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Le New York Times est pour la légalisation du cannabis... mais ne veut pas que ses futurs employés en fument

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.07.2014 à 16 h 59

Les bureaux du New York Times à New York le 1er mars 2010, REUTERS/Lucas Jackson

Les bureaux du New York Times à New York le 1er mars 2010, REUTERS/Lucas Jackson

Le quotidien de référence américain The New York Times a publié samedi 26 juillet un éditorial plaidant pour la légalisation complète du cannabis aux Etats-Unis. Il s'agit du premier d'une série de six articles consacrés à ce débat qui divise l'opinion et la classe politique dans de nombreux pays.

Le texte, dont on vous conseille fortement la lecture, compare la pénalisation du produit à la prohibition de l'alcool entre 1920 et 1933:

«Cela a pris 13 ans pour que les Etats-Unis reviennent à la raison et mettent fin à la Prohibition, 13 ans au cours desquels les gens ont continué à boire, des citoyens habituellement respectueux de la loi sont devenus des criminels et les syndicats du crime sont nés et se sont développés. Cela fait plus de 40 ans que le Congrès a fait passer l'interdiction actuelle du cannabis, nuisant ainsi à la société simplement pour interdire une substance bien moins dangereuse que l'alcool.»

Le quotidien de New York souligne que le coût de la pénalisation du cannabis pour la société est énorme, avec 658.000 arrestations pour possession en 2012 et un «résultat raciste qui punit de manière disproportionnée les jeunes hommes noirs, ruine leurs vies et crée de nouvelles générations de criminels».

Le journal se range ainsi de manière spectaculaire aux côtés des nombreuses voix qui militent en ce sens à travers le monde, du quotidien libéral The Economist à l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan en passant par l'ancien président de la Réserve fédérale américaine Paul Volcker et les anciens présidents du Mexique, de la Colombie, de la Pologne, du Brésil, du Portugal et du Chili.

Mais la bonne publicité récoltée par le New York Times à travers le monde pour sa prise de position pragmatique risque de rapidement se retourner contre lui: comme l'a souligné Gawker, le quotidien demande à ses futurs employés de se soumettre à un test pour déceler la présence de drogues dans le corps. Interrogée par le journaliste du Huffington Post Michael Calderone sur la question, une porte-parole du journal a déclaré que la politique de l'entreprise en la matière n'avait pas changé malgré la prise de position de l'équipe éditoriale:

«La politique de notre entreprise sur ce sujet reflète la loi actuelle. Nous ne rentrerons pas plus dans les détails.»

Une réponse qui ne veut pas dire grand-chose. Bien sûr, le cannabis est toujours une drogue illégale dans la plupart des Etats-Unis, malgré le fait que plus d'une vingtaine d'Etats aient autorisé sa vente pour un usage médical et que le Colorado et l'Etat de Washington aient tout bonnement légalisé le produit par référendum.

Mais le ministère du Travail est très clair au sujet des entreprises:

«La majorité des employeurs aux Etats-Unis ne sont pas obligés d'effectuer des tests de dépistage de drogues.»

A moins que le New York Times n'emploie en cachette des contrôleurs aériens, il n'y a rien dans la «loi actuelle» qui l'oblige à fliquer le taux de THC de ses employés. 

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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