Comment l'Europe finance le terrorisme et al-Qaida via le paiement des rançons

François Hollande, Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius applaudissent le retour des otages français du Niger à Villacoublay le 30 octobre 2013. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande, Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius applaudissent le retour des otages français du Niger à Villacoublay le 30 octobre 2013. REUTERS/Philippe Wojazer

Vous savez ces rançons payées pour libéréer les otages, dont les gouvernements nient à chaque fois l'existence? Ça commence à devenir gênant. Et le principal financement des terroristes islamistes. Le New York Times publie une longue enquête fouillée sur le sujet.

Cela se passe souvent comme cette fois de 2003, rapporte le NYT, où des diplomates allemands ont débarqué au Mali avec trois valises contenant cinq millions d'euros en liquide: officiellement, de l'argent budgété comme aide humanitaire pour le pays. Présentée au président du Mali dans un rendez-vous secret, dans son bureau. Le président offrait en réalité cette option aux pays européens pour les aider à sauver la face. En réalité, tout le monde savait bien que les valises s'apprêtaient à partir dans des camions vers le nord, dans le Sahara, où elles seraient ouvertes sur des couvertures, leur contenu compté par des barbus.

«Cet épisode de 2003 a été un apprentissage pour les deux côtés. Onze ans plus tard, cet échange à Bamako est devenu un rituel bien huilé, l'une des douzaines de ces transactions répétées partout dans le monde.»

L'enquête du quotidien américain révèle ainsi qu'al-Qaida et ses affiliés directs ont engrangé au moins 125 millions de dollars de recettes via des enlèvements depuis 2008, dont 66 millions de dollars payés l'an dernier. Des communiqués du département américain du Trésor (l'équivalent du ministère du Budget) ont cité, relève le NYT, des rançons s'élevant au total à 165 millions de dollars sur la même période.

«Ces paiements ont été faits presque exclusivement par des gouvernements européens, qui ont acheminé l'argent via un réseau d'intermédiaires, le faisant parfois passer pour des aides humanitaires, selon les entretiens menés pour cet article avec d'anciens otages, négociateurs, diplomates et officiels du gouvernement de dix pays en Europe, Afrique et au Moyen-Orient. Le fonctionnement interne au business des enlèvements a aussi été révélé dans des milliers de pages de documents d'al-Qaida découverts par l'auteur de l'article alors en mission pour l'Associated Press au nord du Mali l'an dernier.»

Interrogés par le journaliste, les gouvernements européens (France, Autriche, Allemagne, Italie, Suisse) ont nié payer les terroristes. «Les autorités françaises ont répété que la France ne paie pas de rançon», a déclaré au NYT Vincent Floreani, directeur adjoint de la communication et de la presse au Quai d'Orsay. On sait à quel point ces répétitions ont peu de valeur: «Après chaque libération d'otages, l'Etat français assure qu'aucune rançon n'a été payée. Et après chaque libération d'otages, on apprend que ça n'est pas tout à fait vrai», expliquait Jean-Laurent Cassely sur Slate en 2013.

Ainsi sur les quatres otages enlevés en septembre 2010 par al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) au Niger, les informations impliquant une rançon ont suivi de près leur libération, le 29 octobre 2013. Dès le 30 octobre, l'AFP publiait:

«L'Agence France Presse confirme les informations du Monde selon lesquelles une rançon de 20 millions d'euros aurait été versée aux preneurs d'otages. "Cette somme a permis de payer les ravisseurs mais aussi les intermédiaires", a expliqué une source proche des négociateurs nigériens.» 

Le New York Times précise que si en 2003 les ravisseurs recevaient environ 200.000 dollars par otage, on est aujourd'hui à 10 millions:

«De l'argent que le numéro 2 aux commandes d'al-Qaida a récemment décrit comme comptant pour la moitié de son revenu d'exploitation.»

Seule une poignée de pays a toujours refusé de payer, à commencer par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

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