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Le monde va mal, et Barack Obama n'y est pas pour rien

Barack Obama arrive en Virginie après avoir passé un week-end à Camp David le 20 juillet 2014. REUTERS/Yuri Gripas

Barack Obama arrive en Virginie après avoir passé un week-end à Camp David le 20 juillet 2014. REUTERS/Yuri Gripas

Irak, Syrie, Gaza, Afghanistan, Libye, Ukraine... dans chaque point chaud du globe, la diplomatie américaine, menée par un président vivant dans un monde imaginaire, a commis de grossières erreurs. Inexpérimentée, idéaliste, indécise, dilettante.

De l’Irak à l’Ukraine, de la Syrie à la Libye et à l’Afghanistan en passant par Gaza, les conflits sanglants se multiplient. «Le monde est devenu un foutoir», s’est même exclamée Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton qui utilise d’habitude un langage plus châtié.

Cela n’a pas de sens de faire porter toute la responsabilité de ce «foutoir» à Barack Obama et à la diplomatie américaine. Pourtant, dans chacun des points chauds du globe –Irak, Ukraine, Syrie, Libye, Afghanistan et Gaza–, la Maison Blanche a commis de grossières erreurs: en se désengageant trop vite, en ne mesurant pas suffisamment les enjeux et les risques, en menaçant sans jamais agir et en étant incapable de se donner une stratégie.

Des discours mais pas d'actes

Barack Obama et les Etats-Unis sont ainsi devenus aujourd’hui presque transparents sur la scène internationale, incapables de forcer un cessez-le-feu à Gaza, de faire condamner la Russie de Vladimir Poutine après la destruction en vol d’un avion civil au-dessus de l’est de l’Ukraine ou d’empêcher l’effondrement de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie et de la Libye. La diplomatie américaine a perdu au fil des mois sa crédibilité et son autorité.

Il y a 5 ans, Barack Obama avait pourtant reçu le prix Nobel de la Paix pour «ses efforts à renforcer la diplomatie et la coopération entre les peuples». Mais les discours et les promesses, aussi brillants soient-ils, doivent être suivis d’actes.

Charles Krauthammer, chroniqueur républicain du Washington Post, évoque une «présidence vacante», hors du monde réel.

«Barack Obama semble totalement détaché des convulsions du monde. Quand il interrompt ces parties de golf, levées de fonds et autres occasions de prises de vue en public, c’est pour des déclarations publiques presque forcées, sans affect, mécaniques.»

Et il ajoute:

«Un vrai Président des Etats-Unis donnerait à Kiev les armes nécessaires, imposerait des sanctions dévastatrices à Moscou, relancerait notre système de défense anti-missile en Europe centrale et ferait un discours à la Reagan pour expliquer pourquoi. Obama n’a rien fait de cela. Mais pourquoi le ferait-il? Il est du bon côté de l’histoire.»

Se retirer du Moyen-Orient et de l'Europe

Pour Charles Krauthammer, si Barack Obama est si éloigné des nécessités de la realpolitik et des rapports de force, c’est parce qu’il est inexpérimenté, idéaliste et plus encore dilettante. Il est convaincu «qu’à la fin, des notions aussi dépassées et primitives que celles de la conquête territoriale conduisent à la défaite… “L’arc de l’univers moral est long, mais il tend vers la justice”, expliquait-il en juin 2009 en parlant de la révolution islamique en Iran».

C’est dans cette logique que Barack Obama voulait en arrivant au pouvoir en janvier 2009 prendre le contre-pied de son prédécesseur George W. Bush et se retirer des affaires européennes et du Moyen-Orient. Il expliquait alors que les Etats-Unis devaient d’abord se préoccuper de construire une nation sur leur propre territoire plutôt qu’en Afghanistan et en Irak et donnait la priorité à l’Asie, la région du monde la plus dynamique.

Mais en tournant le dos, par principe, à l’Europe et au Moyen-Orient, la Maison Blanche a été incapable de saisir l’opportunité stratégique des printemps arabes et tout aussi incapable de contrer les ambitions impériales retrouvées de Vladimir Poutine. Au passage, elle y a perdu la confiance de ses alliés au Moyen-Orient (Egypte, Arabie saoudite, Turquie, Israël…), de certains de ses alliés en Europe (Pologne, Etats Baltes…) et inquiète fortement ses alliés asiatiques (Japon, Corée du sud, Thaïlande…).

Il faut dire que la politique étrangère américaine cumule les désastres.

Le retrait de l’ensemble des troupes américaines d’Irak a débouché sur la partition de fait du pays. Sans les 15.000 soldats américains, que les généraux voulaient maintenir sur place, les Etats-Unis n’ont eu aucun moyen de soutenir l’armée irakienne et de l’empêcher de s’effondrer face aux djihadistes. La Maison Blanche a beau se justifier en expliquant que c’était sur l’insistance du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, c’était surtout Barack Obama qui ne voulait plus un seul soldat américain sur le sol irakien.

Une ligne rouge en Syrie qui n'en était pas une

L’erreur a encore été plus grande en Syrie. Obama a d’abord refusé de soutenir les rebelles modérés et prédisait alors la chute de Bachar el-Assad. Quand ce dernier a gazé à mort 1.400 civils, franchissant la ligne rouge fixée par Barack Obama, ce dernier a demandé l’autorisation au Congrès d’apporter une réponse militaire… et s’en est remis à Vladimir Poutine pour obtenir du dictateur syrien qu’il renonce à son arsenal chimique.

Bachar el-Assad n’est pas tombé. Les rebelles démocrates ont été balayés. Le nombre de morts dépasse les 200.000 et les djihadistes qui mènent la lutte contre le dictateur ont les mêmes méthodes sanguinaires que lui.

Il y a eu aussi l’épisode libyen. Sollicité par la France et le Royaume-Uni, Barack Obama a participé à l’intervention aérienne pour renverser Mouammar Khadafi. Mais il a refusé de soutenir le nouveau gouvernement libyen et d’entraîner son armée. En conséquence de quoi, la Libye sombre dans le chaos.

L'occasion manquée des printemps arabes

La réponse américaine aux printemps arabes a été désastreuse. Quand des citoyens ordinaires sont descendus dans les rues pour réclamer la démocratie, les occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, leur ont tourné le dos. «La réponse aurait dû être du même type que le plan Marshall après la Seconde Guerre mondiale…», explique Fred Hiatt toujours dans le Washington Post.

«Si les Etats-Unis avaient montré la voie à suivre, l’Europe et l’Amérique auraient pu offrir des investissements, des accords commerciaux, des échanges et des opportunités culturelles pour entraîner cette région dans le monde moderne et démocratique. Mais pour Obama, le tumulte en Egypte et ailleurs était une distraction, pas une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois…»

Dans le cas de la Russie, Barack Obama a proposé à Vladimir Poutine son fameux «reset», une remise à zéro des relations entre les Etats-Unis et la Russie. Mais Moscou n’était pas intéressé et avait pour ambition de reconstituer un empire et de le justifier par l’impérialisme américain. La Maison Blanche a été incapable d’apporter la moindre réponse à cela et même de mobiliser les énergies en Europe pour répondre à la menace.

Personne ne peut savoir si les Etats-Unis avaient eu un «grand» Président, si les occidentaux auraient pu soutenir activement les démocrates arabes, auraient pu empêcher l’Irak de s’effondrer, Bachar el-Assad de garder le pouvoir et auraient fait reculer Vladimir Poutine.

Mais en manifestant une telle incompétence, indécision et même indifférence face aux affaires du monde, Barack Obama l’a indéniablement rendu bien plus dangereux au cours des cinq dernières années.

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