans que cela fasse avancer leur cause. D’ailleurs l’un de leurs chefs, Yossi Ayache, repéré à Paris, ne doit son salut que parce qu’il s’est réfugié en Israël d’où il continue d’ailleurs à diriger ses troupes par téléphone et télévision interposés.

En présentant les jeunes à visage découvert, les dirigeants de la LDJ ont fait prendre des risques énormes à des militants idéalistes, inconscients parfois, dont certains à peine âgés de 16 ans sont mus par un sentiment d’invincibilité depuis qu’ils pratiquent l’art du combat de rue ou le Krav Maga. Ils exploitent chez eux le sentiment sioniste poussé au paroxysme pour leur imposer un entraînement violent en les aspergeant de gaz lacrymogènes pour être prêts à affronter la police.

Ces groupes d’auto-défense ont toujours existé, avant la création de l’Etat d’Israël, dans certains pays arabes pour prévenir tout pogrom, en Tunisie, en Algérie et au Maroc où ils se sont distingués en organisant l’émigration clandestine des juifs interdits de passeports. Ils se forment aujourd’hui en Ukraine pour s’opposer aux néo-nazis. Mais il s’agissait de groupes canalisés et structurés, dirigés souvent par des officiers du Mossad en mission, fonctionnant sur le principe du secret absolu et évitant toute publicité médiatique.

Commandos paramilitaires

Or l’objectif de la LDJ paraît décalé. Certes la communauté juive doit apprendre à se défendre pour protéger ses écoles et ses synagogues en cas d’intrusion d’éléments perturbateurs. Sa responsabilité doit s’arrêter aux portes des édifices car la sécurité dans la rue reste du domaine exclusif de la police nationale ou municipale.

Mais le reportage nous montre des jeunes, au visage non flouté, poussés à faire le coup de poing dans la rue, armées d’objets d’attaque pour aller se mesurer à des extrémistes islamistes qui ne sont pas des enfants de chœur. La vocation première de ces jeunes n’est pas d’aller ouvertement au-devant de combats dangereux pour lesquels ils ne sont d’ailleurs pas suffisamment formés. En habituant les jeunes, parfois des gamins, aux jets de gaz lacrymogènes, on les entraîne implicitement à combattre les forces de l’ordre et non pas à agir en groupes d’autodéfense.


 

La communauté juive est responsable de ces excès parce qu’elle est sclérosée. En raison du mode d'élection qui les écarte de la gouvernance, les jeunes juifs ne se reconnaissent pas dans des dirigeants vieillis, accusés de rechercher les honneurs plutôt que l’efficacité et de ne pas peser politiquement sur les autorités françaises.

En effet, les écoles et synagogues sont rarement protégées en permanence par les forces de police, sauf après quelques incidents graves. Alors les jeunes se rabattent vers ceux qui leur proposent de l’action pour magnifier leur courage.

Cependant, il n’est pas certain que les dirigeants israéliens cautionnent la dérive des militants de la LDJ car ils déforment l’image de marque d’Israël. Ils préféreraient que ces jeunes volontaires participent à la défense de l’Etat Juif, en Israël même, dans des institutions militaires légales et, s'ils en sont qualifiés, au Mossad.

Une hypothèse laisse imaginer que le reportage télévisé aurait été suscité par les autorités israéliennes pour mettre fin à l’existence en France de la LDJ car elles n'approuvent les méthodes de ces groupes paramilitaires. Elles privilégient la protection contre les groupements terroristes islamistes plutôt que l'espionnage et la pression contre les illuminés qui financent les spectacles d’un clown antisémite.

Par ailleurs, entretenir le sentiment sioniste sous couvert de méthodes de combat de rue risque de mener à l’anarchie et à l’éclatement d’une communauté déjà divisée entre laïcs et religieux, entre sionistes et ceux qui se sentent avant tout Français.

 

Jacques Benillouche
Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
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