Culture

Pourquoi «Winter Sleep», la palme d'or 2014, sort-elle en salles en plein mois d'août?

Temps de lecture : 2 min

Non ce n'est pas un suicide commercial du distributeur.

© memento films
© memento films

Les films ont des saisons: à l'été les blockbusters, à l'automne les films d'auteurs. Les palmés de Cannes attendent généralement ce dernier créneau pour sortir en salles. Par quelle bizarrerie alors Winter Sleep, Palme d'or du dernier Festival, sort-il le 6 août, quand la France est au ralenti et que le public des salles obscures n'est plus tout à fait le public type des films turcs indépendants adulés par la critique?

Au cours des vingt dernières années, seuls deux films palmés sont d'ailleurs sortis en août: 4 mois, 3 semaines, 2 jours, de Cristian Mungiu et Le vent se lève, de Ken Loach. Tous deux étaient cependant sortis à la fin du mois. Au cours de ces mêmes vingt dernières années, plus de 75% des films palmés sont sortis en septembre ou octobre. A une période où les films peuvent bénéficier des différentes rentrées culturels, des vacanciers fraîchement de retour au travail, des étudiants et des professeurs aussi. Et tous, plein de bonnes résolutions.

Eh bien parce que le film est long: 3h16. Alexandre Mallet-Guy, directeur général de Memento films, qui distribue Winter Sleep, explique:

«En août les spectateurs ont plus de temps. Les rythmes sont plus adaptés. Pour les gens qui travaillent, il est plus facile de sortir tôt du bureau qu’à la rentrée, où tout s’accélère un peu. Le mois d'août est propice aux longs films.»

La durée du film est forcément un handicap pour la distribution. Avec 3h16, le film ne pourra occuper que 4 séances par jour dans les cinémas dont les séances commencent en fin de matinée; seulement 3 pour ceux qui commencent l'après-midi. Quand un film d'1h30 peut lui avoir 8 séances par jour.


Mais le film «a son propre rythme et on est très vite embarqué», assure Alexandre Mallet-Guy. Traduction de Télérama au moment de Cannes: «3h15, mais 3h15 de bonheur total» et ajoutait que «le film admirable de Nuri Bilge Ceylan est un choc esthétique, moral et cinématographique»; version Slate par Jean-Michel Frodon: «une (trop) longue succession de tête-à-tête dépressifs dans la pénombre des différentes pièces d’un hôtel troglodyte de Cappadoce».

Mais «le public français est très curieux, se réjouit Alexandre Mallet-Guy. On a de la chance.» Il rappelle que le précédent film du turc Nuri Bilge Ceylan, Il était une fois en Anatolie et durait 2h37 avait néanmoins fait près de 150.000 entrées.

«Avec cette fois le label palme d'or, on espère tripler!»

La sortie en août offre d'ailleurs un autre avantage pour atteindre le but: le film restera à l'affiche bien plus longtemps.

«Les programmateurs n'ont pas de films d'auteurs à l'affiche l'été, parce que tous les distributeurs veulent attendre la rentrée pour les sortir. Mais les cinémas ont besoin de diversité pour attirer les spectateurs, donc nous avons passé un accord avec les salles: nous on prend un risque en sortant en août, et les salles se sont engagées sur 6 ou 8 semaines, donc on sera en salles jusqu’à mi-septembre.»

Quand un film sort en septembre ou octobre, pleine saison des films d'auteurs, ils sont si nombreux qu'ils se bousculent, et ont du mal à rester plus de trois semaines à l’affiche.

«Sur 6 à 8 semaines assurées, le film a aussi plus de temps pour bénéficier du bouche à oreille», précise Mallet-Guy. Winter Sleep sort sur 120 copies en première semaine, et si le film prend bien, d'autres copies seront rajoutées fin août, peut-être autour de 200.

Winter Sleep

de Nuri Bilge Ceylan

Durée: 3h16

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