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Si vos tickets de métro se démagnétisent, c'est pour rendre la RATP conviviale (enfin, presque)

Catherine Bernard, mis à jour le 31.07.2014 à 11 h 28

La régie parisienne serait-elle devenue la voix officielle de la décroissance joyeuse? Une chose est sûre, entre le ticket de métro et les accessoires de la vie moderne, il faut vraiment choisir.

Une grenouille faite avec un ticket de métro parisien / Groume via FlickrCC License by

Une grenouille faite avec un ticket de métro parisien / Groume via FlickrCC License by

Certains refusent les téléphones portables, d'autres se passent carrément de voiture, d'électricité, voire d'eau courante. En rangeant mon pass Navigo au fond de mon tiroir, il y a quelques années, je ne pensais pour ma part absolument pas réaliser un acte militant.

Simplement, j'avais quitté mon employeur, était devenue indépendante, et mon porte-cartes s'était naturellement allégé de ma carte de cantine, de mon badge de de contrôle d'accès et, donc, de mon pass Navigo. Car pourquoi dépenser chaque mois 67,10 euros (dont aucun employeur ne me rembourse la moitié), quand on travaille de chez soi, et que l'on consomme du coup bien moins que 48 tickets de métro-bus-tramway par mois[1]

L'équation était vite faite, et je me suis mise à acheter régulièrement des carnets de tickets au distributeur automatique des stations visitées.

Une fois sur deux, mes tickets sont démagnétisés

L'expérience n'avait, a priori, rien d'un challenge. Bien sûr, je voyais les «naviguiens» ouvrir les tourniquets à toute vitesse et d'un seul bip, quand je me retrouvais parfois coïncée dans la file des touristes massés devant les quelques machines acceptant encore les tickets. Mais l'Indépendant n'a pas besoin de pointer, aussi prenais-je ces menus désagréments avec philosophie.

Depuis quelques mois, cependant, circuler à métro est devenu une véritable épreuve.

Me retrouver avec des tickets démagnétisés m'était certes déjà arrivé plusieurs fois. Devant le guichetier sévère qui changeait mes titres de transport inutilisables, j'avais dû avouer les avoir par mégarde placés dans mon porte-monnaie (avec des pièces, sacrilège!), près de mon téléphone portable, ou au milieu de mes clés. Et promettre, à l'avenir, d'en prendre le plus grand soin. 

Mais depuis quelques mois, ces incidents ponctuels sont devenus la règle. Au printemps dernier,  mes T+ se sont carrément rebellés et ont, en moyenne, refusé une fois sur deux d'ouvrir les fameux tourniquets. Si, si, je n'invente rien! Quitte à me faire traîtreusement rater mon métro qui devait pourtant m'amener au train ou à un rendez-vous professionnel!

Au moins, cela nous permet de parler avec les gens

Un guichetier RATP

Du coup, j'ai appris à accumuler les précautions: désormais, je range mes tickets dans un étui spécial (100% plastique), très très très loin de mon porte-monnaie, de mes clés et de mon téléphone. Sitôt rentrée chez moi,  je les mets de côté, histoire qu'ils ne pactisent pas avec l'ennemi aimanté. 

Mais rien à faire: une guichetière herbéluée m'a vue revenir une heure après avoir échangé un carnet neuf tout entier. Une petite ballade dans le XIIIe arrondissement (sans toucher aux tickets) avait visiblement suffi à les épuiser.

Les guichetiers, à vrai dire, ont arrêté de me tracasser. Au contraire: ils sont carrément devenus souriants, sympathiques, bref, franchement conviviaux, n'hésitant pas à engager plus avant la conversation. 

Evitez les sacs, les clés, les téléphones, les agendas...

«Au moins, cela nous permet de parler avec les gens», m'ont confié quelques-uns d'entre eux, assez vexés, semble-t-il, que la vente des tickets soit désormais exclusivement confiée à des machines. «Et quand cela arrive à des touristes, je vous assure qu'on s'occupe bien d'eux!», a renchéri l'un des agents.

Aucun(e), en tous cas, ne met plus désormais en cause ma bonne foi. Un jour, l'une d'elles m'a confié:

«Depuis le début de l'année, j'ai chaque jour des listings de plusieurs mètres de tickets démagnétisés que j'ai dû échanger.»

Un autre m'a fait remarquer:

«De toutes façons, dans les distributeurs automatiques (désormais seuls vendeurs autorisés de tickets!), les tickets tombent dans un réceptable en métal (très mauvais ça,  le métal!), et lorsque l'on paie en liquide, les pièces rendues leur tombent dessus (fatal!).»

Un troisième m'a finalement donné le petit dépliant fourni par la RATP aux clients victimes d'une démagnétisation. A sa lecture, j'ai compris que je n'avais plus aucune chance de m'en sortir avec des tickets indemnes:

«Une expertise technique a démontré que la présence d'aimants altérait la piste magnétique des titres de transport. Ces aimants, souvent invisibles, se trouvent dans les objets de maroquinerie ou de papeterie de la vie quotidienne. (...) Pour limiter le risque de démagnétisation, il est préférable de conserver vos titres de transport en bon état, à l'abri de tout objet magnétique (badges, diverses cartes, fermoirs de sacs à main, étuis à lunettes, étuis de téléphone, agendas, calepins, etc.) ou métallique (clés, téléphones portables, monnaie, MP3, etc.). Protégez-les si possible dans un étui spécifique!»

Personne, aux guichets de  la RATP, n'ayant entendu parler d'un étui spécifique, je ne vois plus qu'une solution: me promener nue comme un ver dans le métro. Evidemment, la police risque de m'embarquer pour exhibitionnisme, mais, côté RATP, je serai, au moins, en règle.

Peu désireuse d'en arriver à cette extrémité,  j'ai fini par appeler le service de presse de la RATP. Histoire de savoir combien nous étions encore, en 2014, à utiliser les bons vieux tickets, et à les voir illico se démagnétiser.

La RATP garde le silence

Malgré plusieurs relances par téléphone et par mail, je n'avais, onze jours plus tard, aucun signe de vie de la régie. Devant mon ire, celle-ci a fini par m'orienter vers le Stif, le syndicat des transports en Ile-de France, qui s'est montré bien plus coopératif. 

Il m'a tout d'abord appris, à mon grand soulagement, que je ne faisais pas tout à fait partie d'une race en voie de disparition.

618,6

millions de tickets de métro vendus en 2013

Bien entendu, de plus en plus de Franciliens utilisent les cartes et forfaits. Il s'en vend 43 millions par mois et sur 100 trajets réalisés sur le réseau, 80 le sont de la sorte.

Mais les ventes de tickets restent très importantes, et, surtout, ne montrent pas une claire tendance à la diminution: elles atteignaient 608 millions de titres par an en l'an 2000, 570 en 2002, 622 en 2004, 602 en 2007, 621 en 2010, 631 en 2012, 618,6 millions en 2013. 

Le taux de démagnétisation est, officiellement, de, seulement, 1%. Mais mon (sympathique) interlocuteur n'a pas su me dire si ce taux était calculé par tests techniques, à partir des échanges réalisés aux guichets, et sur quelle année il avait été calculé. Je suis, pour ma part, bien au-dessus de ce score et, pourtant, j'ai appris à faire attention!

Les achats de titres étant de toutes façons réalisés directement par la RATP (et la SNCF), le Stif n'a pas pu me dire si la RATP avait récemment changé de fournisseur –une rumeur qui circule chez les guichetiers–, ce qui expliquerait mes mésaventures des derniers mois.

La solution? Le métro londonien, par exemple

Dans quelques années, cependant, celles-ci pourraient bien cesser:

«Le Stif a adopté en février 2013, m'a-t-on informé, un dossier d’orientation visant à mettre en place les systèmes qui permettront de migrer progressivement les voyageurs occasionnels utilisateurs de carnets de tickets et de billets origine-destination vers une carte sans contact, chargée d’unités transport, et qui sera décrémentée au fur et à mesure des déplacements.»

Autrement dit, je pourrai à l'avenir charger une carte sans contact d'un montant de mon choix et qui, comme, jadis, les cartes téléphoniques, me donnera un certain nombre d'unités à utiliser. Exactement comme la Oyster Card à Londres.

Ceci dit, ce n'est pas pour demain. En effet, il faudra installer à la sortie des stations des machines qui permettront de calculer le juste prix à défalquer du crédit de la carte. Plus question autrement dit, de sortir en poussant une simple porte. Cela va coûter cher, évidemment. On pourrait bien entendu réintroduire les poinçonneurs, mais cela ne semble pas d'actualité. 

La convivialité, même à la RATP, a quand même ses limites.

1 — Le tarif mensuel zone 1-2 du pass Navigo permet d'acquérir précisément 4,89 carnets de 10 tickets à 13,70 euros Retourner à l'article

 

Catherine Bernard
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Journaliste
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